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Cette grande première sera donnée le 12 juin

(lue les théâtres vraiment forains allaient retrouver leur ancienne splendeur. Et cette espérance renaissait juste au moment où revenait, après cent ans, l'anniversaire de la représentation de la première comédie foraine, to Forces de r Amour et de la Magie. Ot espoir devait malheureusement être de courte durée. L'insouciance de M. de Crosne, le successeur <le M. Lenoir, et Tindifférence, plus grande encore, du public parisien empochèrent la Foire Saint-Laurent de revivre plus de quelques années. En 178.'), elle était de nouveau si déserte, que les doléances des entrepreneurs de spectacles recommencèrent, plus plaintives que jamais, et prescpie impertinentes. Dans une de ces suppliques hautiiines au lieutenant de police, Nicolet alla môme juscju a menacer de résilier ses engagements avec ses auteurs plutôt (jue de retourner au faubourg Saint-Laurent. Force fut donc de céder et d'autoriser la fermeture des théâtres. A la veille de la Révolution, on ne voyait plus à la Foire Saint-Laurenl <[ue « (juelques boutiques mesquines et mal fournies, des coureuses étalant des modes, comme les araignées tendent leurs toiles, des billards, des jeux, des cafés et des tabagies* ». On y voit aujourd'hui une gare, avec, tout autour, un plus grand nombre encore de cafés, de billards et de tabagies.

L'obligation de figurer aux fêtes foraines n'avait jamais empêché les comédiens des boulevards de garder ouverts les seuls spectacles capables de leur

1. Heslif de la Hretonne, les Nuils de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788.

assurer gloire et profit. Ils n'avaient, pendant ces quelques semaines, que la fatigue d'un double travail, inégalement récompensé. Au faubourg Saint- Laurent et au préau Saint-Germain, ils jouaient l'après-midi, et tous les soirs revenaient jouer à leurs théâtres favoris. De la sorte, les Parisiens qui se refusaient à les suivre dans leur exode forcé n'étaient point privés de leurs habituels divertissements. Ils en avaient même à foison, et plus que «jamais. Les succès d'Audinot et de Nicolet, la bienveillance de plus en plus manifeste de la police, éveillaient chaque jour de nouvelles convoitises et de prétendues vocations; et les spectacles allaient se multipliant tout le long du boulevard. On y aurait même trouvé les Italiens, qui se faisaient alors construire une salle sur le terrain de l'hôtel Choiseul, si, craignant d'être assimilés aux troupes populaires, ils n'avaient exigé que leur théâtre fût masqué par une maison. Et voilà pourquoi notre Opéra-Comique n'a pas son entrée sur le boulevard des Italiens. C'est la faute à Nicolet.

Plusieurs de ces nouveaux petits théâtres ne devaient avoir qu'une existence très éphémère. II en est même un, le Théâtre de Monsieur, qui, si l'on peut s'exprimer ainsi, mourut avant de naître. En 1776, des jeunes gens, ayant formé compagnie, avaient obtenu de M. de Malesherbes l'autorisation de construire un théâtre forain sur les boulevards et d'y jouer des pièces « analogues au lieu >. Tout marcha d'abord à souhait : l'architecte commença les travaux, le sieur Pleinchesne, auci^iw ^«çXfcxix

276 t.KS THÉÂTRES DE I*A FOIRE

irAiiilinttl^ pri'|ïnra <lrï% pièces et recruta des acleurf^ Mars, tout à coup, les [ïroleslalions des Comédieu^ Knifhjîiis, h qui Tûii prenait rancien, le premirr (iir« qu'ils avaient porté, et des Italiens, inquiets d*U] nouvelle roni'urrenre toiile voisine, et de SonAItei llityiilf, fort ineeontente iju^on se fût mis sous s» proletiion sans la consuller, firent échouer lenlreprisc. — Presque aussi malheureuse fut la troupe de.s Nouvr/tuj' TruHff(uloti)*s, qui aurait pu s'apjieler aussi le ThéiUn- (frs Refusés; car elle st* proposait déjouer les pièces donl les autres directeurs ne voudraient point; mais Je public nVn voulut pas davantage. Ce fui encore une tentative mort-née.

Le projet des sieurs Tessîer et Lebœuf, anciens acteurs de province, et Abraham, danseur de TOpéra, était beaucoup plus ingénieux : ce sont eux qui. k^ preuiiers, onl mi l'idée de notre Conservatoire, Vou^ lant fonder une école destinée à fournir des sujets au Théâtre Ivriipie, ils ouvrirenl une salle élégantect de lion goût, assemblèreul jdus de qualre-vingls élèves, et dépensèrent pîus de TjfKJOOO livres, Mais leurs ballets élaient si mal organisés, leurs pantomimes si monotones, leurs pastorales si plaies; leurs rivaux, surtout Audinot, les harcelèrent de critiques si piquantes et de parodies si malicieuse&i qu'ils se virent bientôt aljandonnés du public, et criblés de délies. Alors se présenta un certain Parisûl, acteur forain, qui désirait beaucoup être directeur. t 11 nVvait pas un sou, mais il fit tant et lant, que, leurrées par son langage insinuant, plusieurs per* sonnes lui délièrent leur bourse. Il y puisa

six lïiillo francs, avec lesquels il entra aux Élèves de V Opéra eo qualité trmi des directeurs. Abraham !ui eédanl son droit moyennant une rente de cent louis, voilà notre remuant Pari sot directeur. Il change toute la face de ce spectacle; il renvoie les uns, diminue les autres, veut jouer la comédie et ne Ja joner que lui seul. Sa devise était : Awltie hœc, omnes génies. 11 acc(^pte des pièces do dilïVVrents ailleurs, qu'il donne sous son nom. Enfin, le voilà chef des Élèves de r Opérât et ce spectacle se trouve dans un dépérissement où on ne Ta jamais vu. Mons Parisot, an lieu de donner de temps en temps quelques ionis aux créanciers et au peu d'acteurs qui lui restent, devaient auiourenxde la petite Bernard, danseuse de ce théâtre, et dépense avec elle le produit des recet[(*s (pf il fait cliac[ue jour. Bientôt il doit de loutes paits; les assignations Tassiégent; il se voit réduit vîn^t fois à se dérober aux grilï'cs des archers, en s évadant par une porte de derrière, une auirelbis par une fenélre, en sesauvaut sur les toits, etc., elc. Ouelques âmes charitables, s'imoginant bonnement que ce n'était pas la mauvaise conduile de Parisot qui le réduisait à celle extrémité, lui olTrii'eiit encore leur boiH-se : elles ne voyaient en lui qu'un homme malheureux de s^ôlre chargé d'une telle entreprise. Mais couïiïien notre Parisot se motfuait de ces genslà, quand, rentré chez sa petite Bernard, il coTU[)tait avec elle For qu'on venait de lui donner pour apaiser ses créanciers! Tauf ii/t la cruche à l'eauffuenfm elle se cussr, a dit Sa ne ho. 11 fa 1 but que lant de friponneries prissent lin; aussi, celanemanqua-t-il ^las.

Le inairislral. étourdi et n^buté par tous les mémoires donnés conlro Parisot par les acteurs et les fournisseurs non payés, interdit ce spectacle*. » Encore un théAtrc Ibrain qui avait vécu ce que vivent les roses. Mais l'idée de ce cabotin de province, qui s'appelait Tessier, ne sera pas perdue, et cinq ans plus tard, en t7Si, le baron de Breteuilla reprendra. <"esl donc aux foires et sur les boulevards que fui le premier berceau de VEcolo royale de Chant et de l>f(n.<(\ devenue, sous Napoléon, notre Conservatoire ile Musiqur,

Ce (jui distinguait le théâtre de Vienne et Salle, ou Tlu'tilre fla^ Associé.^, des autres spectacles forains, c*est qu*on n'y donnait ni danses ni pantomimes, mais des opéras bouffons, des drames, notamment ceux d(* Mercier, et des parodies de pièces anciennes et modernes. On y jouait Zaïre sous le titre de le Grand Turc mis à mort, Beverley, qui s'appelait la Cruelle l^asaion (lujou, et le Père de Fam^ille, qui était devenu les Embarras du ménage. Et que disait la Comédie- Franc^aise de celle irrespectueuse audace? Elle pro-

I. Voir le Chroniqueur désœuvré ou l'Espion du boulexmrd du Temple, recueil satirique, rempli .d'ordures et de calomnies. On peut cependant citer ce passage, parce que le Désfcuvré mis en œuvre ou le Revers de la médaille , riposte énergique à CEspion du boulevard, en confirme Texactitude. « (^e spectacle, dit-il en parlant des Élèves de VOpéra, est tombé, et le jour de son ouverture annonça sa destruction aux gens un peu sensés et aux connaisseurs. Le choix des sujets, la plupart transfuges des autres théâtres du boulevard, le peu de discernement des directeurs, tout en un mot semblait constater son peu de durée, et sans les secours étrangers, ce spectacle eût penché plutôt vers sa ruine totale. »

testa bien d'abord, comme à son ordinaire, et dépêcha même un huissier. Mais elle fut bientôt calmée par M. Lenoir, protecteur assidu des Associés depuis qu'ils avaient, à la réouverture de la Foire Saint-Laurent, chanté ses louanges dans de méchants couplets; et d'ailleurs Salle lui-même sut attendrir les féroces privilégiés. « Messieurs, leur écrivit-il en réponse à l'Exploit, je donnerai demain dimanche une représentation de Zaïre. Je vous prie d'être assez bons pour y envoyer une députation de votre illustre compagnie; et si vous reconnaissez la pièce de Voltaire, après l'avoir vue représentée par mes acteurs, je consens à mériter votre blâme et m'en gage à ne jamais la faire rejouer sur mon théâtre. » Le Kain, Préville et quelques-uns de leurs camarades allèrent voir jouer Zaïre ru boulevard du Temple; et ils y rirent tant, que le lendemain ils écrivirent à Salle pour l'autoriser, de la part des Comédiens Français, à jouer toutes les tragédies du répertoire *. On continua donc à rire au théâtre des Associés, dont les affaires allaient si bien, qu'ils purent faire construire à la Foire Saint-Laurent une salle payée trente mille livres; et le médisant Espion du boulevard avoue qu'ils retiraient, chacun par an, près de deux mille écus, tous frais payés, quoiqu'ils fussent, comme Nicolet, Audinot et L'Écluse, contraints par l'Archevêque de donner aux pauvres tous les dimanches et jeudis le quart de leur recette.

L'heureuse entreprise des Associés devait survivre à l'ancien régime, et, sous le titre de Théâtre patrio-

i. Brazier, Histoire des Petits Théâtres, t. I, 56.

liquf d'fibord, puis cl*' ThtkUvi? saris prétention^ roit naître Jr sirVle nouveau. Mai:* sa célébrité limiJe pAlit singulièrement k eôlé de relie des Variélk ammanteas.

Après la rhMnre de la Foire Sainf-I^fiuivnl, lénioin de ses glorieux débuis, le fondaitnir des Variétéê amusantes^ L'iicluse. sétail, eomme les autres Fornins, transporté nu boulevard du Temple, et en al tendant que fût prèle la salle qu'on lui construisait ait coin de la rue de Bondy, il avait pris posiliun d;n*s le Wanx-Mall de Torré, Maïs il ne profita guère de ses succès et de la bienvoillanee du liculenanl ile police. C'était un étourdi, un bohème, très maladroit en alTaires, et qui jetait Itîs écusà tons les vents. Hninè et laiïli au boni de qiu^lques mois, il se voyail forcé, avant d'avoir |)u inaugurer sa salle, non encore payée, de passer la main aux sieurs Maltcr, danseur en double deTOpéra, liamoi r, ci -de va ni tailleur, et Mercier, marchand de charbon. I>n moins euiporla-t-il dans sa reti*aite des consola lions matérielles et morales. Ses successeurs payai cul ses délies, lui faisaicnl une pension tn^»^ honnête, ci lui assuraient une gratiricalion ptTsonnetle, toutes les fois qu'on jouerait une pièce de lui, intilulée le PositUon, Il devait avoir auss^i, pendant plusieurs années, la joie de voir le théâtre qu'il avait fondé garder son nom et prospérer. Les Parisiens ne perdirent qu'à la longue Hiabitude d'a]>pelcr les Wiriéti's anutsifitles, théâtre de rÈrhuic; et ce thcdtre, grAce h racieur Volange^ plus connu sous le non de Jeannot, et inimitable dans les rôles

ET DU BOULEVARD SOUS l.OUIS XVL

de niais*, grAce aussi aux pièces très libres, parfois 1res iiiconvenanlrs, (ju'on y jouait, devint 1res vite à la mode dans tous les mondes. Les jeunes gens, les filles et les soldats s'y bousculaient; les femmes tes plus <|ualifiees et les plus sages en raiïolaienl ; la reine m Orne, et la famille royale^ ne pouvant décemment venir en ce lieu, où les speelaleiirs échang;eaient les propos les plus lestes el même des coups-, mandèrent la troupe à Versailles. « Non seulement le peuple y court en foule, lit-on dans les Mémoires secrets, mais la ville et la Cour. Les plus grands en sont fous; les graves magisli-ats, les év«^(|ues y voni en loge grillée; les miuistres y ont assisté, le comte de Maurepas surtout, grand amateur de farces.... Il n y a point d exemple d'un succès aussi ex traoi'd inaire. »

Celte popularité d'une troupe nouvelle ne semble pas avoir un seul instant troublé les deux grands

!, Les Com<5iïiens Français, qni vinrent l'enten^lre, le jngt'ront le premier (tans son i^enre eL sonifèrent ;t 1 imtrager; mais les Italiens firirenl les ilevanls. Ai^ace bienloL par la lia lï Leur jrjé[»rjsanle de ses iiouveaiix eamarades, Vol ange retourna au boulevarrl, aimant mieux, comme C^t'sar, L^lre le preminr ilans son viïiafyî*' <|ue le second h Rome. Il y retrouva les unîmes succès. Son portrait, en marbre, en lu-onze, en stuc, en albUre, était sur toutes les cheminées, uH'me h Versailles.

'i. - 11 va souvent des querelles aux ^(O'iV/e^amifsrt»^^^. Ces lieux ne sont <|iie «ous la ^^arde du guet, peu respectée des militaires. lierni«,'rement, des oUîciers ayant occasionné beaucoup de tumulte et menacé d'ensanglanter la scënc, si Ton arr<HaJt 4îuel<[!tos-uns d'entre eux, auteurs du iicsordre-^ le pi înce de Montbarrey a cru devoir faire un excnjple, et deux ou trois coïuius doivent <''tre casses si la tétc du régiment «. [Mëmoirts secrets.)

maîtres forains, Audinot et Nicolet. Ils avaient dwrière eux une célébrité trop ancienne et trop solide, et le souvenir flatteur de leur visite à Choisy, et h protection efficace de hauts personnages, tels que le prince de Conti ; autour d'eux se pressait un public trop fidèle, et ils méditaient enfin trop de projets nouveaux, pleins de belles promesses. Depuis quelques années, d'ailleurs, ils avaient su se faire une spécialité qui les distinguait heureusement de leurs confrères : ils évitaient les indécences et les grossièretés, surtout Audinot. « Avant lui, disent les Mr moires secrets^ qui exagèrent la répugnance du public, les honnêtes gens n'osaient aller à ces spectacles; ils étaient réservés à la canaille, aux filles, aux libertins : les turlupinades, l'indécence, la crapule y régnaient. Audinot a monté le sien, peu à peu,» sur un ton plus honnête. Ses confrères (c'est de Nicolet surtout qu'il s'agit) se sont piqués d'émulation, et le boulevard est presque devenu l'école des bonnes mœurs. »

Quels étaient donc alors les spectacles préférés de Nicolet et d'Audinot? La troupe du premier, s'appelanl toujours les Grands Danseurs dit Roy, se devait à elle-même de présenter chaque soir des sauteurs et des acrobates. « On venait, en effet, admirer ces liommes prodigieux : leur adresse et leur vigueur, presque surnaturelle, excitaient dans le public la plus vive curiosité. On y éprouvait en les admirant tout le frémissement de la crainte. On en sortait tout ému des sensations qu'ils avaient causées, le sang glacé par la terreur; et le lendemain on y

retournait en foule. Voilà Teffet*. » Malheureusement, un beau jour les meilleurs de ces équilibristes, Dupuis, Placide et le Petit-diable, s'avisèrent d'aller troquer les suffrages français contre les guinées de l'Anglais. Comme l'enseigne de Nicolet promettait des danses et sauts, il fallut bien remplacer les déserteurs; et des acrobates espagnols, dont les tours de force étaient extraordinaires, les firent aisément oublier. Mais ce fut pour l'ambitieux Nicolet une occasion, vite saisie, de varier son spectacle, et d'ajouter à ses divertissements ordinaires, traditionnels et obligatoires, une distraction nouvelle. Il hésita d'autant moins, que l'exemple de son rival Audinot était là pour le stimuler. On trouva donc chez lui, comme à l'Ambigu-Comique, une variété très intéressante qui fixa la multitude, augmenta sa fortune et sa considération.

Les plus estimables parmi ces divertissements, sérieusement adoptés à partir de 1776, furent des comédies, de vraies comédies, si fines parfois et si distinguées, qu'elles semblèrent d'abord dignes d'un autre lieu. « Audinot, écrivait alors un Parisien à un de ses amis de province, possède un répertoire charmant de pièces agréables qui annoncent le germe du talent, et font voir que la vraie comédie n'est point perdue. Je ne m'amuserai pas à les citer; je nommerai seulement la dernière, la Musicomanie. Quant à Nicolet, qui croupissait dans la fange par des pièces absurdes et dégoûtantes, M. l'abbé

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