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Le Désœuvré mis en œuvre, attribué au comédien Dumont

t^k LES THÉÂTRES DE LÀ FOIRE

Hohiiioau Ta fait resjiiisciler par ses pièces clwr tnunles, » Deux des comédies nouvelles, IWnunitffil Capitehon el la VénuA pèlerine^ jouées par NicoiWl en 1777el 1 77H. auraienl fail bonne fig^ure à la Comèlif J FraiH;nisr qui, paratt-iL sVn montra jalouse elsoo^'n' Il proleslvr: elle s*v décidera (oui à Tlieure. Lii pivmièrc de ees pièces esl foil aimable, remplit' ^^ | gatté in^^énieuse; el les cpielques allusions legèm qui s'y glissenl n'y sont risquées qu'avec btiaueoup de discrétion et de ih'dicatesse. La secoD<l« avait d'abord tMepreseidée aux ^Italiens; mais ceux* ci » n ayaiil pu en faire iisap^e », comme écrivail Aiiîrcaaiiie a l'auteur, lïildie Hobineau la porta i Nieolei. Il avail tVieii iïabord hésité, ses amis lui ajaiil assuré t|ue « sa eouié(b'e si bien écrile cl si viveuieul dialoguée ne pouvait plaire qu'au prlil nombre •, el lui-m^me ayant eneore ce pn^jugé, qu'on ne pouvait jouer aux boulevards qua tics pièces excitant le gros rire, le rire du peuple. [>uhlif ordinaire des eliaudirées de ces spectacles; mais le désir de voir sa |ji<!îce représenlée (une pièce non jouée ressend>le a une jolie femme sans loilelltî), dissipa bien vite* ses scrupules, el Taccueil qu'on lui lit le réconcilia avec les Forains. Il fut prouvé, t"^ jour-là, que les maiproprelés n'étaient pas les conditions esseulielîes d'un succès populaire, et qu'au temps de Ni(X)lel, comme h répoque de Lesag<*, les Parisiens des faubourgs s'intéressaient aiiî histoires myitu>logiques, même aux satires voilées. niéiTie aux critiques littéraires, lis étaient vraiment malicieux, les traits dont l'aulenr piquait les reli-

# gieux fainéants, les officiers vaniteux et fats, et la fameuse thèse de J.-J. Rousseau sur Tétatde nature.

LE SAUVAGE, au 'parterre.

« Quen'ai-je toujours eu commerce avec les habitants des forêts!

ARLEQUIN, au parterre.

Sans doute, c'est un chasseur. En tout cas, il est * bien crasseux.

LE SAUVAGE

Avec leur rustique franchise, je jouirais de leur bonheur.

ARLEQUIN

Quel bonheur? Manger de Therbe comme des lapins, et boire de l'eau comme des grenouilles, sans macaronis encore!

LE SAUVAGE (il déclamc).

O homme! quel que soit ton rang, ton pays, tes mœurs, si tu n'es sauvage, écoute et réforme- toi.... Le premier qui se fît des habits se donna en cela des choses peu nécessaires.

ARLEQUIN

Il me semble cependant que mon habit me sert bien à couvrir ma nudité, et que, lorsqu'il fait froid, un bon manteau sur les épaules et un bonnet fourré sur la tète me sont choses nécessaires.

LE SAUVAGE

Le premier qui se bâtit une maison fît très mal.

ARLEQUIN

Et moi, j'ose dire, monsieur Sauvaget, qu'il fît très bien; car où se mettre à l'abri, quand il pleut?

LE SAUVAGE

Sous les arbres.... Le premier qui inventa des sabots devait être puni comme fauteur du luxe et corrupteur de la société.

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LE ^AL VAtE.

lîoir'r #'l mnuucr s/MjIem^Tit. •ii'-lu?

AI«LEmII>.

Oui, jf^ I<î His. fiarcc que c'est vrai. Il m arrive «jii* loin jIjî Honnir ?iprês.

LE SAIVAGE.

horriiir «prèh! L'honrimc heureux! Tu ne m

jflMIlliH?

AKLKOIIN.

Mnlih'H/ ,U'. lUi connais point cet animaMà.

LE SAUVAGE

Méditer, c'est faire des réflexions.

ARLEQUIN

Je n'en sais point faire, monsieur Sauvaget. Mon père ne m'a point appris ce métier-là.

LE SAUVAGE

homme digne des premiers siècles, digne d'habiter les bois ! Apprends de moi que l'état de réflexion est un état contre nature, et que l'homme qui médite est un animal dépravé. »

C'est au moment même où l'auteur du Contrat social allait mourir, qu'on se moquait ainsi de lui.

Le succès de ces comédies très décentes piqua d'émulation les ambitieux auteurs des Variétés amusantes, qu'on appelait la troisième grande troupe foraine, et qui rêvaient de devenir second Théâtre Français. Renonçant donc à la fs^irce grossière et libertine, dont les Battus payent l'amende^ joués cent quarante deux fois de suite, étaient le modèle misérable mais très goûté, ils se mirent à donner des comédies capables de satisfaire les spectateurs les plus pudibonds. L'accueil que reçurent Ésope à la Foire et les Deux Sœurs prouvèrent bien, comme r Amant en capuchon et la Vénus pèlerine, qu'il n'était pas nécesssaire, pour garder le public, de flatter ses plus bas instincts. Esope à la Foire est une petite pièce charmante, du meilleur ton, pleine de délicatesse, de finesse et de goût. Elle contient, en outre.

i. Nicolet riposta par Jeannette ou les Ballus ne payent pan toujours V amende. Jeannette, paraît-il, s'y montrait supérieure à Jeannot (Volange).

288 LES THÊATHES DE IJV FOÎRE

uni? inurnlc loiinble, uni* philosophie douce cl son sihie, el des alhisions aux anecdotes du jour qui rendent 1res |>i(|uanle. CVst une joie de voirTauleur, M* Laiidrin, un niodej^te commis aux fermes, exécaler rninnie il le nieriliiil, Faljominaljle Espion dti boule^ vard; ei h eriliqye dirig«''e conire les Jardins Je mn veau pciciue de l'alibe Deline» est vraiment ingénieuse, eoinnie Itnites les fables dchitt^?s par resriave de Phryj^ie, Celle du grain de poudre à canon avér un grain denccns est d'une tournure neuve et d'une vérité frappante. — La petite pièce des Deux Stieun, o^^uvre d'une femme, Mlle de Sainl-Li'*(?er, nattiiii pas inuins dt^ monde, et de la nieilleui*e conipagme. (relail une bagatelle morale, où il n'y avait pas k plus petit mot pour rire, mais en revanehe t^eaiicoup de bcusibilité el de naïveté. Le but e^'tuit d(* corri^r les mères aveugles qui, éblouies par quelques qualités brillantes d'un enfant, le préfèrent à Utt antre, d'un luérite plus solide, mais plus eoneenlrà. li'aimaldes moralilés présentées avec succès par une jeune fille sur cette même scène des Vaf^tés amu saute^^, qui venaient de jouer la facélie malpropit des Bal tus pui/cnt t amende^ voilà qui symbolise bien cette société de la fin du xvui<* siècle, si sonltmentale et. si dépravée.

On Irouvait aussi chez les Forains un au Ire j^a'iin* de pièces qui font aujourd'hui la fortune de nos théâlres à grands spectacles. Les pantomimes du xvni'' siècle sont la première ébauche de nos modernes féeries. Nicolet était arrivé, dans l'art de la mise en scène, à une habileté si prodigieuse, que»

par son jeu de machines très bien combiné et trè« précis, par la magnificence des décorations, le bon goût des costumes, la pompe du spectacle, le nombre des acteurs et l'exécution très parfaite, il faisait paraître l'Opéra tristement pauvre, mesquin et maladroit. Aussi, la jalousie de ce dernier fut-elle vivement excitée, coçime Tétait en même temps, à cause des comédies foraines, celle du Théâtre Français; et là encore grandit une rancune violente qui ne tardera pas à éclater une dernière fois.

Ces pantomimes, luxueusement montées, étaient aussi très variées et très divertissantes: Audinot et Nicolet rivalisaient d'ingéniosité. Tantôt gaies, et tantôt sérieuses, le plus souvent les deux à la fois, elles représentaient des scènes mythologiques, histo- ^ riques, des féeries, des anecdotes récentes. Un soir, c'était, chez Nicolet, r Enlèvement d'Europe^ sujet héroïque et burlesque, et bientôt après, chez Audinot, la Belle au Bois dormant, ou bien le Géant désarmé par V Amour, un vrai géant, haut de sept pieds deux pouces, et un petit Amour enfant, qui n'avait que trois pieds. De môme, /es //eVomes, jouées par l'Ambigu-Comique, répondaient au Siège d'Orléans, représenté parles Grands Danseurs, pantomime patriotique où la glorieuse Jeanne d'Arc était bien vengéedes odieuses plaisanteries de Voltaire. C'étaient encore quelquefois des leçons de physique amusante, comme dans les Forces d'Hercule, qui attirèrent l'attention et l'admiration des savants eux-mêmes : un seul homme couché en portait vingt-quatre en équilibre sur une table, qu'il soulevait avec ses pieds.

LES TnfiATRÊS DE LA POïRK

• M* Siio* r«*lM)n? professeur <ranatoiiiie, esl îill^, CCS jours-cu avt'c se^ ùlèves aux Grands D'tnsi'm du Roi pour voir celle merveille et la leur expliquer ensuile, si c esl possible, car les plus anciens parlisaiisi lie ce spectacle conviennent n'avoir jamais rien vti de pareil. On a coin|ni[séles chronitiues liltérairef rfe 1m Foire sans en trouver trexeniplt*. L'Hercule îno<l<'nie est un llollaiulais d'environ trente iïns; il n'a f^uère i]ue i-\\M^ pieds el demi, il est tra]»u» a ipielque chose di* Horace dans te regard el la plmionouiie, el resseiuble plu loi à un Sfauvage échappé des fori^ls qu^i un liuinain de Tespèce ordinaire*.*

Cti nV'lait pas seidenicnt en represenfanl le courage héroïque tir J<';unu* d'Arc, la vaillance el la hienveiltanee de Henri IV. el rinnocence vielorteust' de Supliie fie lîral»Mut, que les paiitoniimes foraines intéressai en l. toueliatent, atlendrissaieni le public celail aussi en célébrant et pn|>u!arisant tes actes de courage coolemporains. Toujours au courant des moindres anecdotes parisiennes, Audinol et Nicolet savaient tirer parli de ce qui pouvait piquer la cario' silé. Une année, on s entretenait beaueoup d'une avenlure, doni te héros était un maréchal des logiî^ aux ilra^ons de la reine. Une jeune et jolie 011e tra- \er.sajl seide la foréL de A'illerS'ColUu'ets, quand elle fut arrêtée par deux voleurs, dépouillée el altaelitV à un arbre poui' y subir les plus alTreux Irailciurtil^. Mais, par bonheur, un soldai passait qui^ avant entendu les cris de la victime, enuiiit à elle, nnt îes vu-

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