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DERNIÈRES TRANSFORMATIONS DES THEATRES DE LA FOIRE ET DU BOULEVARD

L'Opéra cl les Forains. — Dernière incarnalion de Nicolel Le ThéiUre de la (inîlé. — Les Variétés amusantes au Palais- Royal. — Résistance, défaite et victoire d^Audinot. — La Comédie Française et les nouvelles troupes foraines. Gaillard et Dorfeuille. — Conclusion.

La giiorro d(^claréo, ce fut rAcad(^mie de Musique (jui, eu juillet 17Si, ouvrit les hoslilil(^s. Enlevéedcpuis (fuatre aus déjà à la Ville de Paris, et administrée |)ar uu directeur que le roi nommait et qui dépendait du secrétaire d'État, l'Opéra venait, par un arrêt récent, d'ôtre maintenu dans toutes les anciennes prérogatives consignées aux lettres patente? de Louis XIV. Il pouvait seul donner des concerls. et tous ses droits sur les bals et théâtres de Paris étaient renouvelés.

C'est fort de ce décret royal que, le il juillet 1781 rOpéra obtint sans peine du Conseil, très désireux d'améliorer la déplorable situation financière d'un établissement subventionné, le privilège de tous les spectacles des foires et remparts, avec la licence de

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les exploiter, céder et affermer à son gré. Quelques semaines après, les soumissions étaient reçues.

A cette heure critique, le plus résigné en apparence, en réalité le plus prudent et le plus avisé, fut Nicolet, chef reconnu des Forains et leur doyen respectable. Tout de suite il comprit combien de temps, de peine, de tribulations et d'argent lui coûterait une lutte vraisemblablement inégale. Ne valait-il pas mieux composer et tâcher de se rendre à Tamiablo adjudicataire de son théâtre menacé ? Il y avait grande chance pour qu'il ne se rencontrât pas de concurrents, téméraires au point de prendre un théâtre dont l'élément premier, comme l'indiquait son titre, était, comme au temps des primitives troupes foraines, des danses de corde et des sauts périlleux, et qui devait à sa raison sociale, Nicolet^ une grande partie de sa célébrité, consacrée par vingt-cinq ans de succès. Nicolet offrit donc à l'Opéra vingt-quatre milles livres annuelles, et fut agréé sans débat ni surenchère. Désormais, rien ne troublera plus sa vie, soir d'un beau jour. A la veille de la Révolution, il laissera, en mourant, à sa veuve et à son gendre une maison bien montée, en pleine prospérité, et toute prête à profiter des libertés nouvelles. Sur la scène des Grands Danseurs, devenue d'abord Théâtre d'Émulation, et bientôt après Théâtre de la Gaité, on jouera des pièces républicaines, Brutus, Fénelon, les Victimes cloîtrées, et, sous l'Empire, des mélodrames et des féeries, le Pied de Mouton, par exemple. En 1808, le vieux théâtre, bâti en 1760 et témoin de tant d'efforts, sera abandonné pour une belle salle nouvelle^

q»ii. brûlée en I8I>5 et reconslriiile aussitùl, pntT' ili'iiiulie pour faire pïace au boulevard du Prince- 1 Eiîg<''nf*, s élève aelueileiDeiiL an square des Arls-el- M<*lier.H. On y placera p<^nl-*Mr(* un 4le ces jours une staljiê lie Niruk'l îivee cetït' tlcvise: l)i* fifus en pha^

fini,

Hn srplenilire ITHi, an nionicnl des soumissions, les 4lirertryrs des Viirlf*tés amusantes se ninnlrèretil de eoniposiliou enrore pins facile. Comme ils i'^taienl las de leur entreprise, ils ne deninnittiieuL qu a passer la main, e(. virent sans regret les anciens directeurs dtt lliéjVIre de Boi'deaux, les sieurs Gaillard el ïlorteuille, se rendre iuljiïdiealaiies. Ils se reliraîenl d'ailleurs avrt* tous les lioniu^nrs cl de bons béiirtiees : on arhrlaiL leur salle, leur mobilier, leurs dt^cors et leurs costumes; on leur payait une iiidcm' nilé ; tous les marchés conclus par eux étaient maintenus et devaient être exécutés; ils recevaienl enfin des pensions 1res honnt'^tes. Il est doux, Iors(piedaïis sa partie on a fait, son devoir, de vieillir et de mourir en rentier respectable.

L'ardeur i^^uerriére et la taclique savante des Forains d'autrefois se retrouvèrent chez Audinut. Il fit semblant d'abord de vouloir s'entendre avec TOp^J'a; mais riuadmissible concilialion qu'il proposa nepouvait réussir. 11 comptait bien sur cet échec, ayant srs idées de derrière la tète. Le jour où, chez maîlre Margantin, notaire, Tinspecteur général de TAradémie de Musique procéda à Fadjudication des spcctacks fornius, Autîinol ne se dérangera pas, cl, son théâtre acquis par Dorleuille et Gaillard, il ne bougea pas

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davanlagf\ 11 ailendaiL palicnl ol soiirianl. les nouveniJX propriélaires- ("eux-ci, iif pnijvani se procurer du jour a»! lendemani une salk\ rtes dét^ors et des costumes pour leur nouvel Ambipfu-Comitjue, allai<*nl évidenimenl venir à lui. faire des ouvertures, el proposer Tachât de sa salle, de ses dc'^'ors et c[e ses eoslumes. Ils vinreuL en efloL, mais pour s'en relourner bien viïe, sulToqués par les conditions iuaeceplablos qui leur étaient imposées. Et AndinoL eonvaineu que ses spotialenrs allaient renont^er à leur enl reprise et ïn'\ laisser ses spectacles, de rire en se frottant les mains. Sa joie fut courte. Non contents des'iusialler dans le lliétVtredes Vanéiii^ aumsanlc^, f[u'ils venaient aussi d'acquérir, (laïllard et Dorfeuille, atrrancliis de ['oliligation d*aller aux foires, inauguraient quelque temps après de nouvelles l^anétcs armmnites dans cette salle du Palais-Royal qui, en ITtH, donnera asile à une escouade des Grantls i !omcdiens, les Rouges, amenés par Taîma, salle qu'occujiail, avant rincendie d'hier, la (Comédie Française.

Celle riposte inattendue jeta Audinot, honlenx et confus, dans la consternation et les alarmes, 11 se trouvait pris à son propre piège. Comment se détaire maintenant de ses deux salles du boulevard et delà Foire Saint- Laurent, et de son matérieb et de ses acteurs engagés? Et même comment vivre, après avoir imprudemment dissipé à mesure presque tout e(^ qu'il avait gagné? « Il ne hii restait plus, dit lin contemporain pitoyaljle et malicieux, que de quoi subsister bourgeoisemenl ; ce dont ue se contente pas aujourd'hui le plus mauvais farceur, i Ce fui

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donc uîîp Iristt* soirée i|uc cello où la trou pi* »!♦* l'Ainbigii'Coiiiiqiie prit ront^^é des I*ari*5icns amigê^. Oïl JHiia, ail milieu «rapiilauclissemenls riviuMitjuc^ et exaspérés, la Fin rouronne Cœm^re^ et les Ariiem., o1 Itinl h* inonde iul aHonilri]nsi[ifaux larmes f|uanJ AudinoL im inuuf'lioir à la main, entouré île se^ auteurs dét'onUls, vint faire au ptiblie son dernier cornplimenl, et jouer sa dernière scène de comédie larmoya nie*.

Cependant, il ne î^e lenail j)as pour ballu: el loul en oiganisanl, près de la porte de Pass>% uti petit llunUre nouveau, il lan*;ail mémoire*^ sur niémoît'eç, auxquels rè[M>ndirenl des inémoirei^, et de^ mémoiix'^ encore. Ct*lle aftaire fui « une hydre de uiémaires », d'ailleurs inléressanls, |>arre qu'on y trouvait exposées el disrutées une fonle de questions d'ordre gênéraL dont lopinifui puljlii|(ie se nionlrait alor-? préoccupée, et doni proeliain** élail la sol u lion. La valeui des art^unieiils présentes par les avo<"atsd'AudinoL la lassiludede < laillard el t)orfeuîlIe, surment^^ par leur dtiidile enlrepi'ise el menacés par là Comédie Française, les démarches d'une aelricc reconnaissante, Mlle Masson, qui, dans In Uelh* au Btii^ tfarnittnL avail alliré le pMl)lie deux cents fois d(*

L Jl em|njrlaït copcndiinL imc i*«"UU" sati>?rocLion. Il nvail piu daas h^s A'Hettr, [muu^r contre ses s]ioliateiU's celle aposlrophe, fi^s iipplaudie :

• A Toi Je riiitiisîitji rhrtnriï'îe homme est v<»ii(l«. •

II (m ï^iïl une anlits ïjneîitues jiinrs ;i|>ivs. Pnur 1p von^<*r. Iei5 F*arisienSt <jmî t^adorai'cat» TonèrenL Icî* Italiens à jou^r fi* Titfnn'iù't'. \a [>riiM'i|ia!*^ leavre iJramaUque «rAudinot Ce fut une gronde représentation à bénclice... moral.

suite, et dont la beauté recevait les hommages des plus puissants et des plus riches, la protection du comte d'Artois, élève des sauteurs forains, qui menaçait de faire construire une loge à Audinotdans Tenclos réservé du Temple, et celle de la reine, qui avait voulu visiter à la Muette le Théâtre du Bois de Boulogne^ et, par-dessus tout, l'entêtement de Ten- Irepreneur, très décidé à ne pas céder, finirent par avoir raison de la triple alliance Dorfeuille-Opéra- Comédie Française. Audinot avait réclamé une indemnité de quatre-vingt mille livres, le prix de ses salles et de son matériel, le payement de ses dettes, l'exécution de tous les marchés et engagements signés par lui, une pension pour lui, ses acteurs et ses actrices, et quelques petites choses encore. Il eut davantage, puisqu'on lui rendit son théâtre. En 1785, il couchait sur les positions ennemies, c'est-à-dire qu'il jouait sur la scène reconquise de l'Ambigu, où les Parisiens revinrent avec joie, et qu'ils aiment toujours.

La Comédie Française n'avait pas attendu cette insolente victoire, sur laquelle les meilleurs amis des Forains n'osaient guère compter, pour entrer dans la bataille. Aussitôt après l'arrêt de juillet 1784, si favorable à l'Académie de Musique et si désastreux pour elle, une grande émotion l'avait prise; et quand elle vit l'Opéra, par des adjudications successives, mettre la main sur les théâtres du boulevard, elle jeta les hauts cris, et adressa au baron de Breteuil un mémoire d'autant plus éploré, qu'il n'était plus possible de songer désormais à la suppression complète,

30t LES THÉATBKS DE LA FulKK.

si loii^lciTips iv<'h»mé<% de ses eniiciiiis liérédilnire^ Les l'oraiiis, acrapan^s par rOf»ern. lui ecluippuienl, ruriiitit* lui iivaienl iM^iaiipiS en 1 702. les Foraiïisivum^ aux Maliens. An nmins, Icnla-l-elled'obiemrtiuclquef garanlirs nérrs sa ires, rti[ipelaîil ses antiques privilèjj^esel inaiMlenanl sa sn/ei'iiiii(*lé. t Qu'on la ineltcÀ m<>nK% ilisail son nié moire, d'exercer une censuw eflieaee sur le re|ïerloire des l'\irains; qu*on dêl>od<' à ces derniers les luges à Tannée, ou même i|ij*)li- (Hennés; i|iron leiir inlerdise de eominencer *ô h imHiic heure i[ue la Comédie; trinlikiier, snr les ailichcïi. l(*urs pi ères rtîniéfties; d'y me lire le nom des acteurs tpii joiH'ïiL ou flébulent, et le i|uanlième des rt^prèsentalions; i[u lui leur liéfeude les ou v rafles en vers, si ce ncbt en vers 6//î'/esyî^(',s; qu'on les obli^'^e à ilofiner Tenirée libre aux eenseurs des deux (!omédb (la Franijaise et rilaltenne), et que, selon leur aclt' d'aulorisiUion, les Variétés amusantes ne puissent | faire jouer que des marionneUes. »

Bédijj^éel remis à qui de il roit, l rois semaines avant 1 rHdjudieàlioir faite jiar TOpéra, ee mémoire était à l'adresse des roraius, pas encore dépossédés, mais il ' fut reen par leurs successeurs. Gaillard et Dorfeiiille Ce n'élail donc plus seulement Nicolel, resté maltw 1 chez lui, ni Audinol, donl le procès avec ses s/>oWfi»-J teurs^ eoiume il les a|>pclail, élail pendant en loi (jraiicrcbaud>re du Parlemeul, (lu'il s'agissait Jn soumettre et de détruire; il fallail aussi mettre à In raison les nouveaux adjudicataires des spec!ai'lci> j forains. En réalité, ce furent eux surloni que vii^^] rcnt désormais les mémoires, consullalions et 5oni*

mations des Comédiens Français, que la nouvelle salle du Palais-Royal exaspérait singulièrement. C'est qu aussi les directeurs avaient bien fait les choses, et hardiment manifesté leur intention de singer leur rivaux et de mériter le titre de second Théâtre Français. La salle, très élégante, quoiqu'un peu longue, et terminée en verdure, était éclairée par un lustre modelé sur celui de la Grande Comédie; Tinstallation était pareille, et pareils aussi les prix, au grand déplaisir du public. Il y avait orchestre, parquet assis, parterre debout, loges à Tannée, premières loges, galerie au lieu d'amphithéâtre, secondes loges, paradis. Il était difflcile de répondre aux réclamations anciennes et récentes des ex-privilégiés par un dédain plus manifeste. La représentation d'ouverture, donnée le i'^'' janvier 1785, fut elle-même une réponse indirecte, dont les allusions ingénieuses furent sans peine saisies par un nombreux public, composé non seulement des amateurs ordinaires, mais des curieux de toute espèce, courant après la nouveauté. On joua le Palais dit Bon Goût, et ce palais, comme bien on pense, était le Palais-Royal et la nouvelle salle des Variétés amusantes, Parisiens, qui voulez vous distraire et vous instruire, venez chez nous; c'est ici, dans ce Palais-Royal illustré par Molière, que vous trouverez la véritable école du bon goût, des plaisirs et du monde.

C'était donc surtout, malgré le caractère général de leur protestation, au nouveau théâtre que les Comédiens Français en voulaient, lorsqu'on juin 1785

ils dcmandèrenl au Parlement que « défenses fussent faites aux Forains et à tous autres^ de ne plus à Tavenir employer leurs théâtres à d'autres usages que ceux pour lesquels ils sont établis, ni d'y jouer autre chose que des jeux et danses de corde, de simples parades et pantomimes, telles qu'elles se jouent au dehors de leurs spectacles; que défenses fussent pareillement faites de prendre à l'avenir plus de douze sols pour les premières places (on les pavail trois livres aux T ^ay^iélés amiisan te^i) , et d'avoir plus de six violons et dixdanseui^s (Nicolet avait alors trente danseurs et vingt instruments) ; le tout à peine de trois mille livres d'amende, et de démolition de leurs théâtres. » Comme il était vraisemblable qu'on allait démolir la salle à peine achevée des Variétés, et le principal ornement du Palais-Royal, si fort goûté des Parisiens !

Gaillard et Dorfeuille comprirent sans peine qu'ils étaient spécialement visés, et que « les tyrans dramatiques (le la Comédie Française » voulaient surtout étouffer dans son berceau la troupe foraine transplantée dans le nouveau centre de la Ville, tout près de l'ancienne maison de Molière. Menacés de deux côtés à la fois, par Audinot et par les privilégiés, ils composèrent, comme on a vu, avec le premier, et vivement se tournèrent contre de plus redoutables ennemis. Aux sommations de ceux-ci ils répondirent par un mémoire qui est à la fois une défense, une attaque, un projet de réformes nécessaires, et un exposé de principes.

L'établissement des Variétés amusantes est abso-

lument régulier et légal. Ce spectacle a été fondé avec rautorisation même du souverain, puisque, par Tarrôt du Conseil en date de juillet i784, le privilège a été accordé à TAcadémie royale de Musique avec la faculté de l'affermer, et que les sieurs Gaillard et Dorfeuille s'en sont rendus adjudicataires pour quinze années. L'ordonnance de J680 ne saurait être envisagée comme une loi, en vertu de laquelle les Comédiens Français puissent prétendre au droit exclusif de jouer la comédie dans la capitale, soit parce qu'elle n'est due qu'aux circonstances du moment, soit parce que Louis XIV, en défendant par cette ordonnance à tous autres comédiens français de s'établir dans Paris sans son ordre exprès, s'est par là réservé la faculté d'accorder ou de refuser cet ordre, suivant les raisons de convenance ou de disconvenance qui pourraient s'offrir. Sait-on si, revenant au monde, il ne donnerait pas aux Forains Y ordre exprès de jouer tout à leur aise? En tout cas, c'est à son successeur et à ceux qui rendent la justice en son nom de décider si la vieille ordonnance doit être maintenue; et la récente adjudication manifeste nettement leur avis sur ce point, et leur volonté.

Au lieu de chercher à persécuter des gens qui ne s'occupent pas d'eux, MM. les Grands Comédiens feraient bien de surveiller un peu ce qui se passe dans leur maison, d'y travailler davantage, de donner par an plus de huit pièces nouvelles, et de mieux choisir celles qu'ils jouent. Les unes tombent à plat, les autres n'ont qu'un succès de scandale.

3oe

LES THfiATRfvS UK LA FOÎRE,

Tiv.H isoHrniciil i'I ïvi's injuslt^incnl, on repro^^he atis Foniins ItMir obscénité; el voici vingt pièces des FraiiçaJ!^ plus licencieuses qu'micnne des fai*ces jouées nnv les Uiéûtres dos l*oulevanls. La Comédie u'aunonrc-t-ellc pas, en ce moinenl iiaénie, pour la Mïi\anle-4pialurziéme rcprést'iilatioii, une pitVo \k Mariage de Plyaro), remarquable sans doute porson ori^ifïalité, mais atissi par la lianliesse de ses sarrusnies eonln- Ions les étais, ei qui ne donne que des exemples dangereux, sans aucun mol ]umr la verlu? 11 vsi regretlal>!e qu*on ne connaisse pas à la Comédie Française bi paralrolc fie la pnille el de la pnnire*

Il fard arjiHcr celle décadence, empêcher la ruiiu* pruebaine d'une ujstilulion qui fui autrerois ghrieuse*. Il Taiil IVmdei* un seenuil 'rbéïïlre Fram;^i!^ dans celle eapilale de la France qui en coniplail bu il jadis, à une époque où le goût des speclades élail bcaucoufï moins répandu. C'est là le vœu général; c'osi la demande, non seuleuieni des gewîi de lettres, mais des gens du monde. Les écrits sans lï ombre pour prouver la uéccssilé de ce tliéâtre, houoralile à la nation, utile pour les mœurs, inondtMd la ville et la Cour. Les directeurs des Variétà ne dissimulenï. pas leurs prétentions à ce sujet. Ils demandent hardiment au ministère de les ériger en seconde troupe, très désirée par les auteurs cl par tous les amateurs qui s'intéressent au progrès <le Fart dramalique, et qui seule peut, encouj'agerlo coneurrenee, mère de rémulalîon.

En attendant, qu'au nom de la liberté, chaque jour

plus chère aux Français, on laisse en paix les Forains : ce sont eux (jni permc^Ueni au pnblic (ralLendre aver moins irinipalietire une créalion inV^ossaii'c, A une population nussi nombreuse ({uv la ncMrr, il faut de nombreux speelac(es. C.omnienl! Londres a plusieurs théâtres qui ne se font aucun tort, ol Covenl- Garden vil avec Drury-Lane dans la meilleure intelligence; Florence vient d'abolir des privilèges (|ui n'avaient abouti qu'à rendre ses quatre spectacles plus cbers et plus détestables : dans cette ville, chacun peut représenter à son gré, en toute saison, des tragédies, des comédies, des drames, et autres pièces en vers ou en prose; el Paris, bien plus peuplé el bien plus éclairé, serait privé de celte liberté! On y trouve plusieurs jeux de paume et de noble liillard; pourrpioi n'y verrait-on pas plusieurs jeux s(*éniques? Grâce à eux, le public jouira de |>laisirs honnêtes, dont il est très friand, et sera moins tenté d'aller se divertir dans des taudions.

Tous ces arguments, plus développés icî el plus rigoureusement enehaîoés qu'ils ne le sont dans le Mémoire en répome présenté par M^ Vermeil an nom des enl repreneurs du spectacle des Var télés, ont l'avantage de rappeler et de résumer les critiques qui, longlemjjs n4enues par le respect des tradilions et d'ordonnances surannées, lorubaient alors, de [ïlus en plus fréquentes et vives, sur la Comédie 1-^rançaise. Il faut bien les répéter, ces justes critiques, puisqu'elles-mèraes se répétaient sans trêve. Et leur répélilion devait finir, et finit en etlel par rendre impossible, là comme ailleurs, la lutte du

monopole contre la liberté. La guerre cessa bientôt devant Topiniâtreté des Forains, soutenus par la bienveillante indifférence d'un gouvernement sans énergie. A la veille de la Révolution, les Vanélés nmt(}<ani€S sont, en fait, un second Théâtre Français, où viendront se réfugier tout à l'heure ceux des Cirands Comédiens qui aiment la République.

En môme temps, à la Foire Saint-Germain et sur les boulevards, les Forains, ayant conquis l'indépendance et conservé la faveur des Parisiens, jouent tout ce qui leur plaît, sans être troublés ni menacés: et ils préparent à nos modernes théâtres de genre, qu'ils achèvent de fonder, des destinées plus tranquilles que les leurs.

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