L'OPÉRA-COMIQUE
mission de chanter eux-mômes les couplets de leurs pièces.
Il n'est pas ordinaire, le premier témoignage de reconnaissance offert par les Forains à l'Académie de Musique. Ces grands gamins de Paris font penser à ces mendiants de Naples qui payent d'un pied-denez très drôle le petit sou qu'on vient de leur jeter. Ils inaugurèrent leur nouveau privilège par la parodie d'un nouvel opéra, le Télémaque de Pellegrin. Pauvre abbé Pellegrin, qui avait tant d'affection et confectionnait de si mauvaises pièces pour les théâtres de la Foire ! Quelle trahison ! Et d'autant plus cruelle, que le public, enchanté d'entendre de nouveau parler sur la scène, fit fête aux acteurs, surtout à Dolet, qui joua, paraît-il, le rôle naïf de Télémaque € avec un talent si merveilleux que tout Paris ne se lassait pas de l'admirer », et à Lesage, dont cette œuvre, disent les frères Parfaict, était la « la plus jolie parodie qui eût paru jusque-là. »
Il est certain que ce spectacle divertit fort le public. On rit beaucoup de la pauvre Calypso, qui, pour avoir protégé Ulysse, est persécutée par Neptune. Oh! le méchant Dieu, qui remplit d'eau l'île entière !
< Il a gâté Les potagers, Tout culbuté Dans les vergers. >
Vainement on l'a prié et supplié :
<( O puissant dieu des écailles.
Grand Neptune, exauce nous ;
Laisse amollir tes entrailles :
Cesse d'inonder nos choux ! »
Le cruel qu'il est a bouché ses oreilles et réclamé sa proie : à défaut d'Ulysse, qu'on lui sacrifie Télémaque. Oui, mais ce Télémaque, Calypso, Eucharis et Cléone aimeraient mieux le garder pour elles. Ce n'est malheureusement pas facile, de le garder. Ce grand benêt, auprès de qui l'Iphigénie de Racine est un monstre d'égoïsme et de lâcheté, veut absolument mourir pour son père ; il réclame la mort à grands cris, en tapant du pied comme un enfant têtu. Aux supplications des trois femmes pâmées d'amour et d'angoisse, il répond par ce même perpétuel refrain :
€ Moi, je veux mourir pour mon père. »
Impossible de le faire sortir de là.
« Je veux apaiser la colère
Du dieu contre mon pauvre père....
Vous direz ce qu'il vous plaira;
Ho bien, tenez, malgré tout ça,
Moi, je veux mourir pour mon père. »
Et pour avoir arrêté le bras du sacrificateur prêt à frapper, Calypso se fait malmener de la belle façon.