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CHAPITRE VIII

LES THÉÂTRES DES BOULEVARDS SOUS LE CONSULAT

Les théâtres populaires et Bonaparte. — Le Dix-Neuf Brumaire sur les boulevards. — La Journée de Saint- Cloiid et la Girouette de Saint'Cloud, — Drames nouveaux. — Fanchon la vielleuse. — La littérature française en vaudevilles. — Les théâtres populaires au camp de Boulogne,

Dix années de succès avaient consacré sur les boulevards la tradition des pièces de circonstances, bizarre mélange de comédies, de vaudevilles, de drames et de pantomimes, que les affiches annonçaient sous le titre de faits historiques. C'est ainsi qu'étaient naguère glorifiées toutes les grandes dates de la Révolution, les conquêtes de la liberté et les victoires des armées républicaines. Le 19 Brumaire allait avoir son tour. Mais les petits théâtres n'avaient point attendu la journée de Saint-Cloud pour faire à Bonaparte les honneurs dé leurs planches. Depuis longtemps déjà le vainqueur d'Italie remplaçait au répertoire des pièces patriotiques les Beaurepaire, les Custine et les Barra. Dans Arlequin journaliste, on chantait des couplets à sa gloire ; dans le Souper imprévu on célébrait ses triomphes en Lombardie ; dans V Apollon du Belvédère on

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que la soirée fût déjà fort avancée. Bonneville, le directeur du spectacle, alla sur-le-champ trouver Martainville, qui végétait dans ces parages, pour l'engager à composer un à-propos qu'on jouerait le lendemain. Le délai était court. Cela n'effraya pas l'esprit aventureux de l'auteur, qui mit aussitôt ses idées en campagne. De son côté, Bonneville se rendit auprès du général pour le prier d'assister à la représentation : ce qui fut accepté... L'heure est arrivée: la salle regorge de sj)ectateurs ; le général et son état-major sont aux premières avant-scène. Les acteurs se réunissent. Ils tâchent de se recorder, de se rappeler que, dans la soi-disant pièce, l'un est le père, l'autre un jeune officier revenant de l'armée, celui-ci un rival, et cellelà la fiancée du militaire. Mais la frayeur les paralyse : ils ne se souviennent plus de ce qu'ils croyaient savoir. La trop grande envie de bien faire, cette puissante raison de faire plus mal que de coutume, jette une affreuse confusion dans leur esprit... » Et ce fut la plus extraordinaire des soirées, la plus manquée et la plus triomphale. La pièce, mal bâtie en une nuit, était stupide ; les acteurs bredouillaient ou restaient muets, entraient et sortaient sans raison. Mais il y avait des rimes éclatantes, des couplets bourrés de guerriers et de lauriers^ de victoire et de gloire ; et les spectateurs, qui ne comprenaient rien à l'intrigue, applaudissaient avec frénésie.

Ces applaudissements, Bonaparte allait les retrouver sur les boulevards de Paris, au lendemain de Brumaire. Cependant, si pressés qu'ils aient été de glori-

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« De la Justice Le frein propice Vient à la fin remplacer le caprice.

Que l'on s'unisse.

Que l'on bénisse Le jour heureux Qui comble nos vœux.

Enfin la France, Après tant de soufiFrance, Reprend ses droits

Et des lois

A son choix.

Par la sagesse Guidés sans cesse Nous allons voir, croyez à' ma promesse.

Le bonheur naître, Et disparaître Beaucoup de maux.

Mais encor plus de mots.

Plus de tyrans,

De traitants

Charlatans, De commettants

pestants ; Plus de méchants

tranchants ; Plus d'opulents

volants ; Plus d'intrigants

brigands ; Plus d'agents

négligents ; Plus de grands

ignorants. »

Et à qui doit-on tout cela ? A Bonaparte.

Si dans ses courses immortelles Il nous met à couvert partout.

Je crois qu'aujourd'hui de ses ailes Il pourrait bien couvrir Saint-Cloud.

Malgré leurs sinistres complots, Je ne crains rien pour le héros Que la France renomme.

Il est un énorme chemin Entre le fer d'un assassin Et le cœur d'un grand homme.

La fuite en Egypte jadis Conserva le Sauveur des hommes.

Pourtant quelques malins esprits En doutent au siècle où nous sommes ; Mais un fait bien sûr en ce jour, Du vieuç miracle quoi qu'on pense, C'est que de l'Egypte un retour Ramène un sauveur à la France . »

Enfin, arrive la grande nouvelle. Les députés sont chassés, et tout le monde accourt pour assister à leur fuite.

(( Ces messieurs pour quitter Saint-Cloud Prennent leurs jambes à leur cou :

C'est tout ce qui leur reste à prendre.

Messieurs, n'auriez-vous rien à rendre ?...

Vous ne répondez point... Bonsoir!

Surtout, ne venez plus nous voir.

Allez-vous-en, sans regarder^derrière, Tout le long, le long, le long de la rivière, Tout le long, le long de la rivière ».

Alors, un des vainqueurs de la grande journée, le

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soldat Thomas, raconte à sa fiancée et au père Tourniquet, dont la girouette est désormais fixée, comment les choses sont arrivées.

« Tous ceux qui n'étaient pas des bons ont voulu faire les méchants; mais nous étions là. En avant, pas de charge ! Et ça n'a pas été long.

A l'aspect de nos grenadiers, Frappés d'une terreur subite.

Ces messieurs, qui sont peu guemers, Ont d'abord arrêté... la fuite.

Par la porte les plus peureux Cherchaient une retraite aisée.

Tandis que les plus valeureux Sautaient par la croisée.

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