Paris, G. Charpentier et
LES IHKAlHhb PAHlblEiNS.
(le la montée du Capilole, sont à citer, particulièrement à ce point de vue. A bien réAéchir» à bien creuser le fond même des choses, je ne trouve pas qu'on fausse dans notre esprit la représentation historique d'une époque comme celle des Césars, quand on en met naïvement les tragédies en formules de guin{^uette et en spectacles de bonshommes de boisy comme le marquis de Mascarillc voulait mettre rhistoire romaine en madrigaux. Ce Claude, de rÉden-Théatre, soit qu'il promène d'un air important son manteau impérial à côté de sa Messaline, qui lance des oeillades aux gladiateurs, soit qu'il ordonne des assassinats, soit qu'il subisse les conjurations ou en prolite, est par la nature même d'un spectacle de pantomime, d'une drôlerie si abjecte qu'aucun Claude de tragédie classique ou romantique ne nous ferait aussi bien sentir que lui le néant fondamental de la civilisation, qui n'est pas mémo bonne à empêcher les peuples de subir des maîtres pareils à cet imbécile. Les figures, ainsi façoniices, d'un Claude ou d'un Caligula font frémir à proportion de ce qu'elles amusent. Elles nous donnent du tremblement pour nous-mêmes, qui vivons aussi dans un temps sans vertu, sans virilité et sans foi où la civilisation marche à tenir lieu de tout. Nous pensons à l'un de ces mots terribles et d'un fond insondable qui ont été dits- au grand
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siècle : a Le cheval de Calij^ula consul no nous aurait pas autant surpris que nous nous Timaginons. » Français, vous Tavez eu, plus d une fois, depuis cinquante ans, à plus d'un degré et sous plus d*une forme, le cheval de Caligula consul 1 Et vous n'en avez pas été surpris l Et \ous n'en avez ressenti aucun trouble I Et les raffinés entre ieb rallinés l'ont nommé par acclamation de leurs Académies 1 Et les danses, et les jeux, et les ris continuaient comme dans MesscUinaf Et les soldats défilaient! Et les musiques faisaient: djsiia boum^ boum!
M. Pyat, à plus de soixante-quatorze ans, compose pour l'Ambigu uu drame à la mode du drame populaire vertueux de l'an 1840; il y prouve qu i! a encore l'œil clair, la main juste et vigoureuse, le mouvement bien délaclié, la vision intellecluuiic et murale bien décidée et bien nette. Que le drame de VHomine de peine contienne de fortes défaillances et de fortes gaucheries ; qu'il soit conçu et exécuté sur un moule qui au lendemain d une pièce de Meilhac ou de Gondinet paraît bien antique; c'est ce qu'il est impossible de nier. Mais je voudrais bien voir ce que seront ou ce que feront encore à l'âge de soixante-quatorze ans, les jeunes gens et les hommes mûrs qui se gaussaient hier au soir à l'Ambigu, dans les eouloirSi Je voudrais bien savoir si, après
une vio Inversée de mécomptes amers, chargée de
kaiaus probablemeul injustes, ils sauiuut encore, sur la scène ou ailleurs,par la plume ou la parole, retrouver et mériter le regain d applaudissements qu'a recueilli, hier à certains passages de son drame, Félix Pyat, ce vitéiaii intrépide de l'art démocratique et de démocratie idéaliste 1
Le drame de VHomme de peim se compose d une série de huit tableaux. Les quatre premiers sont d'une construction simple et irréprochable. Au troisième et au quatrième, le drame se noue violemment par des coups brusques et saisissants, mais qui ne choquent pas la vraisemblance et qui ne produiseut aucune impression simstre désagréable. C'est au cinquième tableau que Tœuvre dévie, quelle sort du commun sens et de la commune nature, mais pour y revenir au sixième et produire alors un bel et grand effet de pathétique. Les trois derniers tableaux ne nous offrent plus ensuite que la cuisine habituelle des drames du boulevard.
Jacques Durand sert depuis trente ans en qualité de gai'de-magasin et de commissionaaire chez Gabourg pére, batteur d'or. Aidé de Tadmirable madame Durand, sa femme, il a élevé deux biles, en peinant beaucoup, mais en les entourant au prix de sa peine d'une atmosphère de tendresse et de bonheur domestique, et il les a menées jusqu'à Tàge
de dix-liuit aus sans qu elles aient jamais coiiiiu ni la souillure des pensées du mal, ni les mauvais conseils du besoin. La fille cadette travaille chez ses pareats; la fille aînée est placée à Londres dans un magasin de modes; du moins M. et madame Durand le croient. On a cbez Jacques Durand bonne conscience, bon ménage, régularité de vie, contentement, fierté de pauvres gens qui font tout leur devoir. Tout à coup, un dimanche, le jour du Seigneur, du repos en famille, Jacques Durand est mandé d'une façon insolite cliez le patron. 11 y trouve à sa grande stupéfaction un commissaire de police qui i interroge; ou a détourné dans les ateliers et magasins de la maison Gabourg pour près de cinq cent mille francs d'or: le vol n'a pu être fait que par fragments, feuille à feuille, par un employé ayant ses entrées partout. Or, le seul employé qui soit dans ce cas, c'est Jacques Durand, Thommc de confiance de Gabourg. Le commissaire se voit donc obligé d'arrêter Jacques Durand. Sur les protestations de celui-ci cependant, il lui accorde huit jours encore de liberté, espérant que Durand les emploiera, comme il s'y engage, à faire son enquête sur le voleur inconnu. Au quatrième tableau l'enquête est faite; Durand et Gabourg, en embuscade la nuit dans les magasins, voient arriver un individu en costume d ouvrier qui, la casquette rabattue
LES THEATHËS PÂHISIENS.
sur le visage, se glisse vers la caisse dont il a les clefs; liuraad et Gaboui^ se jettent sur lui. Le voleur est le propre lils de Gabourg. Ce misérable furieux d ùire découvert par Duraod, lui jette à la face que s'il a volé son père, c'est pour suflire au luxe iiisaliable de sa maîtresse, et que celte maîtresse c'est Louise Durand. Voilà le drame porté à son paroxysme, ci jusque-là il a bleu marché. Au tableau suivant, par malheur, Jacijues Durand se laisse arracher par Gabourg iils la signature d'une pièce par laquelle il se reconnaît pour le voleur. Cet épisode est si inattendu ; les motifs qu'on donne à Jacques Durand pour signer sont si peu plausibles; il est si extraordinaire que ce brave hoounc oublie pour sa ûlle perdue sa fille inno* centc et le dévouement incessant de sa vertueuse femme que toute la salle s'est mise à lui crier en gouaillant : « Ne si|^nez pas 1 Ne signez pas !» Il a signé tout de même! — Et nous donc? lui crie sa femme au tableau suivant, quand elle apprend ce bel exploit I Et nous, Jeanne et moi, devais-tu nous déshonorer pour rendre Phonneur à la maîtresse de Gabourg fils? — Cette nouvelle scène est belle et enlevante; pour qu'elle eût toute sa noblesse et tout son efiét, il aurait fallu qu'elle ne fût pas amenée par l'acte absurde de Durand au cinquième tableau, qui n'a évidemment été perpétré que pour rendre possible la protestation pathétique de madame
Duiaiid. Celle scrae est la deniière du drame qui offre de Tintérét dramatique. Le reste, nous Favons dit, nous mène au dénouement par des sentiers trop battus, pour que l'auteur ait captivé avec ce reste un public aussi peu novice que Tobl celui des premières représentations.
Au fond, ce drame de i homme du peuple, honnête, malheureux et persécuté, n'est que le Chiffonnier de Paris, que i'auleur a repris, dilué, aiuorti et ramené à résipiscence ^. Comme Jean le Chiffonnier, Jacques Durand est accusé à faux; comme Jean le Chiffonnier il demaude et obtient sa liberté provisoire pour faire olTice de juge d'instruction et de détective, il découvre le vrai criminel. Jean le Chiffonnier est Jacques Durand à l*état célibataire et vagabond ; Jacques Durand est Jean le Chiffonnier, marié, père de famille et dans ses meubles. S'il ne s^agissait que de considérer le talent et l'intérêt dramatique, il n'y aurait pas du tout de comparaison à faire du Chifjonnier de Paris, Tune des œuvres les plus fortement écrites de la dramaturgie de 1830, à V Homme de peine. Il n'y a pas dans CHomim de peine le jet vigoureux d'esprit, de pas-
1. Le Chiffonnier de Paris, nouveUe édition enli«îroiiieut remanieo et .iiigmenlcc d'une préface inédite. Paris, Calmann Lëvy. 1884. — Je signale particuliùivnu nt la préfaco. Elle est des plus importantes pour Thistoire de l'esprit français et de ses variations en ce siècle.
sion sociale et d'éloquence qui lit eu 1847 le succès
elle scandale du (hiffomier de Paris, Ce qui est moralement intéressant dans r Homme de peine^ c*cst leffort tout contraiiv qu'a fait M. Félix Pyat, arrivé nu terme de sa carrière, pour se dégager en art de toute [Ht occupation politique, de toute passion sentant le socialisme et la démagogie, il nous a montré un patron riche mais honnête; un commissaire de police qui a du sang-froid ; un ouvrier qui a d'autres préoccupa lions que de se mesurer avec les sergols et de haïr le bourgeois.
On dii<uL qu'il y met de la coquetterie. Il est allé jusqu'à dire, ce qui cette fois m'a paru d'un bour^eoisisme excessif, de l'esprit de bonnet à poil tout pur : « Les grèves sont les barricades de la fainéantise. » A cet aphorisme on croirait entendre M. Maxime du Camp, en son histoire de la Commune ou de Fieschi.
Mais ne réclamons pas. Félicitons plutôt M. Pyat de nous avoir montré au moment actuel un prolétaire pris dans la plus stricte réalité, qui est et veut être l'homme de bien, soumis aux lois, résigné au jeu nécessaire et salutaire du mécanisme social. Je ne sais si les ouvriers d'à présent se reconnaîtront dans le portrait de Jacques Durand et seront flattés de s'y reconnaître. A quarante aiis en arrière, le portrait est fidèle.
Ainsi était le peuple, ainsi pensaient, sentaient et vivaient de braves gens de la masse laborieuse, du temps que régnaient le roi Loui»-Philippe, Scribe et ie père Mourier*
ThéAtre dos Folies Dranmliques : les PeUfH Mou.squetaires. — ThéAtpp de la Renaissanœ: J'épouse ma femme. — Éinile (luiai tl et Feu de paille. — Théâtre des Nations : te Médecin des enfants. ^ Variétés, ReDaissanee, Théâtre Déjaxet : CoucoUt Lequel*^ la Cigale.
(Feuilletons des 9 mars et 13 avril 1885.)
Il ne faut pas croire que les Petits Mousquetaires^ dont les Folies-Dratnatiques nous ont fait les honneurs, soient des mousquetaires tout petits, tout petits, des mousquetaires nouveaux, des mousquetaires jusqu'ici inconnus de nous et qu'ont façonnés de leur autorité propre M. Jules Prével et M. Paul Ferrier. Non I Ce sont les vrais et seuls mousquetaires, les mousquelaires après lesquels il n'y en a plus eu, il ne pouvait plus y en avoir d'autres, nos vieux amis Porthos, Arainis et d'Artagnan. Le titre ^ les Petits Mousquetaires^ est employé ici dans le même s^ où
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l'on a dit déjà le Petit banal. C'esl ^are modestie d'auteur : le Petit Pau$t^ c'est-à-dire un Faust qui pourrait faire oublier celui de Gœthc s'il s eii mêlait, mais qui ne s'en mêle pas; ks Petits Mousquetaires^ c'est-à-dire une façon d'exposer les faits et gestes des trois mousquetaires par laquelle M. Jules Prével et M. Paul Ferrier ne se proposent pas de rendre jalouse l'ombre de Dumas. Qui n'eût cru après tant d'œuvres qui se sont ^leiïées sur les Trois Mousquetaires, après les suites et les ëpisuites, après les drames et les épidraines, qui a eut cru que ce livre illustre et irrésistible, qui a très sérieusement ébranlé la position dans le muade des quatre fils Aymou, du Juif- Errant, de Geneviève de Brabant et du sergent La Ramée était bien et dûment arrivé au terme de ses transformations? qui n'eût cru que l'œuvre mère n'engendrerait plus rien, du moins de nos jours. On se trompait. U restait à mettre les Trois Mousquetaires ea opéra-comique. C'est ce qu'ont fait MM. Paul Ferrier et Jules Prével avec le concours de M. Varuey. Us oui pris trois moments des aventures chevaleresques de d' Artagnan : l'arrivée à Meung sur la haridelle jaune, les amours avec madame Bonacieux, le voyage en Angleterre à la recherche des ferrets de diamants ; ils ont naturellement beaucoup raccourci et beaucoup abrégé et ils ont servi chaud. C'est amusant et plein de mouvement. La musique
de M. Varney se distingue par l'élégance etTaisance. On a beaucoup remarqué Tentr'acte de violons du deuxième au troisième tableau, le trio de madame Honacieux, d'Armide de Tréville et du jeune d'Arlagnan, le (|ualuor des oui et des wo/i, qui est d'un esprit fort pittoresque. M. Gobin joue avec une niaiserie fine le rôle de Bonacieux. Mademoiselle Ugalde, (|ui représente d'Arlagnan, est le plus déterminé et le plus crâne des mousquelaires. Elle dit sa partie dans le quatuor des oui et des non, que c'est comme une pluie de perle«i. La pièce a été annoncée au public sous le nom d opéra-comique. La partition incline plus en effet du côté de l'opéra comique que du côté de l'opérette. Mais il me semble que le rôle d'Armide de Tréville, inventé par MM. Paul Ferrier et Prével, fait pencher le libretlo beaucoup plus du côté de l'opérette que de l'opéra -comique. Cette Armide de Tréville est dans la pièce la femme du Tréville qui commande la compagnie de mousquetaires où 1(^ jeune d'Artagnan demande à entrer. C'est elle et non Tréville qui mène tout. Elle gouverne la compagnie très sec, tandis que son vieux mari fait de la tapisserie dans un coin. Et il ne faut pas que Tréville raisonne, ou gare les tapes ! Elles tombent sur lui dru comme grêle. Vous voyez les effets comiques, assez vulgaires d'ailleurs, qui résultent du contraste entre ceiio virago et son docile époux. J'avoue mon
igiioraiice sur ce que fut le Tréville de riiibluire. Il suffît qu'on sache que oe Tréville^ père du personnage bizarre et chaiiiiaiit dont Louis XIV refusa de sanctionner la nomination à TAcadémie française, commandait réellemeut l'une des deux coiii|)agnies de mousquetaires de la maison du roi, pour que la buuilonnerie ou ou le met en scène paraisse une des plus osées et une des plus irrévérencieuses qu'il y ait dans notre réperloire d'opérettes. Traiter de la sorte Tréville, capitaine-lieutenant d'une compagnie de mousquetaires dont Louis XIV en personne était capitaine titulaire 1 Mademoiselle Desclauzas fait passer la chose par sa verve enragée. Mais, Messieurs, n'y revenez plus !
A la Renaissance on a joué une pièce en deux
actes, f épouse ma femme, qui est le début de deux jeunes auteurs, dont l'aîné n'a pas vingt-cinq ans. Cette pièce a les allures bon enlaiil d'un vaudeville. Elleest plus pourtantqu'un vaudeville. Gaie, coulante^ facile, sans prétention d'analyse et de finesse, clic repose sur un sujet et sur une situation comiques.
Miraudol, surniiiiHîrairc dans un ministère, jeune homme, jouissant d'ailleurs d'une honnête fortune, a rencontré Léonide, fille de Gargaret, trombone à l'Alcazar* I^e trombone qui n'a pas de préjugé, est venu s'établir avec sa chère enfant dans l'entresol de
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la rue d'Anlin qu'habile Mirandol. On n*a pas publié de bons; on n'a pas signô de contrat; on a oublié de se pourvoir auprès de iM. le maire. On n'en est pas moins mari et femme, ou c'est tout comme, et Gar{j;arcl remplit avec une respectabilité parfaite son personnaj^(î de beau-])ère dans le ménage. Mais ce ménage est tout sens dessus dessous. L'humeur acariâtre y souffle de tous les côtés à la fois. Qu'estce qui assombrit le cœur de Gargaret? C'est que ce métier et celte position de beau-père qui lui plaisent fort, rien ne lui garantit qu'il les gardera. Qu'est-ce qui d«M raque Léonide? C'est justement qu'elle est femme très entendue et très sage; elle songe qu'il n'y a rien de signé entre elle et iMirandol ; qu'aucune des économies que réalise sa prudence de ménagère ne lui profitera ; qu'elle aura peut-être une vieillesse solitaire et dénuée. Aussi elle se donne du bon temps, pendant que le bon temps dure. La bonne à tout faire, Clara, fait surtout la danse du panier; Madame se soucie bien de regarder à ses comptes ! Léonide, chaqu(î matin, exige pour le déjeunera tout le moins un canard de Kouen ou un homard de chez Potel avec du Chablis première. Son salon est encombré de cartes de visite et de bouquets envoyés par les galants. Quand Mirandol a besoin qu'on lui reprise ses chaussettes, elle répond : Zul ! et court chez Armandine, une ancienne camarade du magasin de
modes, qui mène l'existence rondement. Pour Gargaret, dès que l'asile hospitalier de la rue d'Antiû l'a eu reeueilM, il a envoyé promener l'Alcazar; c'est un rentier. 11 aurait houle toutefois de trahir Tari pour les vaines jouissances du luxe. Toujours tout à l'art, Gargaret 1 Du matin au soir, il lait reteutir Teutresol do Mirandol des sons délicieux du trombone. De tout cela, Miraudol devient fou. Le célibat d'un seul est déjà une raine. Mirandol a trois oélibatsà soutenir! Comment se débarrasser de cette Léoiiidc désastreuse et de son long trombone de père!... On pourrait trouver peut-être quelque procédure, leur signifier congé par huissier I Mais non ! Les lois sont sans secours pour les étourneaux qui se procurent des beaux-pères sans elles. Malheureux Mirandol 1 Condatujié au trombone à perpétuité I A la fm, Miraudol conçoit un vaste dessein: il aborde carrément le trombone : « Gargaret, j'ai l'honneur de vous demander en mariage votre fille Léonide. » Stupéfaction de Léonide I Uavissement de Gargaiet, qui saute au cou de Mirandol I — Va! va! mon bon, pense Mirandol; embrasse-moi; emballe-toi ; je te tiens I... levais être époux légitime!... Je pourrai divorcer maintenant 1...
L'idée est comique. Elle est aussi plus profonde qu'on ne croit ; elle ne ressort que trop du train habituel des unions illégitimes. Mirandol marié n'a
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plus qu'à trouver un bon prétexte à divorce. Il ne i*eculera devant aucun macbiavèlisme, ni devant aucune scélératesse. Que lui faut-il ? Un beau jeune homme qui consente à tenter la vertu vraisembiabiemcnt peu résistante deT^onide, et àcréer le flagrantdéli t. Son colique desTulipes, expéditionnaire et pschut- Icux, consent à lui rendre ce service. Remarquez et retenez ce truc de vaudeville; il se produit pour la première fois au théàlre depuis la promulgation de la loi sur le divorce ; il est probable que vous allez le voir repris, transformé et développé dans tout un cycle de pièces encore à naître. Des Tulipes se met à l'œuvre, mais il a beau déployer le marivaudage le plus subtil, tout ce qu'il y gagne, c'est d'être traité par Léonidc de vilain singe. Léonideest iDébranlable. C'est que le mariage a opéré son miracle. 11 est poussé k lAîonide une fierté de matrone. Elle a consigné chez son concierge Armandine, les boites de bonbons envoyées par ces Messieurs et jusqu'à la hevue des Deux MondeSy qui est trop leste. Elle l'ait régner maintenant dans la maison la décence et l'ordre le plus strict : c'est sa maison à elle. Elle fait succéder sur sa table les lentilles au canard de Rouen ; elle commence sa journée par les comptes de sa bonne ; elle capitalise pour la communauté : la
communauté, c'est son bien. Mirandol d'abord s'ëiiiDne; et puis il s exaspère; il n'obtiendra pas
SOI) giiel' de divorce ; et puis enlin il s'avise que tout va chez lui comme sur des roulettes, et qu'il est lieureux, et qu'il n'a plus besoin de divorcer. On flauque des Tulipes à la porte. C'est bien ^çal à des Tulipes, qui trouvait chaque jour moins drôle sa corvée de séducteur. Seul Gargaret n'a rien gagné au mariage. Il avait cru que la cérémonie chez M. le maire consoliderait son trombone; dès au sortir de Ja mairie, madame Mirandul lui a interdit l'usage de cet instrument poétique, mais bruyant.
N'est-ce pas, que le thème de cette comédie est ingénieux et neuf? Depuis quelque temps, on le seniait dans Tair. MM. Gumon cl Maurice Denier Font dégagé. Ils n'en ont pas pourtant tiré tout le parti possible. Leur pièce a des longueurs, des vulgarités, de la diffusion. Les points fondamentaux ne sont pas assez vigoureusement indiqiié.s. MM. Guinun et Denier sont allés gaiement et naturellement devant eux avec l'inexpérience de la jeunesse. Plus lard, ils se débrouilleront et se développeront . En attendant le succès leur est venu du premier coup. Leur pièce a eu la chance, qu'elle méritait, d'être bien jouée. M. Vois a beaucoup réussi dans le personnage de iiirandoL C'est M. Galipaux qui joue le petit bout de rôle de des Tulipes; il y montre la même correction de jeu que dans la Parisienne et la NaveUe. M. Galipaux est un acteur de style et dégoût.
LES THÉÂTBES PARISlËiNS,
J'avais mis, tirs le premier moment, iM. Emile Guiard dans mes petites papiers. Neveu d'Émile Augier, arrière-j)etit-OIs de Pij^^ault-Lebrun. M. Lmile Guiard est sorti d'un bon terroir. Entre les deux siècles classiques et lui, il y a filiation littéraire et morale lout comme filiation pliysiologique.il parle le français de France. Son vers, quand il est bien venu, est de la lignée de Piron, de Gresset de Destouclies, de Jlegnard . M. Emile Guiard avant Feu de paille^ a déjà produit deux ouvrages, tous deux en vers ; Mon Fila, pièce en trois actes, jouée, en 1882, à TOdéon, et Volte-face, comédie en un acte, jouée en 1877 à la Comédie-Française; de plus, un monologue également en vers, la Mouche, dont j'ignore la date. A considérer le fonds du sujet, l'ouvrage important de M. Émile Guiard est Mon Fils, qui serait mieux intitulé la Mè?'e, M. Émile Guiard y peint une mère paysanne qui a deux fils, l'un qu'elle fait fermier, l'autre, le favori, qu'elle envoie au collège prochain, qu'elle veut faire médecin, puis médecin célèbre, et marier grandement; dans l'excès de son ambition maternelle, elle sacrifie tout à ce dernier, y compris elle-même. Sujet certes moderne et extrait du palpitant des mœurs de ce siècle I Dans Mon Fils, M. Emile Guiard a traité, — et ç'a été l'unique fois — une matière ayant corps. Il l'a conçue avec originalité, s'il ne l 'a pas concentrée autant qu'il eût fallu. Je ne
sais par quelle fatalité il n'y est pas entré avec un vers aussi impérieux et d'uue aussi cousiaute sûreté qu'en de moindres sujets. Prenez Ydte-face, qui n'est qu'un badinagesur un thème médiocre et unpeuforcé; le vers jaillit à tout coup. Il en est de même de la Mouche. Je conseille aux amateurs qui n'auraient que quelques minutes à donner à M. Émile Guiard de passer chez Oliendori acheter la Mouche, Une centaine de vers au plus I Mais tant d'esprit et de bondissemeat 1 C'est l'histoire d'un mariage que iail manquer une mouche, à la mairie, en se posant sur le nez du iiancé. L'infortuné prétendu vous raconte lui-même Taventure. II avait mis toutes les chances de bonheur de son côté, il avait déployé tout le machiavélisme de la recherche.
Savais pendant six mois fait une cour pressante Et , pendant ces six mois, mis mon habileté,
A ne me taire voir cj[ue de mon J>un côté;
Je plaisais
Une femme de clioix; simple, s'il en est une; Je Taimais; elle avait une grosse fortune:
C'était un excellent mariage d*amoarI...
Et tout s'écroule pour une mouche I
£t nous faisons la guerre aux panthères farouclies, Aux tigres, aux lions et non la guerre aux mouches!
Los ligiLS, les lions, tlout un njui-î^uii la race. Ça vit daas le désert, ça se tieat à sa place. Les moucbea sont chez nousi dans nos appartemeats, Le jour, la nuit, au lit, a table, à tous moiaents...
Hais au fait, ce maria^e^ qu'une mouche a détruit,
eùl-il si bien tourné ? Le fiaiicé, avant la noce, cachait son mauvais caractère > qui lui dit que la fiancée u a pas eu la môme astuce ? En ce cas, la mouche auraitelle si tort? Ëlie a sauvé ie Capitole.
Mouche faite d'azur, messagère du ciel,
Tu n'as fait jus(|u"iri manquer (|u'uii manajje;
Ah 1 ue L'arrête pas à ton début, vo\age.
Ton temps est précieux ; ne perds pas un instant.
Qui sait? Peut-être aiUeori, on t'espère, on t'attend !
Va, mouche dévouée à ton œuvre féconde,
De mairie en mairie émanciper le monde !
Ce qui soutenait une bluette comme VoUe-face ou
une ba^alclle comme la Moiicfie^ c'était la franchise du vers. On y recueillait à chaque instant (surtout dans Vollc-facc) des alexandrins rubis sur l'ont» le, de ces alexandrins de la vieille France, dont Tauteur de GabrieliCj de PhiUberle et de VAvcnturicre a presque seul gardé et sauvé la recette dans la France moderne. Justement, le sujet de Feu de paille^ à son tour, ne pouvait se passer de la délicatesse et du tour glissant du vers. Gaston Maurel se rencontre à la campagne chez des amis communs avec une jeune veave.
Pauline de Beauclerc. Gaston et Pauline se croient tour à tour amoureux l'un de l'autre; ils s'aperçoivent chacun à son tour, qu'il n'en est rien et avant de tomber tous deux dans les résolutions irréparables, ils se dégagent galamment. C'est là un de ces fugitifs tracas du cœur qui ne nous intéressent au théâtre que par l'expression, qui dans la vie même ne peuvent être ressentis que par des personnes dont Tftme et les manières ont un style. M. Émiie Guiard ne laisse pas que de trouver parfois le vers juste et qui frappe, il le faudrait trouver à tout instauL M. Emile Guiard a imaginé d'ailleurs un caractère de femme original ; c'est Laure Molinot. Cette bonne et sage personne est pourvue d'un mari qui n*aime qu'elle au fond, mais qui en surface, aime tout ce qui se présente et s'en croit aimé. Au lieu de mourir de jalousie, Laure s'étudie bravement à empêtrer son mari dans une aventure galante où celui-ci ne peut être que ridicule.
J*ai voulu te donner une bonne leçon.
Les femmes, sois-en sûr, si charmant que tu sols.
Ne convoitent pas tant Tépoux dont J*ai fait choix.
Tu n'es vraiment aimé que d*une femme au monde...
De la tienne... Et comme c*est heureux!
Car c'est la seule aussi dont tu sois amoureux.
Le couplet, on le voit, tombe sur un vers leste, inattendu et fm; mais, pour citer des vers de ce genre, je suis obligé de chercher et de choisir.
258 LE6 THh.ATUES PARISIENS*
M. Ballande a repris au théâtre des Nations, un drame ancien en réunissant pour l'interpréter ie talent si classique de M. Lacressonnière, l'énergie tragique de M. Taillade, Tart savant et juste de M. Paulin Ménier. Je n*ai pas Tintention de parler en détail d'un drame aussi connu que le Médecin des enfants. Je ne veux remarquer qu'un point. J'admire et je ne me lasse pas d'admirer tout ce qui s'est dépensé d'invention brute dans le roman populaire et sur des scènes du boulevard, en ce moment du XIX® siècle qui est compris entre les années iSW et iSo^l et qui portera légitimement dans l'histoire le nom d'époque de Louis-Philippe, non à cause de quelque aptitude spéciale ou d'un goût décidé que ce prince aurait eu pour les arts et les lettres, — sa nature vulgaire ne comportait rien de semblable, — mais à cause des vingt années de liberté tranquille et honnête, de bon gouvernement et de paix que son rare bon sens politic[ue nous a procurés. L'invention, une invention qui ne prenait pas Je temps de se polir, de se clarifier, de se canaliser, a coulé impétueusement sous son règne. Le Médecin des enfants est un spécimen de la fertilité facile et heureuse de ce moment de notre histoire Utté* raire. A la vérité le Médecin des enfants a été représenté en 1855. Mais par ses deux auteurs, Anicet- Bourgeois et d'Enpery, par sa facture, par le ton des
personnages et des sentmiuals, par la méthode d'où il procède et qui consistait à dégager des situations les plus cruelles de la vie sociale plutôt ce qu'elles ont de pathétique que ce qu'elles ont de dur et de pénible, le drame appartient à la période d'à \ an 1 1 8oi. C'est bien un drame de l'époque de Louis-Philippe, et précisément ce qui le caractérise, c'est une abondance d'idées si naïve qu'elle s'ignore elle-même. Je relève deux de ces motifs dont l'époque suivante a tiré presque un cycle. Lucien a enlevé madame Delonnel,,et il en a eu une fille qu'il adore. Le mari découvre sa femme et Lucien dans la retraite où ils sont allés cacher leur Ifoniieur. Quel sera le châtiment de Lucien et de Louise, la femme coupable? Le mari va-t-il tuer sa femme? Va-t-il provoquer Lucien en duel? Va-t-il porter plainte au parquet ? rsou; il a fait inscrire <\ l'état civil, selon son droit, comme étant sienne, la fille née de Louise qui est légitimement uiadaaio Deiormel, et, la lui à la main, il enlève, lui, père légal au père réel, Lucile, l'enfant de l'adulU re, objet de sa haine qu'il élèvera durement et tristement dans sa maison. Vous reconnaissez là le thème fondamental de plusieurs pièces postérieures à l'an 1860, parmi lesquelles se distingue Eélcïse Paranquel, la comédie de MM. Durantin et Dumas, représentée avec tant d'éclat au Gymnase en 1866. La situation respective de Cavagnol et de Guy de
Sableuse dans Heloise raranquet reproduit la situation respective de Delormel et de Lucien Lemonnier dans le Médecin des enfants. De même dans la dernière partie du drame de MM. Anicet-Bourgeois et d'Ennery, la lutte de Lucien, le père réel, qui veut marier Lucile à Tamant pauvre qu'elle aime, et de Delormel, le père légal, seul mvesti par le Code de Tautorité paternelle, qui prétend la marier malgré elle, et au gré de sa propre ambition, cette lutte pourrait à elle seule fournir le sujet d'un drame plein d'angoisses, et, en ellet, elle Ta fourni; c'est* le drame de ChrUHane que M. Gondinet a donné au Théâtre- Français on 1871 . Kobert de Noja, le banquier Maubray, Christianc, dans la pièce de Gondinet; Lucien Delormel, Lucile, dans la pièce de MAL Auicet- Bourgeois et d'Ennery, s'agitent dans des rapports tragiques exactement pareils. Il y a chez M. Duraatm, doublé de M. Dumas, un art de la mise en œuvre, chez Gondinet une linesse et une élégance de Touvrage dont HM. Anicet-Bourgeois et d'Ennery, avec leur invention à la grosse, n'eussent pas été capables ; tout écrue qu'elle soit, l'invention reste l'invention, et c'est les deux dramaturges de l'école de 1840 qui l'ont eue.
Je ne suis pas exclusif. Notre temps le plus récent aussi du bon. On y peut trouver du gai.
LES THÉÀTRBS PARISIENS. 261
de Taimable, du franc comique du pailleté, de l'étin-
celant. Personne ne se plaindra des trois bouffonneries qui ont été reprises au mois de mars, par les Variétés, Ja Renaissance et le Théâtre Déjazet. Le Coucou nous Tient de l'ancien Atbénée-Ck)mique, dont le couple Macé-Montrouge fit les délices. 11 repose sur le dessein ébouriffant que cinq ou six honnêtes bourgeois du Marais ont conçu et exécuté de fonder entre eux une Société d'assurances mu* luelies, à l'instar du Phénix, contre certains risques du mariage. On peut passer beaucoup à un yaudeville de ce genre; mais le Coucou, à partir du second acte, dépasse encore beaucoup tout ce qu'on lui peut passer; ces fautes contre ïitlios gênent toujours le rire et le plaisir. De l'ancien Athénée-Comique nous vient également Lequel? Cet imbroglio irrésistible respecte-t-il toujours la décence? Probablement, non. Dans rentraîiiement, on n'a pas le répil de s'apercevoir s'il la viole. Il suffit que^ par le dénouement, la bonne morale quotidienne se tire saine et sauve des embûches qu'elle a traversées. Quelle farce désopilante! Quelle gageure d'ahurissement! De quelle infortune monumentale se trouve le jouet la joyeuse Agathe Piédeporc, qui en sortant de la mairie où elle a prononcé le oui sans retour, ne peut plus savoir lequel des deux jeunes gens dont elle était accompagnée a signé comme témoin, et lequel comme
époux! Quelle vérité abracadabraate et pourtant invraisemblablement vraie; — madame Macê-Montrouge, qui joue Agathe en a fait l'expéneace à ses dépens par mie mésaventure réelle» plus drôle et plus iantastique à elle seule que Lequel? et tous les vaudevilles réunis — quelle vérité du rire et de la vie que ce nourrisson eu détresse» que le traîneur de sabretache Moudiamiel promène à travers le méli-mélo général pour lui procurer uu état civil et qui gémit et crie de toutes ses larmes à Agathe épouvantée : t Je suis ton iiis 1 Je suis tou iils i » Ou est étoimè que les deux auteurs de Lequel? n'aient plus rien fait depuis qui ait marqué, lis se seront épuisés eu celle débauche. C'est M. Montrouge qui joue Tonde Piédeporc; avec quel naturel et quelle verve I Tout Paris Ty avait vu h TAthénée et coort l'y revoir à la Renaissance.
La reprise de la Cigale^ aussi, a fait au public un
vif plaisir. On mi que dans cette pièce madame Céline Chaumont est exquise; nulle autant qu'elle n'a le sens de ces fantaisies à ras de terre telles que le Grand Casimir et la Cigaie. A côté d'elle, Baron a emporté tous ie^ saHrages du public, 11 est parlaitement • Carcassonne, premier physicien en tous genres, directeur de la troupe connue sous ie nom de troupe de M. Carcassonne ».Tout, dans la Cigale^ n'est pas d'un même vol libre et spontané. Quelque
LES THÉÂTRES PAKISIENS. 263
fine que soit au troisième acte la satire des peintres « luimniiiies et iateatiooûisles », ce troisième acte languit; d'autant plus que cette fois Baron, Dupuis et Germain l'ont allongé de calembredaines fatigantes qui ne sont pas dans le texte. Au second acte, l'arrivée de canotiers, l'entrevue de fiançailles entre mademoiselle Emestîne des Allures et Edgar de La Houppe, le revirement si plaisant de Marignan, quand il se raccroche sérieusement à l'explication ironique que la Cigale lui fournit des infidélités d'Adèle, comptent parmi les mdlleures imaginations de MM. Henry Meiiiiac et Ludovic Ualévy. Mais c'est le premier acte de la pièce qui est le plus attrayant. Il est tout perlé de joUes choses et de choses fines : telles, la lettre d'Adèle à Michu: « Mon chéri, j'ai trop présumé de mes forces; je ne peux pas rester huit jours sans te voir... Viens me chercher & la gare avec une voiture... Posi-Scriptum. J'écris la même chose à Marignan; seulement, toi, c'est sincère. »
Odéon. — UArlésiennej pièce en tmis actes et cinq tableaux, de M. Alphonse Daudet, symphonie et chœur de Georges BizeL Le talent de M. Daudet. Le théâtre et Tidjlle VArlésimne.
(Feuilleton du il mai iS8a.)
En reprenant l'Arlt&iemie et en appelant à lui M. Colonne et son orchestre de cent cinquante musiciens pour accompagner la pièce des symphonies qu'elle a inspirées à Georges Bizet, le directeur de rUdéon, M. Porel, a fait une chose neuve et qui peut être de conséquence. Il a créé ou ressuscité un genre de spectacle inlennédiaire entre Topera comique et la comédie en prose ; ce spectacle, c'est la prose, relevée de musique. Au sommaire de ce chapitre, j'ai reproduit exactement les qualifications que l'affiche de rOdéon donne à l'Arlésienm, La vérité est que la division de VArlésimne en trois actes n'a point de
sens et que le mot vague de « pièce » n*indique en aucune façon la famille d'ouvrages à laquelle l'Arlésienne appartient. L Artésienne est une élégie en cinq tableaux, une idylle en cinq suites de scènes, môlée de sympiiomes et de chœurs, de musique vocale et instrumentale ; son nom exact serait celui de iiiulodraïue, si ce mot n'avait été complèLemeiit et définitivement détourné par l'usage de sa signification élyiuoluj^ique. Couiinent s'est formée cette alliance d'une prose dramatique de choix et de la musique, dont l'effet à la scène a paru si heureux? Par hasard, tout simplement, si j'en crois les éclaireissemeals ioumis par mon émineut confrère M. Vitu. Lorsque, en 1872, i*Arlésieiime fut préseaiée par M. Alphonse Daudet à M, Carvalho, alors directeur du Vaudeville, l'ouvrage contenait un noël provenyai sur uu vieil air français, qu il était nécessaire d'orchestrer. M, Carvalho s'adressa à Georges Bizet. Celui-ci composa pour VAi^lésiemie non seulement l'orchestration du noé/, mais encore une farandole et deux ou trois entractes. La pièce, jouée en cet état au Vaudeville le 1^' octobre i812, n'y eut qu'un succès médiocre. Quand on l'eut retirée de l'affiche, Georges Bizet s'en éprit. Tout dans l'Arlésienîie lui semblail musical. Il trouva dans les divers motifs soéniques du drame de quoi entrelacer à la prose de M. Daudet une guulaude de
vingMept morceaux d*oTcbestre et des choeurs. C'était là une parution eu règle. M. Porel nous a donné la partition tout entière en même temps que rArlé-simme.
MM. Alphonse Daudet et Georges Bizet ont été
couverts d'applaudissements» l'un portant l'autre. Ç'a été pour Georges Bizet un triomphe posthume, pour M. Alphonse Daudet le succès de théâtre le plus franc qu'il ait encore, je crois, pbtenu.
Misère du feuilleton I Je ne me plains pas de toutes les inepties auxquelles, dans le cours d'une année, ma fonction m'oblige d'accorder une part de mon attention. 11 n'est rien, en littérature et ^n histoire, qui soit au-dessous de l'observateur. De même que le plus vil vermisseau révèle quelquefois au physiologiste une grande loi de la nature, de même le moraliste et Tbistorien des littératures peuvent rencontrer dans le plus grossier yaudeville un symptôme précieux de l'évolution des mœurs ou en tirer une lumière pour la démonstration des lois qui président à rencbuîaement des faits littéraires. Ce dont je me plains, ce qui cause mon déplaisir sans cesse renouvelé, c est la rapidité avec laquelle un feuilleton est obligé de courir sur tout. Quoil voici M. Félix Pyat qui se présente à moi avec son ^mme de peine; et je ne puis laisser là V Homme de
liES THÉÂTRES PARISIENS. 267
peine qui n'est qu'un incidont clans une longue vie de labeur tourmenté et de lutte pour arrêter au passade la personne môme de M. Félix Pyat, pour étudier à loisir cette figure d'expression, cette physionomie en laquelle se irmtni un moment et un coin saillant de l'histoire de nos révolutions; pour essayer d'en fixer les traits sans laveur et sans haine I Quoi ! la Chserie des Genêts m'apporte le nom, aujouid iiui obscurci et assourdi, mais si bruyant et si éclatant jadis de Frédéric Soulié, et je n'ai même pas le temps d'esquisser le portrait de ce romancier disproportionné et inachevé, si amer et si corrosif en ce qu il écrivait, si bonhomme, quand il n'écrivait pas; qui fut combattant de Juillet et que la ra{^e concentrée contre l'ordre de choses issu des trois Glorieuses conduisit à rédiger les Mémoires du Diable ; qui dans son pessimisme couvrait tout du plus noir mépris et qui fut si naïvement fier le jour où lui arriva le ruban de la Légion d'Honneur; qui certes n'eut aucune raison de refuser ce présent de Philippe, mais qui ne se concilia Philippe qu'après avoir fondé un journal intitulé le ISapoléon,
Quoi 1 deux fois en quinze mois, le hasard du feuilleton me ramène M. Alphonse Daudet, un prince de la prose, la première fois avec les Rois en exil, la seconde fois avec VArlésienne, Et que puis-je? Loin
LES TUÉATRËâ PARISIENS,
de jouir de lui lout à moa aise» à peiue ai-je le loisir de le déguster !
M. Daudet a fait ses débuts vers ibiji). C'est, si je ne me trompe, entre 1860 et 1862 qu'il a donné son premier volume de vers /es Aniouremes et sou premier volume de prose, le Roman du Chaperon rouge. Prose et vers décelaient également Técrivain de prix. Je me rappelle avec quel empressement joyeux je souiiai, dans le Journal des Débats^ le premier coup de cloche sur le poète, profondément poète» qui naissait à une iieure mgrale où la poésie n'était plus qu'un objet de rebut. M. Daudet délaissa vite le vers. Il s est conlenté de plus eu plus de l'instrument inférieur de la prose. C'est que la prose, en ses mains, se prétait à rendre toutes les images et toutes les sensations de la poésie. Il l'avait pétrie, cette prose, à son usage personnel; il se Tétait façonnée toute neuve et toute originale, mais sans lui permettre d'offenser jamais le génie invétéré de la langue française. Dés les premières lignes qu'il a publiées, elle s'est déployée avec toutes ses ressources, avec sa fraîcheur et sa saveur. Le premier gentil petit enfant de Daudet, le Ciiaperon rouge, s'avance au bord de la scène ; il s'ébat, il se rît, il nous parle, et les choses charmautes et vives toml>ent de sa bouche, et tout ce qu'il dit est peinture et musique, fusée et rosée.
Par ma ga1eLt6 ! il est des jours où Fou est heareuse
d*être au inonde ; où il semble que nos bottines aient des ailes, que nos yeux lancent des l'usées, que nos veines soient bourrées de salpêtre; des jours où Ton éprouve des envies furieuses de faire des cabrioles sur le gazon, de sauter au cou de quelqu'un et de imtiner sur la cinie des peupliers. Aujourd'hui, je suis tout à fait dans ces dispositions^là, et, entre nous, j*ai beaucoup de jours comme aujourd'hui...
Voilà en son aube la lan^^ue de Daudet! On en saisit déjà dans l'extrait que nous venons de citer le rayonnement prochain ; ou eu démêle sans peine le double caractère de familiarité et de riche parure. Comme Jean-Jacques et Saud, comme Gœthe et Freitag, l'auteur du Chaperon rouge, du Nabab, de SaphOy des Cofi^e^ de nwn moulin, est ensemble tout vérité et tout poésie. L'observation exacte se convertit instantauément chez lui eu image étincelante* Sa plume égoutte des perles. Son style est en cailloutis irradié ; ce style a la bigarrure douce et sans heurt de rarc-en-ciel qui flotte mollement dans la nue humectée. M. Daudet conte ses histoires avec des mots qui sont des ondes lumineuses. Il abuse certainement du genre descriptif parce qu'il sait qu'il en est l'un des maîtres. Mais chacune de ses descriptions, prise à part, réalise la discrétion suprême dans le suprême pittoresque. Quatre ou cinq détails.
choisis avec justesse et traduits en couleurs vives, et voilà soD tableau achevé, tandis que pour exprimer ia même chose il faudrait à ses contemporains de l'école descriptive des fouillis de relief, un amas de tropes et d'attributs, un déhlé d'adjectifs et de locutions adjectives, long comme d*ici à Pontoise. Son imagination ressemble k un jurdin soigneusement cultivé qui confine à des prairies naturelles. Les roses, les azalées, les gardénias, les pensées, les lys et les osillets y mêlent leur éclat recherché et leur luxe de parlums) ; et là, tout à côté, derrière le buisson d'aubépines, jaillissent sans art, et par milliers, les bleuets, les marguerites et les boutons d or.
Je n'oserais garantir que, dans les romans de M. baudet, les caractères prmcipaux se soutieuneut et soient bien cohérents avec les circonstances oti l'auteur les fait mouvoir. Ën revanche, les mœurs y ont, tout aussi bien que le style, l'exactitude et le coloris. iSui romancier vivant ne sent et ne fait sentir mieux que lui le charme de la vie moyenne française. ISul ne peint comme lui les braves gens du pays de France ; nul ne rend vivantes comme lui leurs façons d'être, leurs joies et leurs pemes. Il a cent manières cruelles de leur briser le cœur; jusqu'au moment où ce cœur se brise, il le leur tient empli de soleil. Mais cet observateur éblouissant des mœurs, ce peintre prestigieux des objets, ce
romancier expert à créer le papillotage de» émotions est-il fait pour le théâtre? Ohl il est bien aussi fait pour le théâtre que dix autres dramaturges qui, chaque année, tirent de leur dramaturgie un bon revenu. Ce n'est pas ce que je veux dire. Mon doute est de savoir si M. Daudet écrira jamais des œuvres dramatiques capables de nous doiuier la même qualité et la même quantité de jouissances que ses œuvres romanesques. C'est un simple doute, je ne pousse pas mes réserves sur M. Daudet au delà du simple doute. J'ai déjà remarqué que ce merveilleux coloriste restait toujours dominé, en son tréfond, par une conception triste et noire de la vie, et que Fimpression qu'il est le plus difficile de faire accepter par un public de salle de spectacle, c'est rimpression poignante et lugubre. On en reviendra de Musset, auteur draina Lique, précisément parce qu'il est trop cruel. On n'est jamais complètement venu à M. Daudet, auteur dramatique, précisément parce que sa plume, qui a Fair faite d'une aile de scarabée, trempée dans de l'essence de lavande, est, au bout du compte, un scalpel sinistre. En sa jeunesse, M. Daudet a voulu un jour se donner la vision du paradis, et il a vu sinistre^ même le paradis ^
1. Les Ames du Paradis. Ce inyslère à la moderne a été publié dans le juêuie volume que la moralité intitulée le Roman du Ciiap&ron rouge. — Paris. Michel I-évy, 1862.
LES THÉArKICb PAAISIBNS.
SeiliLiable en cela à Musset, M. Daudet n'aUeint pas au drame ou il le dépasse; il nous présente trup crue pour la scène la l'érociLc de la vie. La pièce de lui, qui jusqu'à présent a eu le plus de succès, la Dernière Idole, une pièce si eu dehors et si au*dessus du commun, est-ce qu'à la scène vous en pouvez supporter Fémotion ? Si vous avez un anévrisme, si votre médecin vous a laissé entendre que vous étiez mûr pour l'angine de [JuiLiine, n'allez pas voir la Dernière Idole ; ce serait de quoi mourir foudroyé séance Itiiante. Parmi les six ou sept pièces qu'a écrites M« Daudet» je ne trouve que rŒUlet blanc qui soit dans la mesure. UOEilkt blanc, quand on l'a représenté en 186a à la Comédie-Française, a échoué pour diverses raisons, étrangères à la pièce cllc-mème. Ce petit acte délicieux, qui a reçu un icnel de la tendresse héroïque de Racine et des miroitements amoureux de Marivaux, est jusqu'ici, selon moi, le chef-d'œuvre dramatique de M. Daudet ^ Je voudrais m'arrêter à le savourer. Mais VÀrlémnne enfin me rappelle.
I. Théâtre ttAlphofoe Daudét. — P&ris. G. Charpentier, 1880 (2e édition). — Ce volume contient toutes les pièces de M. Daudet, sauf un drame (]iii a été représenté sans suciès à 1 Aiubi^^u et dont j'rii oublié le titre. — La Dernière idole et C Œillet blanc, dont nous parlons ici, uni <''té composés en société avec M. Lépine, plus généralement connu sous le pseudonyme de «^>uatreiics.
On conaait le sujet de L'Arlé^ienne. Uu jeune fermier de la Camargue, Frédéri, est tombé amoureux d'une belle fille d'Arles. Les parents de Frédéri onl consenti au mariage de leur fils quand par hasard ils apprennent que r Arlésienne a déjà eu des galants et qu elle tait la débauche avec l'un et avec l'autre. Le gardien de chevaux Mitilio est l'amant du jour. Lui aussi est fou de la belle. Pour empêcher le mariage qui va se conclure, il se présente à la ferme du Castelet que dirigent Frédéri et ses parents; il demande le grand-père Francet Mamaï et il lui livre des lettres de l' Arlésienne, qui établissent péremptoirement que cette femme lui appartient ; il ajoute qu'il est jaloux et n'entend pas qu'on lui enlève sa maîtresse par mariage ou autrement. La démarche de ce maquignon aux airs vainqueurs a pour conséquence la rupture de l'union projetée entre Frédéri et l'Arlésienue. Uien n'est plus naturel. Mais Frédéri ne sait pas se détendre contre l'obsession amuui euse qui s empare alors de lui. H tombe en des idées . noires. Il pense au suicide. Sa mère se desebpi re et cherche à le guérir en le fiançant avec une aimable enfant de Saint-Louis^u-Khône, Vivette, qui dans le secret de son cœur aime depuis longtemps Frédéri. Celui-ci se laisse faire ; on le croit revenu à la raison. Hélas ! un malheureux incident le met en présence de Mitifio ; c'en est assez pour que son mal
i74 LES TULAIRES PARISIENS.
le reprcime: il rompt avec Vîvette; il a sans cesse devaat les yeux uue vi&ioa : Mitiiio qui enlève l'Arléelenne, et dans l'oreille un bruit, le galop du cheval sur lequel Mitiiio emporte en ses bras sa conquête. Une nuit, il se lèye et devant sa mère impuissante à le sauver il se précipite du haut du grenier de la ferme. — « Patron Marc, dit le berger Baithazar à un marinier sceptique qui ne croit pas que chagrin d^amour soit chagrin qui tue, patron Marc, regarde à cette fenêtre, et tu verras si on ne meurt pas d'amour. »
Je Vax dit. Tout combiné, tout compté, fArlémetme s*est brillamment relevée à l'Odéon, de son demiéchec de Tan 1872. VArlésimm n'est point composée sur le patron ordinaire. Quoiqu'elle présente ce détaut qu'on peut croire la pièce teimmée après le troisième tableau , quand Frédéri a consenti à épouser Vivette; quoique le drame s'y déclare seulement après qu'on la croyait finie ; quoique l'on ait langui jusque-là et que le drame tardif devienne tout de suite excessif, selon la pente habituelle de M. Daudet; quoique, à partir de ce moment, l'émotion trop poignante ne laisse plus de place au pathétique ; quoique M. Daudet, pour relever une situation traînante et la prolonger encore, ne recule pas devant le subterfuge et qu'ainsi, à la ûn de son second tableau, il nous donne la secousse d'un coup de
feu à la cantoiiade, que nous prenons tout palpitants pour le suicide de Frédéri, et qui n'est qu'une niûusqueterie quelconque dirigée par un chasseur maladroit contré un canard sauvage, je n*élève pas d'objecLion iondainentale, je ne discute pas sur le mode de composition adopté par M. Daudet, qui nous promène pendant trois tableaux sur cinq à travers les images de la vie provençale avant de nous faire arriver au drame. Je souhaite mùiiie que le genre de VArlésienne, musique et prose, s'acclimate chez nous; car le théâtre est en train de s'épuiser terriblement, et il est nécessaire que Je poète prenne pour le raniuier toutes les licences qui ne choquent pas Fbonnèteté. Le plus grand défaut de la pièce, nous n'osons le dire, c'est qu'elle est jouée sur une scène aussi vaste que TOdéon. Seulement, si TOdéon ne nous avait pas rendu le service de la i éprendre, où l'aurions-nous vue ? Figurez-vous donc au préalable que rOdéon s'est rétréci, que vous entendez \me sonate de prose et un drame de chambre ; vous jouirez de VArlésienne et vous en goûterez l'émotion et la leçon sans trop vous apercevoir de ce qui manque dans l'œuvre et par où elle cloclie.
L'obsession de l'amour chez Frédéri, la douleur maternelle de Rose Mamaï qui dispute avec désespoir le cœur et la vie de son fils à l'obsession de l'amour, forment l'intérêt poignant du dxame. M. Ricbepin a
S76 LBS THÉÂTRES PARISIEKS*
repris, depuis, dans la Glu ce même sujet, mais avec plus de brutalité et moins de vérité que M. Alphonse Daudet. En traits simples, et qui cependant se gravent, l'amour est iiguré dans la pièce de M. Daudet pour ce qu'il est, quand il tourne au chagrin d amour, à la fureur d'amour, ou tout uniment a la préoccupation égoïste de sa souveraine satisfaction et de son souverain bien ; il est alors la pire |)e$te entre les passions et les maladies qui ravagent 1 huiuuie. D autre part, iiose Mamaï passe par toutes les alternatives dont se compose le triste métier de mère eu de telles circonstances. Que cette mère est saignante de vérité ! Comme elle sait sentir et parler !
Ce mari que j'ai tant aimé, que j'ai perdu si
vile, mon fils me Ta pras([ue rendu en grandissant
Oh! vois-lu, (juand j'cnlcnds mon ^w<;uii aller et venir dans la ferme, cela me fait un eUet que je ne peux pas dire. Il me semble que je ne suis plus si veuve.
Et, plus tard, quand décidément sou lils lui échappe, quand ce lâche fils, encore plus fou que lîichc sous le coup de Tamour, ne voit plus sa mère qui pleure et embrasse avec passion sa chimère
hébctante, la prétendue impossibilité de vivre :
Être mère, c'est l'enfer I... Cet enfant-là, j'ai manqué mourir de lui, en le mettant au monde. Puis il a été
LKS THEATRES PARISIENS. !277
longtemps malade... Je Tai tiré de tout comme par miracle... Et maintenant que j'en ai fait un homme, maintenant que le voilà si fort, si beau et si pur. il ne songe plus qu'à s'arracher la vie, et, pour le défendre de lui-même, je suis obligée de veiller là, devant la porte, coiiirac quand il était tout petit! Ali ! vraiment, il y a des fois que Dieu n'est pas raisonnable,.. Mais elle est à moi ta vie, méchant garçon. Je te Tai donnée, je te Tai donnée vingt fois. Elle a été prise jour par jour dans la mienne : sais-tu bien qu'il a fallu toute ma jeunesse pour te iaire tes vingt ans 1 Ce que j ai fait
pour lui, il pourrait bien le foire pour moi maintenant
Ah ! les pauvres mères, comme nous sommes à plaindre !. . • Nous donnons tout; on ne nous rend rien...
Je n'examine pas si le déchirement de 1 ame maternelle, exprimé ici avec une forte éloquence, est assez draniatiquement développé, assez draniiitiquement mis en saillie et en vedette au cours de la pièce. Il me faudrait toujours revenir à la même remarque ; c'est que, pour jouir de VArléskwm^ on y doit moins considérer un drame qu'une builr de scènes. C est une idylle après une autre qull faut regarder, sans s'inquiéter du tout où l'on va et si Ton arrivera vite. C'est un personnage après un autre qu'il faut écouter, sans se demander si ce qu'il dit et qui le peint lui-même d'une façon charmante viîsc à suspendre ou à concentrer l'action. De ces tableaux ou de ces tableautins, il y en a cinq ou six
S78 LES THiATRBS PARISIENS;
qui sont achevés. Je citerai la jolie rencontre de la
Reuaude et de Balihasar. Je citerai les deux scènes où parait Mitiûo et qui sont celles-là du corps du diauie. Ce Mitifio est campé. 11 vit. U dégage la clarté. 11 se présente, parle et sort avec tout le relier scuuique, et sans rien, cependant, que de naturel et de réel.
El puis le charme délicat de l'idylle I il est partout dans l'ArUsienne 1 M. Daudet Yj a mis ; la musique de Georges Bizet aide à le faire mieux sentir. Georges Bizet s'est réellement implanté dans l'Arlé^ sienne. On ne l'en pourrait plus extraire. Sa partition est le payi^e même de la Provence* On y perçoit les bruits de la Camargue, le susui iemcnt de l'Arc coulant au pied de Sainte-Victoire, les jets de lumière dans les délicieux bocages d oliviers sur les pentes de la colline de Grasse, les apaisements du soleil dans la solitude de liuL^uefavour et dans le vallon du Tholonet.