‹ Les théoriciens du socialisme en AllemagneChapitre 8 sur 8 · VI. RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

VI. RÉSUMÉ

Quand on étudie les systèmes socialistes, on passe souvent par deuxphases: tant qu’on en est encore qu’àlapartiecritiquedel’œuvre on subit par moment l’influence de l’auteur. L’homme n’étant pas parfait, la société ne saurait l’être. Elle a des défauts, et lorsqu’on nous les signale avec éloquence, qu’on insiste et qu’on les creuse, lorsqu’on retourne pour ainsi dire l’arme dans la plaie, nous nous sentons emportés par le désir de changer, de modifier, d’améliorer. Notre zèle commence à se refroidir quand le hardi réformateur attaque des défauts apparents ou quand il exagère d’une façon ou d’une autre; il perd complètement notre adhésion quand, après avoir démoli, il se mêle de reconstituer. Envoyant les sociétés qui sortent tout organisées de la tête de ces réformateurs, quelle déception ! C’est comme si nous comparions les figurants d’un théâtre dans un spectacle militaire à une armée véritable. La société réelle est basée

LES THÉORICIENS DU SOCIALISME EN ALLEMAGNE. li I

sur la nature humaine, puisqu’elle est l’œuvre des hommes, tandis que les sociétés des réformateurs sont une œuvre de fantaisie, elles sont fondées sur l’imagination d’un individu. Elles ont l’incohérence d’un rêve. Il n’est pas donné à. l’intelligence d’un homme d’embrasser l’ensemble des rapports sociaux, de manière à pouvoir les recombiner dans un autre ordre ; un pareil travail est la tâche de toute une série de générations. Il faut que toutes les situations sociales : l’âge et le sexe, la richesse et la pauvreté, les professions de toutes sortes, intellectuelles et manuelles, les intérêts et les passions — dont le nombre est légion — puissent faire entendre leurs réclamations et obtenir que droit leur soit fait. Le chercheur isolé ne saurait provoquer que des améliorations de détail, et c’est déjà un mérite enviable que d’avoir atténué un mal. Soyons modestes et nous réussirons dans les étroites limites de notre faible pouvoir. Qui trop embrasse mal étreint.

Et c’est précisément parceque l’individu ne peut pas beaucoup pour le progrès de l’humanité, que nous devons tout examiner. Qu’appréhendons - nous? Si nous avons caressé des erreurs jusqu’alors, tant mieux pour nous si elles sont extirpées, et si nous avons été dans le vrai, nous repousserons aisément les attaques injustes. Nous n’avons pas trop à craindre de l’influence sur les masses des doctrines excentriques. Jamais on ne leur fera croire que la propriété est — en principe — une injustice, ni que le capital ne mérite pas une équitable rémunération. De pareilles doctrines peuvent servir de drapeaux ou donner des mots d’ordre, mais elles ne fourniront jamais des armes. En tout cas, elles seraient facilement vaincues, par une contre-propagande. Enseignez les bonnes doctrines et vous empêcherez les mauvaises de s’établir; mais enseignez les de bonne heure pour que la place soit prise quand viendront les semeurs d’ivraie.

C’est en acceptant toutes les améliorations réelles qu’on pourrait nous proposer, et en répandant des idées saines sur les rapports économiques des hommes que nous enlèverons toute influence sérieuse au socialisme; il pourra tout au plus causer des perturbations purement momentanées. Et, dans ce cas, quels reproches auront à se faire ceux qui enseignent que la responsabilité individuelle est un vain mot, et qui cherchent toutes sortes de combinaisons artificielles pour produire par des moyens administratifs ou gouvernementaux ce bien-être si désiré par tous, et que chacun ne doit qu’à son travail et ses vertus domestiques.

La cause principale de notre prospérité est si bien en nous-inème que lorsqu’on prétend la montrer en dehors de nous, on se rend, selon les cas, odieux ou ridicule.

table des matières.

Introductiun

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