‹ Les théoriciens du socialisme en AllemagneChapitre 7 sur 8 · Pour des ouvriers ruraux · texte numérisé non relu

Pour des ouvriers ruraux

Meilleurs logements avec un petit jardin ; caisses d’épargne, de retraite, de secours mutuels ; assurances contre les épizooties ; société de consommation, augmentation du revenu par l’augmentation des besoins (?), ou par une modification dans le mode de payement du travail, tel que travail à la tâche, participation aux bénéfices ; associations de productions formées entre propriétaires et fermiers; acquisition (par qui?) de propriétés rurales et de fermes en exploitation; école d’adultes avec bibliothèques; empêchement de mariages précoces; établissement d'organes de rEtat (de fonctionnaires) chargés de constater et de contrôler les situations effectives , etc.

Nous ne trouvons ici, en fait de nouveautés, que la proposition soulignée, y compris le etc., qui recèle sans doute le reste des innovations proposées par l’auteur. Le § 2, intitulé : Pour des ouvriers industriels mâles, renferme une liste de moyens trois fois aussi longue que celle du § 1 er ; et cette liste est subdivisée en deux sections : moyens basés sur l’aide de soi-même (efforts individuels), et sur l’aide social (associations); et moyens basés sur l’aide de l’Etat. L’espace ne nous permet pas de reproduire cette liste, ni celle également divisée en deux sections du § 3, relatif^ aux ouvrières. Mais il sera très-facile au lecteur de la reconstruire au moyen de la collection du Journal des Economistes : il n’a qu’à réunir les moyens qui y sont recommandés, et ceux qui y sont blâmés (voyez par exemple dans les comptes-rendus des congrès socialistes), car M. Schœnberg est à la fois éclectique et érudit; voilà d’où vient la longueur des listes.

M. Schœnberg couronne l’édifice de son système par la création de Arbeits-aemter, bureaux de travail. Il y aurait des bureaux supérieurs et des bureaux inférieurs, un bureau central avec tous les accessoires, avec une dépense évaluée à 4 millions de fr. par an.

Le « bailli du travail, » avec ses deux secrétaires et les employés nécessaires, aurait les attributions qui suivent :

« \ . Constatation des faits relatifs à la situation matérielle et sociale des ouvriers de la circonscription.... » L’auteur accorde au bailli des pouvoirs très-étendus, on va le voir : «Le droit d’entendre des témoins sous serment ; de contraindre les témoins et les experts à comparoir ; d'entrer à volonté dans l’intérieur des fabri-

ques; d'assister aux réunions des associations; de prendre connaissance des livres de caisse, etc. »

« 2. Le bureau de travail doit suivre tous les changements qui se produisent dans cet ordre d’idées; il doit les observer, les noter et en expliquer les causes. Il doit pouvoir tracer à chaque instant un tableau de la situation des ouvriers de sa circonscription...., et envoyer des rapports périodiques. »

« 3. De cette manière on procurera au gouvernement tous les matériaux nécessaires à la législation, à l’administration et aux négociations internationales } et ces matériaux seront utiles à la science ainsi qu’aux personnes qui s’occupent de la solution de la question sociale, mais qui ne sauraient y parvenir faute de renseignements.... » L’auteur insiste sur l’utilité de cette statistique, et continue ainsi : '

« 4. On arrivera ainsi à une statistique de la consommation, au moins des classes laborieuses, et de cette façon on bbtiendra aussi une meilleure statistique de la production et de la vente des divers établissements.... » Nous serions bien surpris que cette statistique devînt populaire.

«5.... Les baillis aurontà provoquer énergiquement l’emploi des efforts individuels [selfhelp) parmi les classes souffrantes (ouvrières), ainsi que les efforts sociétaires... C’est là une mission essentielle de l’Etat....»

« 6. Ils auront à surveiller l’exécution des lois relatives au travail, comme les inspecteurs des fabriques en Angleterre. »

L’auteur reconnaît qu’il sera difficile de trouver le personnel nécessaire. Il faut tant de qualités pour bien remplir ces difficiles fonctions ! et nous sommes parfaitement de son avis sur ce point. Mais nous ne le sommes plus lorsqu’il dit, p. 41 , que patrons et ouvriers verront bientôt avec plaisir cette intervention de l’Etat; nous redevenons de son avis lorsqu’il ajoute : bien entendu, nous ne parlons que des patrons et des ouvriers dénués de tout égoïsme. Il va sans dire que MM . les baillis feront la statistique exacte des patrons et ouvriers non égoïstes ; que cette statistique sera résumée par les « baillis supérieurs , » et centralisée par le bureau central de travail. M. Schœnberg a oublié de dire à quel ministère ce bureau serait rattaché, peut-être au ministère du progrès demandé en 4848, probablement en imitation de ce qui existe en Espagne, où il y a un ministère de fomento. Les patrons et ouvriers non égoïstes formeront le conseil du bailli, qui, avec leur aide, saura bien forcer les autres à marcher droit.

Quelques mots pour terminer. Nous ne savons quelle idée M. Schœnberg, et ceux qui pensent comme lui, se font de l’éco-

«0 LES THÉORICIENS Dl’ SOCIALISME EN ALLEMAGNE.

nomie politique et des économistes. A en juger par leurs écrits, l’économie politique ne serait pas une. science qui constate des lois, recherche le rapport des causes et des effets, mais une collection de petites recettes sur la meilleure manière de rendre les hommes heureux, tandis que les économistes seraient des automates qui répondraient à toute question : Laissez faire! M. Schœnberg semble ignorer que laissez faire a été le mot d’ordre d'une réaction libérale contre la tyrannie des « baillis du travail » (le nom n’y fait rien), qui prétendaient que l’homme n’avait le droit de gagner sa vie qu’en demandant permission. On était alors, pour ainsi dire, cordonnier ou tailleur , par la grâce du roi. Ce que les économistes d'aujourd’hui, — les vrais, ceux qui permettent à la raison de les guider, — ce que ces économistes soutiennent, c’est qu’il faut laisser à l’initiative privée tout ce qui est de son domaine, tout ce qu’elle peut, tout ce qu’elle doit faire, et que l’intervention administrative doit plutôt tendre à enlever des obstacles qu’à agir à la place des autres. Une bonne partie des moyens — quelquefois contradictoires — que M. Schœnberg a inscrits sur sa liste, ont été recommandés à satiété par les « Manchestériens , » et cet auteur n’a d’autre mérite que de les leur avoir empruntés. Il a puisé les autres dans l’arsenal du socialisme. Quant aux « baillis de travail, » qui auraient pour mission de rester en équilibre entre l’influence des patrons et celle des ouvriers, combien d’ontre eux se laisseraient tenter par l’attrait de l’argent des patrons, et combien aimeraient mieux jouer le rôle de démagogue, jusqu’à ce que tout le monde soit intéressé à se débarrasser de ces tyranneaux !

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