INTRODUCTION
La notion de l'évolution. — Son application à la nature inorganique, aux êtres organisés, à l’origine de l’homme, à sa vie psychique. — Son avenir dans l'éthique et les sciences
sociales. — Le domaine propre de l'idée évolutiouniste : les sciences naturelles.
Notre génération, élevée sous l'influence des penseurs modernes, s’est si bien habituée à l’ensemble des conceptions qui constituent notre credo scientifique, et surtout à son idée fondamentale, l'idée de l’évolution, qu’elle oublie complètement à quel point cette idée est récente et au prix de combien de luttes elle a pénétré dans la science.
La notion d'évolution est devenue une des généra= {
lisations les plus vastes — sinon la plus vaste — de notre temps; elle dépasse de beaucoup les
Jimites des sciences au sein desquelles elle a surgi |
et embrasse tout l’ensemble des conceptions hu-
maines, jusqu'aux problèmes philosophiques les: nempneté
plus obscurs et les plus difficiles.
Prise dans son sens le plus large, l’idée de l’évo-
Jution est intimement liée à celle de la causalité :
rien ne peut se produire sans cause, rien ne peui
Le sh de. à 1 VE L n
de ce qui précède et engendre ce qui suit. La loi de la conservation de l’énergie n’est qu’une façon
différente d'exprimer la même vérité. La notion de
causalité a une portée scientifique et philosophique
immense, et cela tout d’abord parce qu’elle éli= «
mine Je la pensée humaine toute idée de merveilleux et de surnaturel et l’habitue à chercher des explications dans lesquelles seuls les phénomènes
naturels interviennent. Elle l’oblige à créer des.
conceptions du monde où aucun acte de création miraculeuse, de création aux dépens du néant, ne peut trouver place. Elle l’obligea jadis à renoncer
d’abord à l’erreur géocentrique dans la conception
de notre système planétaire, ensuite à l’erreur anthropocentrique dans l’étude de la nature vivante. Elle l’oblige maintenant à repousser les explications si faciles, suggérées par le point de vue téléologique, et à ne reconnaitre pour satisfaisantes que les seules explications causales.
Notre esprit est encore loin d’avoir appris à tirer de l’idée de causalité toutes les conséquences qu’elle comporte : l’héritage qu’il a reçu du passé est encore trop lourd, et les obstacles à sa rapide éducation dans cette voie trop nombreux. On neut considérer cependant que dans certaines branches
de nos connaissances, dans l’étude du monde inor- .
ganique notamment, la victoire de cette idée est complète. C’est, d’ailleurs, celle qui fut remportée la première. Le pas suivant devait être fat en étendant au monde des êtres organisés les mé-
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