CHAPITRE III La roBiiiitlftnaBice de llleu
D'après Leibniz, qui a mis le mot en usage, théodicée veut dire justification de la Providence. Les preuves de l'existence de Dieu et la détermination de ses attributs se désignent en français par le mot parfaitement clair de théologie.
Il y a la théologie positive qui prend pour point de départ la révélation et la théologie naturelle qui n'invoque que la raison. Comme catholique, je dois maintenir la distinction et reconnaître que, par ses propres forces, notre intelligence ne peut s'élever aux vérités de Tordre surnaturel. Comme philosophe, je la mets de côté, sans scrupule. J'ouvre un traité de théologie, la Somme de saint Thomas, par exemple : non-seulement il s'y rencontre bien des questions, bien des raisonnements purement philosophiques, dont je puis faire mon profit; mais les énoncés des dogmes que le théologien donne comme révélés, sont des propositions que je puis examiner et chercher à comprendre. Si j'y vois la solution de problèmes posés par ma raison, je les accepte (1). Un
(l) « Si les dogmes religieux considères par la science comme des hypothèses à examiner renferment la meilleure solution des problèmes métaphysiques, il en résulte entre la raison et la foi une harmonie qui n'est pas une confusion. » (Ernesi Naville.)
philosophe auquel je les propose a le droit d'en discuter la valeur, même l'intelligibilité : il n'a pas celui de les repousser à priori, sous prétexte qu'elles sont données et non pas trouvées. Déclarer absurde tout ce qui est révélé est une pétition de principe inavouable. Injurier une idée n'est pas plus philosopher qu'insulter ou railler un homme n'est discuter.
Dans ce chapitre, je demanderai donc des lumières à tous ceux qui ont parlé de Dieu, philosophes ou théologiens, sans autre parti-pris que celui de ne céder qu'à l'évidence, mais d'y céder toujours, quelle que soit son origine (1).
(1) L'ouvrage moderne qui aurait pu mieux que tout autre inspirer ce chapitre, est Y Essai de Philosophie religieuse d'E. Saisset. Je dois dire cependant que je ne l'avais pas lu avant d'écrire ces pages. Déjà difficile à trouver, il a obtenu un grand et légitime succès auprès d'une génération antérieure à celle qui est la mienne, et dont le grand bruit que font à nos oreilles les disputes actuelles nous empêche de recueillir l'écho. Sur des indications bienveillantes et un reproche mérité, je me suis empressé de combler cette lacune de mes lectures. Pourquoi ne pas l'avouer? Je suis bien aise d'avoir attendu: la valeur des développements de Saisset m'aurait découragé. Son chapitre : Dieu est-il accessible à la raison? m'aurait fait penser que le mien sur la connaissance de Dieu était inutile.
Ea effet, dira-t-on, à quoi bon répéter ce qui a été si bien dit ?
A cela je réponds d'abord avec Em. Saisset. lui-même (avant-propos) : « L'idée spiritualiste, une et immortelle dans son fond, est « inépuisable dans la variété de ses développements. » Je crois en effet, en reprenant sans le savoir la pensée de Saisset, l'avoir analysée, je ne dis pas avec le même talent, loin de moi cette prétention! mais plus explicitement, en ce qui concerne en particulier les attributs métaphysiques.
D'autre part, puisque la thèse opposée, malgré une exposition aussi lumineuse, continue d'être soutenue, pourquoi ne pas reprendre celle qu'il défendait? Et c'est là, je l'avoue encore, ce qui m'étonne et ce qui m'avait fait négliger son ouvrage. Comment se fait-il que de pareilles pages soient regardées comme non avenues et que l'on continue tranquillement à poser des négations, comme si elles n'étaient pas réfutées à l'avance ? Décidément le dédain que beaucoup de