CHAPITRE PREMIER L'inconnaissable d'après le positivisme
Descartes conclut ainsi sa seconde méditation : « Les « corps même ne sont pas proprement connus par les « sens ou par la faculté ^imaginer, mais par le seul « entendement. . .
« Imaginer le triangle, dit à son tour Bossuet, c'est « s'en représenter un d'une mesure déterminée et avec « une certaine grandeur de ses angles ou de ses côtés; « au lieu que Y entendre^ c'est en connaître la nature « et savoir en général que c'est une figure à trois « côtés (1)... »
Pour l'un et pour l'autre, l'entendement seul donne des idées claires et distinctes ; l'imagination ne fournit que des représentations confuses ou fausses.
D'après l'empirisme au contraire ; d'après le positivisme, qui en est la forme moderne, tout état de conscience qui n'est pas représentation est, non pas une
(1) Connaissance de Dieu et de soi-même, c. i, § 9.
idée, mais un pur symbole. Dès lors qu'un objet, par ses dimensions ou par sa complexité, est tel qu'on ne peut plus se le représenter y nous en formons « non pas une conception proprement dite, mais seulement une conception symbolique (1). »
Ce qui est vrai d'un objet particulier irreprésentable, comme la terre, Test à plus forte raison d'une classe d'objets. « Quand on parle d'un certain homme, on s'en fait une idée assez complète (2). » Mais si l'on passe à sa famille, à la classe à laquelle il appartient, à sa nation, à l'homme en général, les états, de conscience qui correspondent à ces groupes de plus en plus génélaux, sont des représentations de plus en plus incomplètes de la réalité. « Quand nous arrivons à des proposi- « tions concernant les mammifères, ou l'embranchement « entier des vertébrés, ou les animaux en général, ou « tous les êtres organisés, la dissemblance de nos conte ceptions et des objets nommés devient extrême (3). » Et Spencer ajoute : « Dans toute cette série de cas, « nous voyons qu'à mesure que le nombre des objets « groupés ensemble par la pensée augmente, le concept « formé par un petit nombre d'exemplaires types comte binés avec la notion de la multiplicité, tend de plus u en plus à devenir un pur symbole; ce n'est pas seu- « lement parce qu'il cesse de représenter l'étendue du « groupe, mais c'est aussi parce qu'à mesure que le groupe devient plus hétérogène en grandissant, les exemplaires types auxquels nous pensons ressemblent moins à la moyenne des objets contenus dans le groupe. »
(1) Spencer, Premiers Principes, p. 26.
(2) Ibid.
La logique avait toujours noté un rapport inverse entre l'extension et la compréhension d'une idée générale, celle-ci diminuant tandis que celle-là augmente. Mais, d'après le positivisme, dire que la compréhension diminue, c'est affirmer que I" contenu s'en appauvrit, de telle sorte que l'idée finit par s'évanouir dans une pure indétermination.
A ce compte, les idées d'espèces et de genres sont de-; symboles d autant moins exacts qu'on s'éloigne davantage de l'individu; les classifications des sciences nat relies sont des procédés tout à fait artificiels.
Que dire « des idées dernières de la science? »
L'espace et le temps ne peuvent être représentés dans la conscience. Qu'on les considère comme des réalités objectives, entités ou attributs d'entités, on se heurte à des impossibilités ou à des contradictions; on réalise « deux riens, » ou on les lie à des entités périssables, tandis que l'espace et le temps sont impérissables. D'ailleurs, ils sont illimités, par conséquent irreprésentables. — En faire des conditions subjectives de la conscience, c'est dire qu'ils ne sont plus objets de conscience. « Poser « la non-réalité objective de l'espace et du temps (qu'on « peut formuler, mais qu'il est impossible de se figurer), « c'est simplement multiplier les absurdités.
« 11 résulte donc que l'espace et le temps sont com- « plètement incompréhensibles. La connaissance immé- « diate que nous croyons en avoir devient, quand on « l'examine, une ignorance totale (1). »
Il faut en dire autant de la matière. II. n'est possible de la concevoir ni comme divisible à l'infini, ni comme nondivisible ; — ni comme absolument continue et pleine, ni comme discontinue. Et l'atomisme de Newton et le
(1) Premiers Principes^ p. 5?.
dynamisme de Boscowich succombent à l'analyse. « La « matière est aussi absolument incompréhensible dans « sa nature intime que l'espace et le temps. Quelque « supposition que nous fassions, nous trouvons, en « l'analysant, qu'elle ne nous laisse que le choix entre « des absurdités opposées (1). »
« Nos idées du mouvement sont tout aussi décevantes (2). » Un capitaine nous paraît se mouvoir sur le pont de son navire vers l'est; mais son navire l'emporte avec une vitesse égale vers l'ouest. Il est donc immobile. Mais non, puisque la terre, dans son mouvement diurne, l'emporte vers lest à raison de 1,000 milles à l'heure. Mais, d'autre part, dans son mouvement annuel, elle l'emporte plus rapidement encore vers l'ouest ; le système tout entier se dirige pendant ce temps vers la constellation d'Hercule, etc., etc. Y a-t-il du moins un point fixe auquel on puisse rapporter tous les mouvements ? Mais ce point, où le placer ? Il n'y a pas de lieu dans l'immensité.
La transmission du mouvement est tout aussi incompréhensible, l'habitude nous empêche de voir ce que ce phénomène a de merveilleux; mais la réflexion et l'analyse nous montrent que le passage du repos au mouvement est incompréhensible, que le repos lui-même est inconcevable. Bref, l'idée du mouvement, comme celles de l'espace et du temps, est un pur symbole.
L'idée de force sera-t-elle plus claire ? Mais « la force « n'est qu'une impression de notre conscience (3) ; et il « est absurde de penser que la force en elle-même res-
(1) Premiers Principes, p. 57.
(2) Ibid., p. 58.
(3) Il est facile, quand on a fait de la force une impression, de signaler ensuite, dans la notion de force, une absurdité. Mais la force est-elle une impression"? V. 3' partie, ch. i.
« semble àla sensation que nous en avons (1). > D'ail-» leurs la connexion de la Force et de La Matière esta la fois impossible à nier et impossible à concevoir. La résistance suppose une densité, et la loi de l'attraction inversement proportionnelle au carré de la distance, rond impossible toute densité définie (2).
La conscience clle-mônio est tout aussi inconnaissable (3). La conscience en effet nous est donnée comme une série de modifications subjectives (4). Mais cette série ne saurait être infinie. Une quantité infinie est une contradiction. Elle n'est pas plus finie : les deux exi rémités de la chaîne nous échappent. La série des modifications dans sa totalité est donc irreprésentable, par conséquent inconnaissable. Et nous ne pouvons pas plus concevoir que 'percevoir, parce qu'en réalité les deux actes n'en forment qu'un (5). La conscience suppose changement d'état de conscience. Concevoir un premier ou un dernier état, c'est-à-dire un état qui ne serait pas la transformation d'un état antérieur ou qui ne se transformerait pas en un état postérieur, en un mot concevoir un commencement ou un terme absolu implique contradiction.
La substance tout autant que l'étendue de la conscience est inconnue. Nous n'en pouvons nier la réalité. « Des
modifications supposent nécessairement quelque chose < de modifié;... une impression implique nécessairement « l'existence de quelque chose d'impressionné. Gomment
(2) Hypothétiqueinent, c'est-à-dire que, les conditions changeant, la densité change. Mais il y a toujours une densité, parce qu'il y a toujours des conditions données.
<3) Le positivisme- anglais admet les états de conscience comme objet de science : c'est ce qui le distingue du positivisme français.
(4) Même remarque que pour la force.
(5) Pure pétition de principe. Spencer se réfute lui-même plus loin.
« le sceptique qui a décomposé sa conscience en impres- « sions et en idées, peut- il expliquer qu'il les regarde « comme ses impressions et ses idées? Pourquoi Finie tuition de son existence serait- elle moins réelle que « les autres intuitions (1)? »
Toutefois la perception de soi est impossible, puisque toute perception suppose distinction d'un sujet et d'un objet, et que le moi ne saurait être à la fois sujet et objet (2).
Bref, « la personnalité dont chacun a conscience et « dont l'existence est pour tous un fait plus certain que « tous les autres, est une chose qu'on ne "peut aucune- « ment connaître: la connaissance de la personnalité « est interdite par la nature de la pensée (3). »
En résumé, l'analyse rigoureuse des « idées dernières de la science, » temps, espace, matière, mouvement, force, conscience, personnalité, montre que ce sont «des conceptions symboliques de l'ordre illégitime. » Bien « que la croyance à la réalité de leur objet soit inévi- « table, bien qu'elle soit établie, non-seulement par « V accord de l'humanité et adoptée par tant de philo- « sophes, mais encore par le suicide de l'argument « sceptique, elle n'est pourtant pas justifiable devant la « raison : bien plus, quand la raison est mise en de- « meure de rendre un jugement formel, elle la con- « damne (4). »
(2) Nous examinerons cette objection, souvent réfutée.
(3) Il est difficile de tomber dans une contradiction plus manifeste, au moment où l'on reproche aux théories adverses de se détruire par la contradiction.
Ainsi, la raison condamne la négation; la raison condamne l'affirmation. Comment échapper au scepticisme ? Kant, qui a posé, lui aussi, les antinomies de la raison, prétend en sortir à l'aide de l'impératif catégorique. Spencer ne s'est pas même donné cette ressource.
S'il <>n est ;miH des idées dernières de la Science, à plus forte raison « les Ljiées dernières de la Religion » sont-elles, d'après la théorie, « radicalement vicieu e « et illusoires, el telles qu'on n<i peut on aucune Bacon « Les distinguer des pures fictions. »
Telles sont d'abord les conceptions que nous formons sur l'origine uV l'univers. Prétendrons nous qu'il existe par lui-môme. Ajouter les mots par soi au mot existence ce n'est rien dire d'intelligible. Nous pouvons nous faire «l'un développement spontané une idée assez approximative de la réalité. Mais se représenter une existence par soi, c'est-à-dire sans commencement, c'est absolument impossible. Reculer à l'infini le premier moment d'une existence, ce n'est pas le supprimer; c'est simplement se jeter d'une autre manière dans l'irreprésentable, par conséquent dans l'inconnaissable . « Non-seulement « la théorie athéiste est inconcevable, mais, ne le fût- « elle pas, elle ne serait pas pour cela une solution (1). »
Soutiendrons-nous que l'univers s'est créé lui-même, c'est-à-dire que l'existence en puissance est devenue existence actuelle par l'effet d'une nécessité immanente? Mais nous ne pouvons nous représenter ni l'existence potentielle qui est un pur rien, ni une nécessité immanente qui n'exprime pas autre chose qu'un changement se déterminant lui-même, ce qui est une absurdité. D'ailleurs, d'où viendrait l'existence potentielle ellemême? L'hypothèse panthéiste est inintelligible et inutile.
Reste l'hypothèse du théisme : la création par un pouvoir extérieur. Mais se représenter une création est impossible. Cette conception a été formée par analogie avec les productions de l'art. Elle est purement
symbolique. La création de l'espace suppose d'ailleurs un vide absolu antérieur ; mais ce vide est inconcevable. Enfin on retomberait dans les contradictions d'une existence par soi.
« Tous nos efforts pour expliquer l'origine de l'uni- « vers ne peuvent donc que multiplier le nombre des « conceptions impossibles (1). »
La nature de l'univers n'est pas moins incogitable. Quelque cause que l'on suppose à nos sensations, la ma tière ou l'esprit, l'idée de cause nous amène iuévitablement à la cause première. Or supposer une cause première, c'est supposer quelque chose qui n'a pas de cause. Ce qui ne se peut. — Cette cause devrait être absolument indépendante . Mais la séparer de toute autre existence, c'est nier qu'elle soit cause. Elle est nécessairement en relation avec ses effets, ce qui est une dépendance. Introduire des relations au sein même de la cause première, c'est y introduire la dépendance. Par exemple, la faire consciente d'elle-même, c'est reconnaître en elle un sujet et un objet dans une mutuelle dépendance. Et pourtant on ne peut lui refuser la conscience. — D'autre part, il faut à l'absolu une unité absolue ; mais une unité sans multiplicité est inconcevable.
En un mot, « la conception de l'absolu et de l'infini, « de quelque côté qu'on la considère, semble entourée « de contradiction, il y a contradiction à supposer (( qu'un tel objet existe, soit seul, soit uni à d'autres, « et il y a contradiction à supposer qu'il n'existe pas. « Il y a contradiction à le considérer comme un, et il y « a contradiction à le considérer comme multiple. Il y a « contradiction à le regarder comme personnel, et il y
« a contradiction à le regarder comme impersonnel. o On ne peut sans contradiction se le représenter « comme actif, et on ne peut pas davantage, sans une « égale contradiction, se l<i représenter comme inactif. « On ne peul le concevoir comme la somme de toute u existence, ni leconc woir seulement comme une partie « seulement de cette somme (1). »
De ce qui précède M. Spencer tire cette conclusion : « L'analyse de toutes les hypothèses possibles sur Pab- « soin, sur Dieu, démontre non-seulement qu'il n'y a « pas d'hypothèse suffisante, mais qu'on ne peut pas « même en concevoir. Ainsi donc le mystère que toutes « les religions reconnaissent devient plus transcendant « qu'aucune d'elles ne le soupçonne; ce n'est point un « mystère relatif, mais un mystère absolu (2). »
M. Spencer, qui, comme tous les Anglais, a le tempérament profondément religieux, se propose ainsi de mettre fin à l'antagonisme « le plus ancien, le plus pro- « fond, le plus grave et le plus généralement reconnu, « celui de la religion et de la science. » Il n'est pas raisonnable, d'après lui, de rejeter ni l'une ni l'autre; ce sont deux faits qui appartiennent au môme titre à la constitution de notre intelligence comme à l'histoire de l'humanité. « Si la religion et la science reposent sur « la réalité, il faut qu il y ait entre èllts une harmonie « fondamentale (3). » Or cette harmonie, la voici : les idées dernières de la science et les idées dernières de la religion sont de purs symboles. L une et l'autre abou-
(1) Spencer emprunte ces dernières contradictions et ce résumé à un théologien, M. Mansel, « parce que, dit-il, on ne peut faire mieux que lui. » En fait de théologie c'est n'être pas difficile.
— lotissent à cette vérité ultime que le fond de toutes choses est absolument inconcevable, inconnaissable.
Seulement, remarquons-le dès maintenant, en dehors de cette affirmation ultime qni se résout en une idée toute négative, c'est-à-dire une négation, la science conserve le vaste domaine des faits, où elle peut poser des affirmations positives. Que reste-t-il à la religion? rien, absolument rien. De la sorte la science a le droit de parler, d'une manière relative, il est vrai, mais aussi d'une manière positive. La religion a le droit de se (aire. A Tune le Connaissable, à l'autre l'Inconnaissable.
Je doute que ce singulier accord soit du goût de tous les théologiens. M. Spencer, qui le propose sérieusement, cite M. Mansel et voit en lui le type de tous « les théologiens éclairés de l'époque actuelle. » Il aurait pu également citer quelques auteurs catholiques modernes, qui, abusant du mot de mystère et des exagérations de Pascal et de Jansenius, condamnent aussi l'intelligence à se taire, à s'anéantir devant le dogme, et proclament impie l'alliance de la philosophie et de la religion, autrement dit, de la raison et de la foi (1).
Ils pourraient reconnaître leurs théories dans celles de M. Spencer. Gomme lui, ils condamnent l'esprit humain au silence devant le mystère.
Nous n'avons pas à examiner ici le danger qu'on fait courir au dogme lui-même en n'admettant que la foi aveugle (2). Mais il est permis de s'étonner que M. Spencer semble ne connaître, en fait de théologie, que quelques travaux modernes, et ose biffer d'un trait de plume les monuments considérables de la théologie ca-
(1) V. le P. Ventura.
(2) V. Lettre sur l'étude de la philosophie, par Mgr Perraud, 1880.
tholique et protestante. Que S. Thomas et Leibniz, pour ne citer que ces deux noms, se fassent complètement illusion et croient dire quelque chose d'intelligible quand en réalité, l'être dont ils parlent, i<is Idées qu'ils émettent sont l'inconcevable, l'inconnaissable, c'est pour l<; moins étrange. Mais encore une lois nous n'avons pas à les défendre (1).
Nous nous demanderons plus tard s'il est permis d'identifier la Religion, et avec elle la métaphysique, au taux mysticisme des Alexandrins, lequel aussi s'évanouit, dans l'inconnaissable, dans l'indétermination de la pensée. Nous nous demanderons surtout ce que devient la science elle-même dans cette théorie.
Ce qu'il importe de noter ici, c'est le procédé à l'aide; duquel on obtient ces conclusions.
Les idées dernières de la Science, comme celles de la Religion, sont inconcevables parce que leur objet est irreprésentable. Il n'est même pas besoin, pour rencontrer ce caractère, d'arriver à ces idées dernières. Nous l'avons vu, dès qu'un objet, par ses dimensions ou sa complexité, dépasse la faculté de représentation, il est inconnaissable. Toutes les idées générales en sont là. Le particulier, l'individuel, encore sous certaines conditions de petitesse et de simplicité, tel est le seul objet dont nous puissions avoir une idée exacte, positive, c'est-à-dire scientifique. Nous voilà loin de l'aphorisme d'Aristote : « il n'y a science que de l'universel. »
Pressons d'avantage la théorie et arrivons à la conclusion de ce premier chapitre.
(1) « Il est étrange que les grands métaphysiciens, tant anciens
« que modernes, vous disent unanimement : nous voyons, nous con-
« naissons, et que certains philosophes, dont l'esprit ne peut avoir
» plus de puissance et d'étendue, viennent leur dire : vous ne voyez,
h vous ne connaissez pas » (Tissandier.)
Embrasser dans une idée plusieurs objets, ou, si l'on veut, observer successivement plusieurs phénomènes, dégager des conditions complexes et variables qui kis accompagnent, la condition invariablement liée à la production do ces faits, c'est pratiquer l'induction.
Mais c'est en même temps éliminer, effacer successivement les traits de la réalité et s'engager dans la voie qui conduit au symbole.
D'après cette théorie, l'induction serait donc une méthode qui vide peu à peu de leur contenu les conceptions que nous nous formons de la réalité. A mesure qu'elle nous mène à des généralisations plus hautes, sa conclusion s'appauvrit. La généralisation dernière, la plus haute induction aboutit au néant de la pensée. L'induction donne en définitive l'Inconnaissable.
Nous voilà également loin de la doctrine de Platon, pour qui la dialectique menait à la source de toute détermination, à l'idée du bien, impliquant toutes les idées. C'est ce que le P. Gratry appelait : un procédé retourné. Au lieu de s'élever à l'Etre, on descend au néant. Mais ne critiquons pas encore.
Le Positivisme d'ailleurs prétend bien ne pas faire œuvre vaine en généralisant. « Cette formation de con- « ceptions symboliques est le plus souvent une opé- « ration très-utile et même nécessaire. Quand, au heu « de choses dont les attributs peuvent s'unir assez bien <( dans un seul état de conscience, nous avons affaire à « d'autres choses dont les attributs sont trop étendus, « ou trop nombreux pour être ainsi réunis, il faut que « nous renoncions à concevoir une partie des attributs « ou que nous n'en concevions aucun, c'est-à-dire que « nous en formions une conception plus ou moins sym- « bolique ou que n'en formions aucune (1). »
(1) Premiers Principes, p. 27.
En d'autres termes, pour donner à nos généralisations expérimentales un corps dans la pensée, une exis'ence mentale, il faut les incarner dalis «1rs mots qui s ienl les signes des réalités, effacées elles-mêmes dans la conscience. Espace, temps, mouvement, matière, foi — conscience, personnalité, âme, absolu, Dieu, sont mots, commodes pour synthétiser de conceptions particulières et hétérogènes ; ce ne sont que des mots dont l'objet est inconnaissable.
Le positivisme esl un nominalisme effréné.