PRÉFACE
Descartes, en considérant l'étendue et en définitive le mouvement comme l'essence de la matière, la pensée comme l'essence de l’âme, altère gravement la notion des causes secondes, des substances créées : le mouvement et la pensée, en effet, sont de simples modifications. Par delà le relatif, ainsi réduit à un pur phénoménisme, il maintient, il est vrai, comme réalité suprême et concrète, l'absolu vivant, Dieu. Il n’en pose pas moins le principe d'une séparation radicale entre la métaphysique et la science. De ses théories, beaucoup de penseurs
aujourd’hui rejettent ce qu'il appelait la philosophie
ee NE première et ne lui font honneur que de son mécanisme. |
Comment le divorce entre la métaphysique et la science s'est-il consommé ?
Spinoza exagère la faute de Descartes. Puisque le mouvement et la pensée ne sont que des phénomènes, il faut en faire les attributs d’une substance unique, indéterminée en soi, inconnaissable.
Kant va plus loin. Si le noumène est inaccessible, laissons-le de côté; n’étudions que les phénomènes : l’objet est une modification du sujet. Aïnsi sont fixées, en même temps que les conditions de la science, les limites du connaissable. Au delà de ces représentations, c’est l’inconnaissable.
Spencer enfin, au lieu de subordonner le mouvement à la pensée, fait de la pensée un mode du mouvement. Tout ce qui n’est pas mouvement est inconnaissable.
Du panthéisme au criticisme, du criticisme au positivisme, la négation de tonte certitude métaphysique va se complétant. Le courant, la chute qui entraine les esprits de l’absolu au relatif, de l’intelligible au sensible, a, de nos jours, acquis une puissance comme irrésistible.
Je voudrais pour ma part résister. Où d’autres admirent un progrès, je vois une décadence. L’absolu qu’on déclare inconnaiïssable est, à mes yeux, le connaissable par excellence.
) ASS 20e
Merle -
SR
Quoi done? Oser attaquer, dans une position qu’ils occupent de concert, Spinoza, Kant, Spencer !
Pourquoi pas ? En ce temps de libre discussion, ne sera-t-il pas .permis de mettre, au-dessus de la superstition de la gloire, la religion de la vérité?
Au reste, mon intention n’a pas été d'exposer complètement et de réfuter leur doctrine, pas plus que de m'en prendre à la théorie de la relativité de la connaissance dans toute la variété de ses formes. En personnifiant dans ces trois philosophes illustres trois doctrines qui, du point de vue où je me suis placé, me paraissent présenter un caractère commun, je n’ai considéré ce résumé historique et critique que comme une sorte d'introduction à la partie dogmatique de cette thèse.