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idée, mais un pur symbole. Dès lors qu'un objet, par ses dimensions ou par sa complexité, est tel qu’on ne peut plus se le représenter, nous en formons « non pas une conception proprement dite, mais seulement une conception symbolique (1). »
Ce qui est vrai d’un objet particulier irreprésentable, comme la terre, l’est à plus forte raison d’une classe d'objets. « Quand on parle d’un certain homme, on s’en fait une idée assez complète (2). » Mais si l’on passe à sa famille, à la classe à laquelle il appartient, à sa nation, à l’homme en général, les états de conscience qui correspondent à ces groupes de plus en plus généraux, sont des représentations de plus en plus incomplètes de la réalité. « Quand nous arrivons à des proposi- « tions concernant les mammifères, ou ’embranchement « entier des vertébrés, ou les animaux en général, ou « tous les êtres organisés, la dissemblance de nos con- « ceptions et des objets nommés devient extrême (3). »
Et Spencer ajoute : « Dans toute cette série de cas, « nous voyons qu'à mesure que le nombre des objets « groupés ensemble par la pensée augmente, le concept « formé par un petit nombre d'exemplaires types com- « binés avec la notion de la multiplicité, tend de plus « en plus à devenir un pur symbole; ce n’est pas seu- « lement parce qu’il cesse de représenter l'étendue du « groupe, mais C’est aussi parce qu’à mesure que le « groupe devient plus hétérogène en grandissant, les « exemplaires types auxquels nous pensons ressem- « blent moins à la moyenne des objets contenus dans « le groupe. »
(1) Spencer, Premiers Principes, p. 26.
(2) Ibid.
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La logique avait toujours noté un rapport inverse entre extension et la compréhension d’une idée générale, celle-ci diminuant tandis que celle-là augmente. Mais, d’après le positivisme, dire que la compréhension diminue, c’est affirmer que le contenu s’èn appauvrit, de telle sorte que l’idée finit par s’évanouir dans une pure indétermination.
À ce compte, les idées d’espèces et de genres sont des symboles d'autant moins exacts qu’on s'éloigne davantage de l'individu; les classifications des sciences natnrelles sont des procédés tout à fait artificiels.
Que dire « des idées dernières de la science? »
L’espace et le temps ne peuvent être représentés dans la conscience. Qu’on les considère comme des réalités objectives, entités ou attributs d’entités, on se heurte à des impossibilités ou à des contradictions; on réalise « deux riens, » ou on les lie à des entités périssables, tandis que l’espace et le temps sont impérissables. D’ailleurs, ils sont illimités, par conséquent irreprésentables.
— En faire des conditions subjectives de la conscience, c’est dire qu’ils ne sont plus objets de conscience. « Poser « la non-réalité objective de l’espace et du temps (qu’on « peut formuler, mais qu’il est impossible de se figurer), « c’est simplement multiplier les absurdités.
« Il résulte donc que l’espace et le temps sont com- « plètement incompréhensibles. La connaissance immé- « diate que nous croyons en avoir devient, quand on « l’examine, une ignorance totale (1). »
Il faut en dire autant de la matière. Il n’est possible de la concevoir ni comme divisible à Pinfini, ni comme nondivisible ; — ni comme absolument continue et pleine, ni comme discontinue. Et l’atomisme de Newton et le
(1) Premiers Principes, p. 52.
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dynamisme de Boscowich succombent à l'analyse. « La « matière est aussi absolument incompréhensible dans « sa nature intime que l’espace et le temps. Quelque « supposition que nous fassions, nous trouvons, en « l’analysant, qu’elle ne nous laisse que le choix entre « des absurdités opposées (1). »
« Nos idées du mouvement sont tout aussi décevantes (2).» Un capitaine nous paraît se mouvoir sur le pont de son navire vers l’est; mais son navire emporte avec une vitesse égale vers l’ouest. [Il est donc immobile. Mais non, puisque la terre, dans son mouvement diurne, l’emporte vers l'est à raison de 1,000 milles à heure. Mais, d'autre part, dans son mouvement annuel, elle l'emporte plus rapidement encore vers l’ouest ; le système tout entier se dirige pendant ce temps vers la constellation d'Hercule, etc., etc. Y a-t-1l du moins un point fixe auquel on puisse rapporter tous les mouvements ? Mais ce point, où le placer ? Il n’y a pas de lieu dans l’immensité. é
La transmission du mouvement est tout aussi incom— préhensible, l'habitude nous empêche de voir ce que ce phénomène a de merveilleux; mais la réflexion et l’ahalyse nous montrent que le passage du repos au mouve-— ment est incompréhensible, que le repos lui-même est inconcevable. Bref, l'idée du mouvement, comme celles de l’espace et du temps, est un pur symbole.
L'idée de force sera-t-elle plus claire ? Mais « la force « n’est qu’une impression de notre conscience (3); et il « est absurde de penser que la force en elle-même res-
(1) Premiers Principes, p. 51.
(2) Ibid., p. 58.
(3) Il est facile, quand on a fait de la force une impression, de signaler ensuite, dans la notion de force, une absurdité. Mais la force est-elle une impression ? V. 3 partie, ch. r.
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