‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 43 sur 43 · ECO ENT QE TIR RE · texte numérisé non relu

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ont essayé d'en faire une déduction déguisée: Voici, ce me semble, la vérité : Si nous passons du monde à nous et de nous à Dieu, c'est que notre âme est en quelque façon dans le monde et qu’elle s’y retrouve; c’est que Dieu est réellement présent et dans le monde et dans notre âme. Ce qui surgit en nous des profondeurs de l'inconscient ne vient pas seulement des âmes inférieures disséminées dans notre organisme et en rapport avec l'âme des choses. Cette humble origine laisserait inexpliquées toutes les vagues aspirations vers l'infini que nous transformons en idées rationnelles. Dieu est la vraie source de l’inconscient hors de nous et en nous. Le seul tort de Hartmann est de faire de ce principe l'inconscient absolu, évoluant dans le conscient, et de ne pas voir que le terme de cette évolution, la conscience toute en acte, en est aussi le commencement (1).

Le monde, l'âme et Dieu nous sont donc donnés tont à la fois. Seulement la connaissance explicite commence par le monde, puis revient à l’âme, puis remonte à Dieu. Mais arrivée là, elle redescend aussitôt. Les rayons l’ont conduite au foyer; une fois qu’elle s’y est transfigurée dans la lumière sans ombre et quelle y est deyenue elle-même lumineuse, elle suit de nouveau les rayons dans tous les sens et pénètre, en revenant à ellemême et au monde, à des profondeurs « si éloignées, « dit Bossuet, de la région des sens, que les sens n’en « soupçonnent rien. » « C'est, suivant une pensée sou- « vent reproduite, le supérieur qui explique l'inférieur, « le tableau achevé qui explique l’ébauche, la perfec-

(1) V. les articles de M. Franck, dans le Journal des savants de

« tion qui explique tout, l’essence et l’existence (1). » Pajoute avec Bossuet : « Le parfait est le premier en iout, dans l'être et dans l4 pensée. »

Il faut donc, pour exprimer ce retour de notre int-Iligence, retourner notre formule et dire : À superios'ibus ad interiora ; ab interioribus ad inferiora.

Ou plutôt les deux formules réunies expriment le mouvement double et rhythmique de la pensée Elle monte et redescend. Et, si elle a pu monter une première fois, c'est peut-être que son origine première est en haut et que déjà elle était descendue.

L'image expressive de la connaissance humaine, ce serait donc la vision biblique de Jacob. Sur une échelle, qui va de la terre au ciel, incessamment des anges descendent et remontent. Les anges, ce sont les pensées d’une âme qui n’a point coupé ses ailes, ces deux ailes dont parle Platon, et qu’un aimable et fidèle disciple de Socrate, M. Charaux, appelle, de leur vrai nom, la ensée et amour. Il ne s’agit pas de renouveler les rèveries creuses du faux mysticisme. Le Dieu que j’adore est un Dieu que je connais, sans quoi je ne l’adbrerais point. Ce n’est pas l’unité pure et indéterminée des Alexandrins, de Spinoza et, finalement, de Kant et de Spencer. Cest le Dieu du spiritualisme et du christianisme : oui, adorer c’est aimer, mais c’est aussi connaître. « La dernière démarche de la raison, dit le P. Gratry, c'est de croire. » Croire est donc l’acte rationncl par excellence. Mais croire, c’est voir, non pas d’une vue parfaite et continue, ni surtout d’une vue qui pénètre les dernières profondeurs de son objet, c’est cependant voir d’une vue qui contient éminemment tout

(U, M. F. Ravaisson, cité par M. Bertrand, D'R0):

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le positif de la connaissance possible. C’est, si l’on veut, entrevoir; mais, si faibles qu’on veuille faire les yeux de notre raison, son objet est la lumière elle-même et la vérité par essence : prétendre qu’elle ne le connaît pas, c’est dire qu’elle est faite pour se tourner vers le néant et se perdre dans la nuit. Quand j'entends les détracteurs contemporains de la raison humaine, nouveaux jansénistes, railler et méconnaitre la fille de Dieu, je comprends l’insistance du P. Gratry à répéter le mot de Fénelon : « Nous manquons de raison encore plus que de religion. » Je m'explique les efforts du moerne Malebranche pour inspirer à l’intelligence en quête de la vérité, une confiance invincible en ellemême. Alors que trop de ses amis versaient dans Perreur du traditionalisme, l’auteur, trop peu compris, de la Connaissance de Dieu et de la Connaissance de l’âme, discernait exactement le vrai danger : fidèle à sa foi, et d’une orthodoxie qu’on n’a jamais surprise en défaut, il défendait la raison, en même temps qu’il protestait contre le servilisme général au nom de la liberté.

C’est en m’inspirant de son esprit, si large, si hospitalier à toute idée nouvelle, si ferme en même temps dans ses propres convictions, que, pour ma part et dans la mesure de mes forces, j'ai essayé ici et j’essayerai, Dieu aidant, de défendre la raison et, au besoin, la liberté.

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Vu et lu, en Sorbonne, le 21 décembre 1882. par le Doyen de la Faculté des Lettres de Paris.

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