‹ Les théories de M. LoisyChapitre 167 sur 235 · Marc, xiv · texte numérisé non relu

Marc, xiv

2. A. Loisy, Les Ei'angiles synoptiques, t. !I, p. 590. — M. Loisy n'admet pas celte interprétation. Il préfère voir dans l'incident raconté « un trait conçu par application de prophétie ». '« Justement, dit-il, il y a un texte d'Amos qui, à propos de fuite, parle d'un homme nu. L'interprétation messianique de ce passage pouvait suggérer ce que Marc raconte » (p. 591). Or, cela est tout à fait invraisemblable. Le texte grec d'A.MOS, ii, 16, parle d'une poursuite : « l'homme nu sera poursuivi en ce jour-lù ». Il faudrait donc admettre que l'évangéliste s'est inspiré du texte hébreu, où il s'agit directement d'une fuite : « le plus robuste parmi les vaillants s'enfuira nu en ce jour-là ». Ce n'estpas tout. Le trait prophétique figure dans une description du jugement de Dieu contre Israël, et tend à montrer la terreur que ce jugement inspirera aux plus braves. Or quel rapport y a-t-il entre le jugement de Dieu contre son peuple et l'arrestation de Jésus à Gethsémani .' Quelle relation entre le guerrier saisi d'effroi, qui n'a pas la force de se revêtir de son armure, ou la jette, pour fuir plus aisém^ent, et, d'autre part, ce jeune homme, qui ne paraît pas du tout venu pour combattre, et qui s'enfuit nu, simplement parce qu'on le saisit par son drap .' Les traits manquent d'analogie. Il semble impossible que le premier ait donné l'idée du second.

OniGINE ET VALEUK DES ÉVANGILES 257

(juand Pierre s'évade de la prison où l'a fait enfermer Hérode Agrippai

Les pai'ticularités internes du second Evangile confirment donc pleinement le témoignage de la tradition qui metle livre en rapport avec saint Marc, disciple de saint Pierre. Mais, si la tradition a dit vrai en désignant ce personnage secondaire à propos de notre document, si elle a dit vrai encore en plaçant la publication de l'ouvrage dans l'Église romaine, aux premiers temps qui suivirent la mort du chef des apôtres, c'est une garantie fort sérieuse qu'elle a été pareillement bien informée en attribuant à saint Marc, non une source partielle de l'Evangile, mais l'Evangile lui-même. N'est-ce pas à l'auteur de l'Evangile définitif que la tradition romaine a dû le plus sûrement s'intéresser? N'est-ce pas ce rédacteur final qu'il lui a été le plus facile d'identifier? Si l'on avait songé à l'auteur responsable d'un simple document antérieur, ne serait-on pas allé jusqu'au nom même de saint Pierre? Enfin comprend-on bien, si peu de temps après la mort du chef des apôtres, un Evangile publié à Rome, qui serait basé simplement sur le travail ancien d'un de

1. L'identification du jeune homme avec saint Marc, auteur de l'Évangile, est soutenue par Renan, Vie de Jésus, 1867, p. 406; Les Évangiles, 1877, p. lli, note 2, et 125, note 4; B. Weiss, Dus Marcusevangeliiun und seine synoptische Parallelen, 1872, p. 223; Lehrbuch der Einleitung in das Neue Testament, 3« édit., Î897, p. 495; Th. Zahn, Einleitung in das Neue Testament, 2' éd., 1900, t. II, p. 243 sq.; H. Holtz.mann, Die Synoptiker (Iland-Commentar zum .V. 7".), 3' édit., 1901, p. 176. J. Weiss lui-même, tout en distinguant le jeune liomnie de l'évangéliste, l'identifie avec Jean Marc, Das àlieste Evangelium, p. 305 sq., 407 sq.

ses disciples, au lieu d'être rédigé directement par un héritier immédiat de sa tradition ?

La grande majorité des critiques, et les plus réputés d'entre eux^, n'hésitent pas à reconnaître la parfaite authenticité de l'Evangile de saint Marc.

L'authenticité du document étant admise, il est bien certain que sa valeur doit être beaucoup plus considérable que ne le veut M. Loisy. Nous n'avons plus affaire à un écrivain, sans contact personnel avec les souvenirs apostoliques, qui se serait contenté de reproduire quelques documents de première main, en les complétant et interprétant dans le sens de sa théologie particulière. Nous sommes en présence d'un propre disciple de saint Pierre, son confident et son interprète. Qu'il ait mis par écrit la tradition orale du chef des apôtres, ou qu'il s'en soit servi pour compléter une ou plusieurs sources anciennes, nous pouvons avoir confiance que son Evangile répond soit aux souvenirs personnels de son maître, soit à la pure tradition par lui recommandée et approuvée.

Le troisième Evangile est attribué par la tradition chrétienne à saint Luc, disciple de saint Paul, le très cher médecin dont parle l'Epitre aux Colossiens^. 11 s'agit donc encore d'un personnage dont le rôle en histoire est demeuré très effacé. Or, si

1. Renan, Les Évangiles, p. 114 sq. ; B. Weiss, Einhitung, p. 491 sq. ; T. Zahn, Einleitung, t. ii, p. 240 sq .; A. JilLiCHER,£'trt- Lcitung in das N. T., 4' édit., 1907; H. IIoltzmann, Einleitung in das N. T., 3* édit., 1892; A. Harn.vck, Die Chronologie der allchristlichen Litteralur, II* part., t. I, 1897; etc.

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