‹ Les théories de M. LoisyChapitre 168 sur 235 · I Col., iv, 14; cf. II Ti.m., iv · texte numérisé non relu

I Col., iv, 14; cf. II Ti.m., iv

ORIGINE ET VALF.LR DES EVANGILES 259

l'ouvrage était pseudépigraphe, n'aurait-il pas été mis beaucoup plutôt sous le nom d'un personnage illustre, de saint Paul, par exemple, dont on admettait justement un rapport au moins indirect avec notre document? Etant donné qu'on songeait à un simple disciple du grand Apôtre, ne se serait-on pas arrêté de préférence à l'un de ses disciples les plus en vue, destinataire de plusieurs de ses Epîtres, tels que Tite ou Timothée? L'obscurité du personnage de Luc paraît bien garantir que l'Evangile n'est mis sous son nom que parce qu'il en est réellement l'auteur.

La critique interne du livre n'y contredit aucunement. A en croire sans doute M. Loisy, « le prologue inviterait plutôt à placer la composition de l'Évangile entre 90 et 100 qu'entre 60 et 80 », et l'époque paraîtrait un peu tardive pour l'activité littéraire du disciple de saint Paul. Mais lui-même fait observer que c'est là une simple conjecture : « Du prologue, dit-il, il résulte que la génération apostolique appartient déjà au passé, sans que l'on puisse dire si ce passé est encore tout proche ou déjà lointain'. » L'on peut même parfaitement douter que les termes de ce prologue supposent terminée la génération apostolique. La façon dont l'auteur parle des « choses qui se sont accomplies parmi nous », « selon ce que nous ont rapporté ceux qui dès le début en ont été les témoins et sont devenus ministres de la parole », donnerait plutôt à entendre que les apôtres n'appartiennent pas encore au passé, que les témoins immédiats sont

encore vivants, qu'en tout cas l'évangéliste s'est informé auprès d'eux, aussi bien que ses devanciers, et a pu ainsi remonter la série des événements jusqu'à l'origine.

La grande objection sur laquelle insiste M. Loisy se tire du caractère légendaire cju'il croit reconnaître à certains récits de notre Evangile, particulièrement à ceux qui concernent la naissance du Sauveur et sa résurrection; il faut y joindre les premiers chapitres des Actes qui traitent des origines de la première communauté chrétienne. Mais, nous l'avons dit, c'est là une sorte d'argument fort suspecte et qui ne doit pas influencer dès l'abord l'examen de Tauthenticité.

A peine le critique fait-il valoir quelques difficultés moins subjectives, appuyées sur diverses particularités du livre des Actes, par exemple sur la comparaison entre le récit du chapitre xv, concernant la querelle des observances légales avec l'arrangement pris à Jérusalem entre saint Paul et les apôtres galiléens, et, d'autre part, le même récit i'ait personnellement par l'Apôtre dans son Epître aux Galates^ Mais ces difficultés sont d'ordre très secondaire et ont reçu des réponses que les meilleurs juges estiment tout à fait satisfaisantes^. Elles ne sauraient le moins du monde nous arrêter.

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