Cf. ci-dessus, p
qui montrent Jésus homme : il a pleinement raison. Mais de quel droit supprimer ceux qui le montrent Dieu? Pour qui se rappelle la foi que l'Eglise avait déjà, au temps de saint Paul, en la préexistence céleste et en la transcendance divine du Christ, des épisodes comme ceux de l'agonie au Jardin, ou de la plainte sur la croix, sont une preuve saisissante de la sincérité des évangélistes et de l'exactitude de leur tradition : de quel droitrécuser le reste de leur témoignage?
Une appréciation de la personnalité du Christ ne peut être juste qu'à la condition de s'appuyer sur l'ensemble des traits qui composent sa physionomie dans les Evangiles et sur la généralité des déclarations qui lui sont attribuées, non sur une seule catégorie de détails soigneusement choisis. Or, il paraît incontestable que le témoignage d'ensemble des Synoptiques, aussi bien que de l'Evangile de saint Jean, accuse chez le Sauveur une personnalité surhumaine et une réelle participation à la divinité.
11 y a d'abord les nombreux textes où Jésus parle de sa dignité, de ses privilèges et de ses pouvoirs.
Le Sauveur ne craint pas de se placer au-dessus des autres hommes, au-dessus des anciens prophètes, au-dessus même des anges. 11 demande, comme jamais ne l'a demandé ni ne pourrait le demander aucun mortel, la foi, l'amour, le dévouement, poussé jusqu'au sacrifice des biens les plus précieux, même de la vie, et en retour il promet pour l'éternité les plus magnifiques récompenses. Il se déclare le maître du sabbat ; il prend une attitude d'autorité inouïe vis-à-vis de la Loi ancienne; il va jusqu'à faire
entendre que le ciel et la terre passeront, mais que ses paroles ne passeront pas. C'est en son propre nom qu'il guérit les malades et commande aux éléments.
Plus extraordinaire encore est le droit qu'il revendique de purifier les âmes et de pardonner les péchés ; c'est là, pensent les Juifs, un privilège tout divin: Jésus n'en disconvient pas, il n'en maintient pas moins son droit, et il le prouve d'une façon péremptoire.
Non content de se proclamer le Rédempteur des hommes, venu pour sauver ce qui était perdu et donner sa vie en rançon d'un grand nombre, non content de prétendre régénérer le monde par sa doctrine et de promettre à ses disciples de leur envoyer l'Esprit-Saint, il déclare enfin qu'il viendra, au dernier jour, escorté des saints anges, dans tout l'appareil de la gloire divine, pour être le Juge suprême du genre humain^.
En vain M. Loisy conteste-t-il l'authenticité de ce dernier trait. A l'en croire, le Sauveur ne se serait pas attribué de fonction spéciale dans le discernement des élus; tout au plus se serait-il réservé de rendre témoignage devant son Père à ceux qui se seront montrés dignes de lui, en refusant de reconnaître ceux qui l'auront méprisé. Mais c'est ici que se révèle dans tout son jour la méthode arbitraire du critique.
Deux passages, allégués par lui, peuvent à la rigueur s'accommoder de son interprétation : « Quiconque me confessera devant les hommes, dit Jésus, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est
1. Pour les références précises, voir Lepix, np. cit., p. 207-273.
aux cieux; et quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux^ »; « Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom accompli beaucoup de miracles? Alors je leur déclarerai : Jamais je ne vous ai connus; retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité^. » 11 faut avouer cependant que ces passages sont susceptibles d'une explication tout autre, et peuvent convenir fort bien à la scène du jugement dernier. Très significat'f y apparaît le rôle du Christ : pourquoi cette attitude d'autorité devant son Père, si le Père estle seul Juge? Etla sentence : « Retirez-vous de moi », se comprend-elle dans cette supposition? En tout cas, ce sont les textes plus formels qui, en bonne logique, doivent servir à expliquer ceux qui paraissent équivoques. Or ridée du Christ, Juge des hommes à son avènement suprême, est celle qui se montre clairement dans les nombreux passages analogues.
Elle ne constitue pas seulement le fond de la grande description faite par saint Matthieu^; elle se retrouve expressément en des sentences isolées, comme celle-ci : « Le Fils de l'homme doit venir en la gloire de son Père avec ses anges ; alors il rendra à chacun selon ses œuvres'' », et équivalemment dans des textes parallèles au premier passage allégué