MANIFESTATION DE JESUS MESSIE
que permises par le Sauveur, font partie de ce procédé de pédagogie messianique, insinuante et progressive.
Seule, une manifestation antérieure assez prolongée et assez significative pour avoir pu vaincre définitivement le préjugé populaire des apôtres explique l'assurance avec laquelle leur conviction s'exprime, à Gésarée, par la voix de leur chef. Jésus lui-même n'a dû provoquer les siens à professer leur foi que parce qu'il avait conscience d'avoir fait assez pour la former et l'amener à son terme.
Désormais, il parlera librement devant eux de sa qualité de Christ, mais ce sera pour leur faire entrevoir en même temps sa destinée souffrante, comme s'il voulait établir dans leur esprit un certain équilibre entre la certitude qu'il est le Messie attendu et la perspective de sa répudiation par les chefs religieux d'Israël et de sa mise à mort par les Gentils. Cela encore est d'une pédagogie bien vécue. On s'explique les manifestations plus éclatantes qu'il accorde à ses disciples à partir de la confession de saint Pierre, et l'on comprend qu'à l'égard de la foule il continue de faire preuve d'une certaine réserve^.
Quant à la démarche sur Jérusalem, elle ne peut
avoir la signification supposée par M. Loisy que
dans son hypothèse de l'illusion absolue et persis-
! tante du Sauveur. Nous avons trouvé l'hypothèse
mal fondée; l'explication croule avec elle. Elle est,
1. Sur toute la question de la manifestation messianique, A'oii Lepin, Jésus Messie et Fils de Dieu d'après les Evangiles synoptiques. 3» édit., 190G, p. 78-152.
en particulier, contredite par les nombreux textes qui accusent en Jésus la prévision nette de sa passion^.
C'est pi'écisément dans cette prévision du Sauveur relativement à sa mort prochaine que se trouve la plus juste explication de sa conduite lors de l'entrée dans la ville sainte. Il sait que son heure est proche, les chefs de sa nation s'apprêtent à le livrer au pouvoir romain, la foule qui semble si sympathique va bientôt réclamer son crucifiement. C'est la passion qui est là, avec son cortège d'ignominies; c'est sa mort en croix, marquant l'effondrement du rêve messianique. Il peut bien maintenant se prêter aux ovations jusqu'ici esquivées. Et spontanément il accepte cette glorification éphémère, comme une protestation anticipée contre le scandale des prochains événements. Si Jésus a été autre chose que le mystique illusionné, rêvé par le critique, une telle conduite se comprend au mieux de sa part.
Ne convient-il pas de s'en tenir au plus clair témoignage de nos documents, préférablement aux conjectures de leur soi-disant interprète?
La divinité du Christ
Pour trouver en la personne du Christ l'humanité pure, M. Loisy est contraint de tenir pour non avenu le quatrième Évangile tout entier et d'éliminer une l^artie considérable des Synoptiques eux-mêmes. Son choix est entièrement arbitraire.
Le critique retient et met en haut relief les détails