‹ Les théories de M. LoisyChapitre 196 sur 235 · Luc, XII · texte numérisé non relu

Luc, XII

2. MA.RC, viii, 38 = Luc, ix, 26. — A propos de cette sentence de saint Marc, M. Loisy écrit : « Jésus apparaît comme juge et non comme témoin ; il ne présente pas les hommes à son Père, il vient dans la gloire du Père, et accompagné des anges... Le Christ-juge n'a plus de témoignage à rendre ; son attitude à l'égard de ceux qui auront succombé au scandale de la croix sera celle d'un monarque divin, otTensé dans sa dignité » (Les Evangiles synoptiques, t. Il, p. 26). Or, dans la pensée du critique, Marc a servi de fondement à Matthieu, et toutes les fois que les données du second évangéliste cadrent avec son système, il ne manque pas d'en faire valoir le caractère plus primitif. Ici, au contraire, il se prononce en faveur du premier évangéliste : « Sa forme primitive», dit-il, en parlant de la sentence, « a dû être conservée par Matthieu, dans le discours de mission» [Ibid., p. 25. Ci-dessus, p. 307, note 1). On voit combien le procédé est arbitraire. — Il est inutile d'observer que l'idée du jugement par le Fils de l'homme n'est pas véritablement contredite par les sentences ou paraboles qui le montrent envoyant ses anges faire la séjiaration des bons et des méchants: Matth., xiii, 41,49; Marc, xni, 27 = Matth.. xxiv, 31.

munication de privilèges si divins? Une telle divinisation de Jésus comme Messie ne s'explique bien que si, dans ce Messie homme, il y a quelque chose de plus que l'homme, que si, dans son humanité très parfaite, il existe déjà, originairement et essentiellement, une participation réelle à la nature divine, qui justifie des pouvoirs aussi exorbitants et autorise en quelque sorte une pareille élévation de son humanité au niveau de la divinité.

La manière dont Jésus revendique, d'autre part, le privilège de la filiation divine, est telle qu'il s'établit, ici encore, incomparablement au-dessus de l'humanité pure et se déclare équivalemment Dieu.

Au dire de M. Loisy, Jésus n'aurait jamais employé le titre de Fils de Dieu, que pour signifier sa qualité d'Elu de Dieu, de Messie. Cette hypothèse, qui ne s'appuie sur aucun texte formel \ est contredite par tout l'ensemble des passages, où Jésus parle de ses relations filiales avec le Père céleste, et par les sentences assez nombreuses dont le critique conteste l'authenticité sans raison suffisante, et où il reconnaît que l'expression Fils de Dieu a une portée bien supérieure.

1. M. Loisy écrivait jadis ; « L'on trouverait sans peine dans les Evangiles plus d'un passage d'où il résulte que le titre de Fils de Dieu était pour les Juifs, pour les disciples et pour le Sauveur lui-même, l'équivalent de Messie. Il suffit de rappeler les variantes de la confession de Pierre dans les Evangiles synoptiques, et l'interrogatoire de Jésus par le grand-prêtre » {L'Evangile et l'Église, p. 42). Cette allégation était injustifiée. Cf. Lepin, op. cit., p. 281-290. Aujourd'hui, le critique reconnaît que dans les deux passages par lui cités le titre de Fils de Dieu revêt un sens métaphysique, qui le met tout à fait hors de pair. Cf. ci-dessus, p. 179-180.

310 LE SYSTÈME DE M. LOIS Y DEVATTl' LA SCIENCE

Constamment Jésus appelle Dieu « mon Père » ; c'est toujours sur un rang à part, à distance des autres hommes, qu'il se met en relation avec ce Père céleste; même quand il s'adresse à ses disciples et se les associe auprès de Dieu, il dit : « mon Père », « votre Père », jamais « notre Père », comme si ses disciples n'étaient fils de Dieu que d'une manière métaphorique et imparfaite, et si lui-même était le Fils de Dieu, sans restriction et par essence '.

Cette idée transcendante se trouve exprimée, en effet, dans un certain nombre de sentences fort remarquables, où l'on a le droit de voir une manifestation plus expresse de ce qui est implicitement renfermé dans le langage habituel du Sauveur. C'est la parole : « Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père, ni personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui auquel le Fils veut bien le révéler ^. » Une sentence, étroitement apparentée à celle-ci, est la réponse que Pierre, après avoir confessé Jésus : «le Christ, le Fils de Dieu », s'entend adresser par le divin Maître : « Ce qui est chair et sang n'a pu te révéler cela, mais c'est mon Père céleste qui te l'a révélé ^. » Nous avons encore la

1. Voir les références détaillées dans Lepin, op. cet, p. 291- 293. — M. Loisy ne fait à celte catég-orie importante de déclarations qu'une simple allusion, dans une note discrète : « Les passages, dit-il, où Jésus parle de son Père qui est au ciel, ou simplement de son Père, sont très nombreux, mais ne contiennent pas une déiinilion expresse de sa filiation » (Les Evangiles synoptiques, t. i, p. 243, note 1). La question est de savoir si l'on n y trouve pas l'idée implicite d'une filiation tout autre que celle renfermée dans la notion commune de messianité. On dirait que ces passages « très nombreux » gèneut le critique.

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