Id., ibid., p. V
M. Loisy ne trouve plus dans la vie du Christ, Fils de Dieu, fondateur de l'Église et Sauveur des hommes, que l'aventure d'un villageois naïf, victime de son auto-suggestion religieuse, condamné à une mort banale après une existence assez vulgaire. Tel, le démolisseur qui s'attaque à une magnifique cathédrale, en abat les colonnes, en détruit les vitraux, en ravale les sculptures, en enlève les autels, et finalement se trouve en présence de quatre murs et d'un toit, qu'il proclame un édifice fort commun.
Mais il suffit d'examiner loyalement les garanties d'historicité qu'offrent les Evangiles et d'interpréter sans parti pris le contenu de ces documents, pour y trouver une réalité historique tout autre que celle imaginée par M. Loisy. Le Jésus des Evangiles et de l'histoire est bien le Christ, vrai Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, qui a prouvé sa mission et sa divinité par ses miracles, qui a offert sa vie en rédemption pour les hommes, qui est ressuscité glorieux du tombeau, et continue d'assister de son Esprit l'Eglise qu'il a fondée.
Le conflit n'est donc pas, à proprement parler, entre le dogme et l'histoire, mais bien entre le dogme et un système historique suspect et erroné. En se prononçant contre M. Loisy, l'Eglise n'a point condamné la science, mais seulement une hypothèse soi-disant scientifique, inspirée par un paili pris étroit.
11 va sans dire que, par une telle condamnation, l'Eglise n'entend pas le moins du monde entraver le travail de la critique : elle entend seulement le
régler; et les excès où se jettent ceux qui affectent la pure indépendance de l'esprit, donnent confiance qu'elle le fait au profit de la vérité.
Certes, il y a place pour un progrès des études-, l'exégèse, comme la théologie, sont susceptibles d'un rajeunissement, et, dans une certaine mesure, le réclament : il faut répondre aux difficultés soulevées par l'esprit moderne; il faut rassurer la foi par des arguments capables de persuader nos contemporains. Mais ce rajeunissement des méthodes, ce progrès des sciences ecclésiastiques, doit s'accomplir d'accord avec l'autorité de l'Eglise, dans le sens de la continuité de la foi, en gardant contact avec la pure et vraie tradition.
C'est l'avantage du principe social de l'Église catholique de modérer et diriger les tentatives individuelles, d'en contenir les écarts, d'en réprimer aussi les excès, quand ils sont préjudiciables à la foi, d'assurer par là, dans le sens du vrai et du bien, le résultat d'ensemble des entreprises privées. Qu'un excès d'audace semble, à un moment ou à un autre, inspirer à l'Église une sévérité particulière, cela ne doit pas étonner : à qui faut-il s'en prendre, sinon à cet excès même, et cette sévérité encore n'est-elle pas finalement à l'avantage de la vérité?
A travers toute son histoire, à certaines époques plus manifestement, l'Église a bien prouvé qu'elle savait laisser l'initiative la plus grande aux savants qui se montraient également soucieux de la vraie science et zélés pour la vraie foi. Pour ne parler que d'exégèse et du temps passé, est-ce que des travaux comme ceux de Maldonat, de dom Calmet,
et de bien d'autres, ne furent pas, pour l'époque où ils parurent, et ne sont-ils pas toujours, à bien des égards, des modèles de cette conciliation heureuse entre une critique très éclairée et une foi très sincère, qui est selon l'esprit de l'Eglise?
Qu'aujourd'hui encore, qu'aujourd'hui autant que jamais, il y ait à faire : cela est incontestable. Cela se fera, mais autrementquene l'a prétendu M. Loisy. Il s'agit d'un progrès normal, comme doit l'être tout vrai progrès, non d'une transformation arbitraire, qui amènerait le bouleversement et la destruction. Ce progrès s'accomplira : on n'en saurait douter.
Les derniers événements y auront eux-mêmes contribué, malgré leur tristesse, en mettant en évidence l'intérêt profond qui s'attache aux questions religieuses, dans notre monde contemporain, en apparence si blasé, lis auront avivé la curiosité du public instruit à l'égard de ces questions vitales. Ne doit-on pas espérer aussi qu'ils auront servi à stimuler l'effort de « ceux qui, voués à l'étude scientifique de la religion et soucieux de l'avenir du catholicisme en France » et dans le monde, tiennent véritablement à être « des savants sincères et de loyaux serviteurs de l'Eglise * » ?