I.A VALEUR OBJFXTIVE DES DOGMES
habiles ne devaient pas faire illusion sur la véritable pensée de l'auteur, telle que l'établissait tout le contexte. En interprétant ces explications d'après l'exposé des faits auxquels elles se rapportaient, il était évident que ce que proposait le critique n'était ni plus ni moins qu'une transformation absolue dans la manière traditionnelle d'apprécier la valeur objective des dogmes.
On voit dès lors quelle portée il fallait attribuer à ces autres déclarations : « Un changement considérable dans l'état de la science peut rendre nécessaire une interprétation nouvelle des anciennes formules, qui, conçues dans une autre atmosphère intellectuelle, ne se trouvent plus dire tout ce qu'il faudrait, ou ne le disent pas comme il conviendrait. Dans ce cas, l'on distinguera entre le sens matériel de la formule, l'image extérieure qu'elle présente, et qui est en rapport avec les idées reçues dans l'antiquité, et sa signification proprement religieuse et chrétienne, l'idée fondamentale, qui peut se concilier avec d'autres vues sur la constitution du monde et la nature des choses^. »
théorie d« M. Loisy, pour faire place à une simple adaptation symbolique. C'est une transformation substantielle.
\. L'Evangile et l'Eglise, p. 164. — M. Loisy allègue en exemple l'article du Symbole : « 11 est descendu aux enfers, il est monté aux cieux », et fait remarquer que cet article n'oblige pas à croire que le ciel soit au-dessus de nos tètes et les enfers sous nos pieds. Gela est vrai ; mais il n'y a pas parité. Dans l'exemple allégué, la localisation des cieux ou des enfei's n'importe en rien à la réalité des faits que vise le symbole. L'expression même « monter » aux cieux correspond à la forme sous laquelle, historiquement parlant, o l'ascension » du Sauveur s'est présentée aux témoins. Tout autre est l'interprétation qui consiste à nier la réalité histoi'ique de la résurrection, de la passion rédemptrice, ou de la divinité de Jésus.
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Aussi bien, et parallèlement à ces affirmations sur l'interprétation nouvelle des dogmes, M. Loisy émettait-il la pensée que « l'autorité de l'Eglise el de ses formules n'est pas incompatible avec la personnalité de la foi. » A l'entendre, « l'Eglise n'exige pas la foi à ses formules comme à l'expression adéquate de la vérité absolue, mais elle les présente comme l'expression la moins imparfaite qui soit moralement possible... Le formulaire ecclésiastique est l'auxiliaire de la foi, la ligne directrice de la pensée religieuse... Comme toutes les âmes et toutes les intelligences diffèrent les unes des autres, les nuances de la foi sont aussi d'une variété infinie, sous la direction unique de l'Eglise et dans l'unité de son symbole... La conception catholique du dogtue et de la foi n'exclut ni le caractère personnel de la foi ni la vitalité du dogme L »
Tout paraissait être bien, si l'on interprétait au pied de la lettre les restrictions prudentes mêlées à ces hardies afTirmations, s'il s'agissait simplement d'une certaine variété dans la manière de se représenter intellectuellement le contenu des définitions dogmatiques, sans se départir du sens fondamental que l'Église attache à ses formules, et en restant véritablement docile à ses exigences et à sa direction. Mais la véritable pensée du critique, tout l'ensemble de sa théorie le montre, visait des différences essentielles, non de simples nuances, dans l'interprétation des définitions de la foi.
Aussi en venait-il à regretter que l'autorité ecclé-
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fiastique se montrât trop intransigeante dans sa manière d'imposer l'adhésion à son formulaire. A son avis, il faudrait au chrétien instruit une plus grande indépendance. L'individualisme protestant n'est aucunement désirable; mais plus de liberté sérail à souhaiter pour le savant catholique. En ce qui concerne le croyant instruit, les formules devraient être simplement directrices; il garderait les définitions, comme expression du travail de la pensée chrétienne dans les siècles passés, mais il pourrait les vider de leur sens communément reçu, et en mettre un autre plus conforme à son appréciation personnelle des faits primitifs. Ainsi l'unité de la croyance serait assurée par l'uniformité du symbole ; la personnalité et la vitalité de la foi seraient garanties par la liberté laissée dans son interprétation. C'est dans ce sens que le critique écrivait : « L'histoire du christianisme occidental, depuis le v® siècle, est faite des rapports qui ont existé entre deux facteurs : l'esprit de piété, qui tend à faire de la religion une affaire personnelle, et l'esprit de gouvernement qui tend à faire de la religion une chose officielle, réglée en tout par l'autorité souveraine du pontife romain. L'aboutissant extrême de la première tendance est l'individualisme religieux; celui de la seconde, l'absolutisme ecclésiastique. De leur équilibre résulte la vie du christianisme, qui s'évanouirait assez promptement le jour où l'une de ces deux tendances ne ferait plus contrepoids à l'autre^, » « Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si la tendance du catholicisme moderne n'a pas 4. L'Évangile et l'Eglise, p. 149.
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été trop tutélaire, si le mouvement de la pensée religieuse et même scientifique n'en a pas été quelque peu gêné^ » « On ne peut nier que sa tendance, en réaction contre le protestantisme, ait été à l'effacement de l'individu, à la mise en tutelle de l'homme, à un contrôle de toute son activité qui n'est point fait pour provoquer l'initiative^. » Mais, ajoutait M. Loisy, en parlant des définitions du Vatican sur l'infaillibilité pontificale, « si le mouvement centralisateur » qui a conduit à ces définitions « semble arrivé à son terme, la réflexion théologique n'a pas dit encore son dernier mot sur ce sujet. On peut croire que l'avenir fera, touchant la véritable nature et l'objet de l'autorité ecclésiastique, des observations qui ne manqueront pas de réagir sur le mode et les conditions de son exercice^. »
Somme toute, ce que notre apologiste réclamait, c'était la liberté de rester catholique, en communion de foi et de vie avec l'Eglise romaine, tout en ayant sur la façon de comprendre et d'apprécier les dogmes une opinion toute personnelle et très différente de celle imposée par l'autorité ecclésiastique. Pour sa part, il paraissait n'admettre, comme vérités objectives, ni la divinité proprement dite de Jésus- Christ, nile caractère rédempteur de sa mort, ni le