‹ Les théories de M. LoisyChapitre 27 sur 235 · LA VALEUR OBJECTIVE DES DOGMES · texte numérisé non relu

LA VALEUR OBJECTIVE DES DOGMES

dans le sens de l'histoire, sur la base stricte des faits, mais qu'il déborde la réalité et parfois se trouve en opposition avec elle.

C'est à cette conséquence, en effet, qu'entraînait logiquement la théorie de M. Loisy. S'il est vrai que le Christ de l'histoire s'est déclaré simplement le lieutenant de Dieu et n'a pas revendiqué la divinité proprement dite, si la formule dogmatique qui le présente comme le Verbe incarné, ou le Fils de Dieu fait homme, n'est que la traduction helléniquede ridée évangélique de Messie, cette formule, pour être appréciée selon sa valeur objective, doit être dépouillée de ce qu'elle doit à la spéculation grecque et ramenée au sens originel de la notion messianique : Jésus est en réalité l'Elu de Dieu pour l'établissement du royaume; il n'est pas, à proprement parler, Dieu. Pareillement, si l'on admet que le Sauveur n'a pas attaché d'intention rédemptrice à sa mort, si l'on rejette de l'histoire le fait de sa résurrection corporelle au troisième jour, nos dogmes de la rédemption et de la résurrection sont sans réalité historique correspondante. L'historien peut y voir encore l'expression d'une pensée chrétienne, il peut même y découvrir une certaine signification religieuse; mais, pour lui, cette signification est purement symbolique; elle ne repose pas sur la vérité objective des faits. Et il faudrait en dire autant des autres dogmes les plus essentiels. C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour apprécier dans tout leur sens les réflexions suivantes : « Pour quiconque a suivi le mouvement de la pensée chrétienne depuis les origines, écrivait ^I. Loisy, il

34 l'évangile et l'église

est évident que ni le dogme christologique, ni celui de la grâce, ni celui de l'Eglise, ne sont à prendre pour des sommets de doctrine au delà desquels ne s'ouvre et ne s'ouvrira jamais pour le croyant que la perspective aveuglante du mystère infini; qui demeureraient plus fermes que le roc, inaccessibles à tout changement même accidentel, et cependant intelligibles pour toutes les générations, également applicables, sans traduction ni explication nouvelles, à tous les états, à tous les progrès de la science, de la vie, de la société humaine... La raison ne cesse de poser des questions à la foi, et les formules traditionnelles sont soumises à un travail perpétuel d'interprétation où la lettre qui tue est efticacement contrôlée par l'esprit qui vivifie*. »

A prendre ces propositions à la lettre, il pouvait sembler que, dans la pensée du critique, il s'agissait simplement de « changement accidentel » introduit dans la façon de représenter les dogmes, de nouvelles « traduction et explication » appliquées aux définitions de foi pour les rendre plus intelligibles à l'esprit contemporain-, Mais les réticences

2. On le croirait encore en lisant ces réflexions de M. Loisy, p. 166 :« Il n'est pas indispensable à l'autorité de la croyance qu'elle soit rigoureusement immuable dans sa représentation intellectuelle et dans son expression verbale... La vérité seule est immuable, mais non son image dans notre esprit. La foi s'adresse à la vérité immuable, à travers la formule nécessairement inadéquate, susceptible d'amélioration, conséquemment de changement. )) — Mais, précisément, dans les cas que nous avons examinés, de la divinité de Jésus, du caractère rédempteur de sa mort, de sa résurrection corporelle, c'est la vérité immuable, la réalité même du fait, qui se trouve en question, et non son expression verbale. Cette vérité historique est supprimée dans la

Page 1