‹ Les théories de M. LoisyChapitre 63 sur 235 · INTERPRÉTATION NOUVELLE DES DOGMES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION NOUVELLE DES DOGMES

rite affirme son droit, théoriquement incontestable, mais il faudra que l'on trouve les moyens pratiques de l'exercer utilement, dans les conditions présentes de la société humaine et du développement humain '. »

« Le temps est venu où l'Eglipe, ayant fait tout le possible pour garantir son autorité, devra songer à garantir aussi efficacement le droit du simple chrétien, à se préoccuper de ce qu'elle lui doit, de ce qu'elle doit à l'humanité. Dix-neuf siècles de christianisme ont abouti à la proclamation solennelle de la primauté romaine et de Finfaillibilité pontificale. Est-il bien téméraire de juger que telle n'est pas la fin dernière de l'institution chrétienne, et que le Pape ne peut avoir été revêtu d'un si grand pouvoir que pour permettre à l'Eglise unifiée deréaliser avec plus de promptitude et de facilité toutes les réformes et tous les progrès exigés par le temps? Faut-il plus que le sens commun pour s'apercevoir qu'une puissance aussi formidable ne peut subsister qu'en servant d'organe aux aspirations du monde chrétien, en s'appuyant sur une multitude de croyants forts et sincères, en se départageant, pour ainsi dire, et se décentralisant pour l'action, en se faisant réellement toute à tous, au lieu de paraître vouloir tout absorber en elle '^P»

Ces dernières réflexions, comme d'autres déjà rencontrées dans L'Evangile et l'Église^, donnaient bien l'impression que M. Loisy attendait surtout de

1, Autour d'un petit lUre, p. 184,

3, Cf. ci-dessus, p. 36 et suiv.

78 AUTOUR d'un petit livre

l'autorité romaine qu'elle sanctionnât les résultats de sa critique évangélique et qu'elle réformât le dogme en conséquence, ou du moins permît une liberté plus grande dans la manière d'y adhérer.

En somme, d'un bout à l'autre, l'auteur d'Autour d'un petit livre maintenait ses positions antérieures. Il multipliait sans doute les déclarations capables de rassurer sur l'essentiel de sa foi; il prétendait ne répudier aucun dogme et admettre, comme le reste des croyants, le symbole catholique; telles et telles protestations sur la divinité de Jésus, sur la vie du Christ immortel dans l'Eglise, sur l'assistance accordée par son Esprit à tout le développement chrétien, pouvaient paraître un gage véritable d'orthodoxie. Mais le contexte détruisait cette impression favorable : on se rendait compte que le sens orthodoxe des expressions plus rassurantes était contredit par d'autres explications formellement opposées à la foi ; force était, pour ne pas déclarer les textes contradictoires, de reconnaître que l'auteur n'entendait pas ses formules correctes dans leur sens apparent. C'étaient de bonnes paroles données en satisfaction aux théologiens, une manière habile de voiler ce que les théories avaient de révolutionnaire à l'égard de la tradition; le lecteur attentif ne pouvait y voir autre chose qu'un trompe-l'œil. Au fond, M. Loisy soutenait exactement les mêmes idées hétérodoxes au sujet de la divinité de Jésus-Christ, de l'origine de lÉglise et des sacrements, de la valeur objective des dogmes. C'étaient les mêmes négations diri-

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