RÉPONSE A LA CONDAMNATION
•contraires à la foi, j'ai ditetjerépète quejecondamne moi-même, dans ces livres, ce qui, au point de vue de la foi, peut s'y trouver de répréhensible^ »
Cette formule continuait de porter l'équivoque sur la distinction du domaine de l'histoire et du domaine delà foi. Elle ne fut pas trouvée plus satisfaisante. Cédant aux conseils de ceux qui à tout prix voulaient lui épargner la censure, M. Loisy se décida à écrire directement au Pape. La lettre, datée du 28 février, fut portée le jour même à Rome par M. François Thureau-Dangin, ancien élève et ami de l'auteur. Elle était ainsi conçue :
«Très Saint-Père, je connais toute la bienveillance de Votre Sainteté, et c'est à son cœur que je m'adresse aujourd'hui. Je veux vivre et mourir dans la communion de l'Église catholique. Je ne veux pas contribuer à la ruine de la foi dans mon pays. Il n'est pas en mon pouvoir de détruire en moimême le résultat de mes travaux. Autant qu'il est en moi, je me soumets au jugement porté contre mes écrits par la Congrégation du Saint-Office. En témoignage de ma bonne volonté, et pour la pacification des esprits, je suis prêta abandonner l'enseignement que je professe à Paris, et je suspendrai de même les publications scientifiques que j'ai en préparation. Je suis, Très Saint-Père, avec le plus profond respect, etc.^ »
Dans sa réponse, communiquée à M. Loisy,
1. Lettre du 26 janvier 1904, au Cardinal Merry del Val. Op. cit., p. 28.
2. Lettre du 28 février 1904, à Sa Sainteté le Pape Pie X. Op. cit., p. 3'i,
86 DE LA CONDAMNATION A l'eNCYCLIQUE
le 12 mars, par le Cardinal Richard, Pie X commençait par dire que cette lettre, adressée à son cœur, ne partait pas du cœur; il prenait acte de la déclaration concernant le cours des Hautes-Etudes, mais ajoutait que ce qu'il y avait de bon dans la lettre était annulé par ses sous-entendus et ses restrictions. Le Saint-Père insistait de nouveau pour la rétractation absolue.
Le jour même, M. Loisy adressait au Cardinal Richard les lignes suivantes : « Monseigneur, je déclare à Votre Éminence que, par esprit d'obéissance envers le Saint-Siège, je condamne les erreurs que le Saint-Office a condamnées dans mes écrits ^ » Cette déclaration fut envoyée à Rome. Le Cardinal Richard le fit savoir à M. Loisy, le 12 mars, en l'engageant à écrire une nouvelle lettre au Souverain Pontife, dans le sens d'une « soumission pleine et filiale ».
M. Loisy se contenta, quinze jours après, de renoncer, comme il l'avait promis, à son cours des Hautes-Études et en informa M. Albert Réville : « Pour assurer lapaixde mon existence, lui disait-il, et contribuer, autant qu'il est en moi, à la pacification des esprits dans l'Eglise catholique, j'ai résolu d'abandonner mon enseignement. Je ne continuerai pas mon cours après Pâques-. »
En même temps, l'auteur des petits livres songeait à s'éloigner de Paris, en quittant Bellevue. A Garnay, près Dreux, M. François Thureau-Dangin
1. Lultre du 12 mars 1904, à S. É. le Gard. Richard. Op. cit., p. 36.
2. Lettre du 27 mars 1904, à M. Albert Réville. Op. cit., p. 38