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DE LA CONDAMNATION A L ENCYCLIQUE

Les Chroniques bibliques parurent, à divers intervalles, dans la Revue, jusqu'au moment où celleci dut disparaître, à la fin de 1907. Le critique s'y appliquait particulièrement à mettre en relief les théories des savants allemands qui cadraient le mieux avec son système. Le compte rendu de la brochure de M. Andersen sur la dernière Cène^ présageait la façon dont le commentateur des Synoptiques restituerait en ce point le récit primitif de la tradition^. La recension détaillée du livre de M. Meyer sur la résurrection du Christ^ faisait augurer en quel sens notre critique interpréterait les récits de la résurrection, ceux de la sépulture, et la formation de la croyance des apôtres au Christ ressuscité^. Enfin, la faveur témoignée au

1. A. Andersen, Das Abendmahl In den zivei ersten Jahrhunderten nach Christus, Giessen, Ricker, 190i, in-8, iv-95 pages, reproduction d'articles publiés dans la Zeitschrijt fiir die neutestamentUche Wissenschaft, 1902.

2. Rei/ue d'hist. et de littérat. relig., 1904, p. 579: « La restitution conjecturale du récit primitif de la tradition synoptique mérite au moins d'attirer l'attention des critiques... Repas d'adieu avec perspective de réunion prochaine dans le royaume céleste; pas d'allusion à l'efficacité salutaire de la mort du Christ relativement aux croyants. » Comp. Simples réflexions^ cité ci-après, p. 157; Les Évangiles synoptiques, t. I, p. 100, 219; t. II, p. 540; ci-après, chap. v et vi, à propos de la mort du Sauveur.

3. A. Meyer, Die Auferstehung Christi, Tiibingen, Mohr, 1905, in-S", viii-368 pages.

4. Bévue d'hist. et de littérat. relig., 1906, pp. 84-87 : « L'auteur discute etcompareles textes, et les conclusions de cet examen sont les suivantes : les seules apparitions importantes et suffisamment garanties sont celles que Paul a énumérées ; la découverte du tombeau vide est un expédient apologétique; les premières apparitions eurent lieu en Galilée ; la première fut pour Pierre et peut-être eut-elle lieu au bord du lac de Tibériade... 11 est presque impossible que les apparitions aient commencé le troisième

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travail de M. Schweitzer^, l'approbation donnée à ses éloges de Reiraarus, de J. Weiss, de Strauss, annonçaient bien quelle prépondérance serait accordée, dans le futur commentaire, à l'idée du royaume prêché par Jésus, à la notion purement eschatologique de ce royaume, au travail de Tidéalisation légendaire opéré sur les souvenirs chrétiens avant les Evangiles'

jour... La date du troisième jour a été déduite des Écritures ou des opinions populaires sur le rapport de l'y me avec le corps des défunts.' » « Ces conclusions sont fondées sur une analyse très pénétrante et très minutieuse des documents. »Mais « il paraît... assez peu logique de nier le tombeau vide en admettant la sépulture par Joseph d'Arimathie. Le récit de la sépulture est coordonné dans tous ses détails à celui de la découverte du tombeau vide, qu'il prépare et qu'il est destiné à expliquer. Le second n'est pas mieux garanti que le premier... ))(Gf. le compte pendu du Manuel de M. Guignebert, dans la Ret'ue critique, 8 mai 1907). M. Meyer insiste sur la o commotion qu'éprouvèrent les apôtres après l'arrestation de leur maître, sur leur fuite éperdue jusqu'en Galilée, etsurle déchirement intérieur résultant du coup terrible porté à leur espérance... 11 est certain que l'espoir de» disciples avait été surexcité au plus haut point et qu il n'avait pas fléchi, sauf chez Judas, jusqu'à Iheure de la catastrophe, en sorte que la déconvenue subite, chez ces natures simples, n'excita point le doute sur la foi antérieure, mais un abattement de surprise, après lequel, les apôtres étant hors de péril par leur retour en Galilée, cette foi réclama son objet et le retrouva ». « Cette foi étant acquise, dit M. Meyer, les apôtres ne pouvaient tenir secrète la victoire de leur maître, et le mouvement de prosélytisme se traduit dans les discours du Ressuscité. Ainsi tout s'explique, selon notre auteur, au point de vue de l'histoire, par la foi antérieure des disciples et par le caractère de cette foi, par l'impression unique reçue de Jésus vivant. » Comp. Les Evangiles synoptiques, t. F, p. 222 sq. ; t. Il, p. 739 sq.; ci-après, chap. v et VI, à propos de la résurrection.

1. A. ScHWEiTZER, Von Reimaruszu Wrede, cine Geschichte der Leben-Jesu Forschung; Tubingen,Mohr, 1906, in-8<',xii-418 pages.

2. Revue d'hisl. et de Ultérat. relig., 1907, p. 158-lGO. H M. Schweitzer montre fort bien ce qu'il y avait de remarqua-

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D'autres comptes rendus, qui paraissaient sous la signature de M. Loisy, dans la Revue critique et dams la Reflue d'histoire, étaient animés du même espri^t.

Parallèlement à la collaboration donnée à ces diverses revues, M. Loisy écrivait les lettres qu'il vient de publier en volume ', en avril 1908.

Les unes paraissaient confidentielles : c'était sa correspondance avec l'autorité ecclésiastique au sujet de sa situation, des lettres amicales à INL von Hiigel, des réponses à des particuliers qui l'interrogeaient sur son attitude, ouïe consultaient sur les questions religieuses les plus intimes. M. Loisy conservait ces lettres avec soin et se réservait de les publier quand il le jugerait à propos.

blement entrevu dans l'œuvre de Reiinarus, et aussi tout ce que la critique contemporaine doit à Strauss, un peu oublié pendant qu'une bonne partie de ses conclusions se vulgarise... Il loue beaucoup M. J. Weiss d'avoir fuit valoir la nature essentiellement eschatologiquc de l'Evangile. Là serait le vrai point de vue de l'histoire. » Mais « que Jésus, ne voyant pas venir les tribulations annoncées par lui dans le discoux's de mission apostolique (Matth., x) ait compris que lui seul devait mourir pour assurer promptement le royaume céleste aux prédestinés, c'est une idée tout artificielle et sans fondement réel dans les textes. Le soir de son arrestation, le Christ gardait encore quelque espérance d'échapper à la mort, ot ce n'était pas précisément pour mourir qu'il était venu à Jérusalem. La perspective de la mort était une éventualité; le prochain avènement du royaume, une assurance de foi. » « Ne faut-il pas trop de bonne volonté pour interpréter le discours de mission qu'on trouve in extenso dans Matth., x, comme une allocution réellement tenue par Jésus, non comme la paraphrase de quelques sentences authentiques, en vue des conditions de l'apostolat au temps de la première génération chrétienne. » Comp. Les Évang. syn., t. I, p. 190, 192, 213 sq. ; ciaprès, ch. V, à propos du royaume et de la messiaiiité ; eh. vi, à propos de la mort.

1. A. LoiSY, Quelques lettres sur des questions actuelles et des évinementi récents, GefFonds, chez 1 autour, 1903, in-12, 295 pages.

Les autres, composées surtout à partir de la fin de 1906, étaient de véritables manifestes doctrinaux, où l'auteur exposait aussi complètement et aussi nettement que possible le fond réel de sa pensée sur tous les points de la question religieuse. Plus que les précédentes, ces lettres ont été écrites en vue d'être communiquées au public ultérieurement. L'auteur le déclarait assez clairement à l'un de ses correspondants obligés, M. Roussel S et il y fait également allusion dans une lettre récente, adressée à M. von Hiigel'-.

La situation ecclésiastique de M. Loisy à la fin de 1906

La série de lettres qui se rapporte au changement qui survint dans la situation ecclésiastique de M. Loisy, à la fin de 1906, mérite d'attirer en premier lieu l'attention.

Le 17 octobre 1899, en quittant le pensionnat de Neuilly pour se rendre à Bellevue, INl. Loisy avait, pour cause de maladie, obtenu l'autorisation de célébrer la messe dans sa chambre. Lorsqu'il fut s'installer à Garnay, en juillet 1904, il eut soin de demander à l'autorité diocésaine de Chartres de contresigner son induit, ce qui fut accordé sans difficulté. Mais le privilège, accordé pour sept ans, allait expirer le 18 octobre 1906.

1. Lettre du 14 juin 1907, à M. Auguste Roussel, rédacteur à V Univers. Op. cit., p. 134 : (( Dans la situation où je me trouve, ce petit travail n'avait rien d'un caprice, et, comme j'y ai appris quelque cliose, j'espère qu'il servira un jour à l'édification du public. »

2. Lettre du 19 septembre 1907, à M. von HUgel. Op. cit., p. 232: « Je vais faire imprimer mes réflexions sur le décret Lamentabili, et le petit volume de lettres dont je vous ai parlé, a

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Le 23 septembre, M. Loisy écrivit à Mgr Bouquet, évêque de Chartres, pour le prier de lui obtenir le renouvellement de la faveur, jadis obtenue. A l'appui de cette demande, il fallait un celehret. M. Loisy n'avait que celui que lui avait donné M. Odelin, vicaire général de Paris, quand il se disposait à transporter sa résidence à Bellevue, au diocèse de Versailles. 11 dut en réclamer un autre à son diocèse d'origine.

A Châlons, on se contenta d'attester que M. Loisy avait quitté le diocèse en 1881, avec l'agrément de son évêque, alors Mgr Meignan, « et conséquemment qu'à cette époque l'autorité diocésaine le jugeait digne de célébrer la Sainte Messe ». Sur réclamation d'un témoignage plus actuel, le vicaire général de Chàlons répondit que l'on ne pouvait délivrer au requérant une attestation canonique, attendu qu'il avait quitté le diocèse depuis vingtcinq ans, et n'avait entretenu aucun rapport disciplinaire avec l'administration épiscopale, que néanmoins l'on était disposé à lui accorder le celehret demandé, si le Cardinal archevêque de Paris, qui l'avait eu plus longtemps et plus récemment sous sa juridiction, voulait bien le lui fournir d'abord. M. Loisy écrivit, le jour même, à Paris. Son Eminence lui fît savoir qu'elle ne pouvait donner une réponse immédiate, mais la ferait connaître prochainement.

Il faut convenir que le cas était embarrassant. Le solliciteur témoignait d'un sincère désir de continuer à faire office de prêtre, il mettait un soin irréprochable à se mettre en règle avec la discipline ecclé-

siastique concernant la célébration de la messe en local privé; mais, d'autre part, l'on avait les plus sérieuses raisons de croire que ce prêtre n'avait foi ni en la réalité de son sacerdoce, ni en la réalité du sacrifice delà messe, ni en la réalité de la présence du Christ dans l'Eucharistie. Pouvait-on en conscience se prêter à ses désirs ? Avait-on le droit de l'autoriser positivement à célébrer?

Il est probable que l'administration diocésaine de Paris consulta Rome à ce sujet, et que la réponse fut défavorable. En tout cas, aucun induit ni aucun celebret ne fut envoyé à M. Loisy. Tout en se plaignant qu'on n'eût pas cru bon de lui notifier ce refus définitif et de lui en déclarer les motifs, il avouait lui-même plus tard qu'un tel refus était en soi très raisonnable. « Je comprends... fort bien, disait-il, qu'on ne m'ait accordé ni celebret ni induit*. »

C'est seulement le 2 novembre 1906 que M. Loisy cessa de dire la messe, et il a continué de s'en abstenir depuis lors. Cette date ouvre comme une ère nouvelle dans sa vie. Le refus d'autorisation de célébrer équivalait pour lui à une sorte de suspense. Désormais l'Eglise paraissait ne plus le reconnaître comme prêtre. Comment répondrait-il à cette atti-

1. Lettre du 30 juillet 1907, à Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris. Op. cit., p. 217. Cela n'empêche que la mesure semble lui avoir été fort à cœur et qu'il est revenu fréquemment et en termes très amers sur ce sujet. Cf. Lettre du 28juin 1907, à M. Bricout, ci-après, p. 96; Interview avec M. Paul Brun, dans L'Opinion, 15 février 1908, p. 15; Interview avec M. Gustave Téry, dans le Matin, 13 février 1908 : « Depuis plus d'un an, malgré mes réclamations, il m'est impossible de régulaliser ma situation religieuse. Je ris ici comme ua laïque... »

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tilde ? Continuerait-il de rester dans cette Eglise? Se déciderait^il à la quitter?

Le premier mouvement de M. Loisy semble avoir été de prendre la mesure ecclésiastique comme un véritable congé qui lui était signifié, une sorte d'excommunication pratique, qui l'invitait à ne pas s'attacher plus longtempsàune Eglisequi le repoussait. Deux mois après les événements en question, le 28 décembre 1906, il écrivait : « Je ne m'illusionne pas sur » ce que ma position « a de précaire et d'incertain ». « Je suis exposé, un jour ou l'autre, à des exigencesque je ne pourrai satisfaire, ou bien à une mesure disciplinaire telle qu'un refus de celehret^ qui me mettrait efFectivement hors du clergé et de l'Eglise ^ »

Néanmoins, dans la même lettre, il déclarait qu'il ne songeait point à quitter l'Eglise, mais voulait continuer dans son sein son œuvre de rénovation doctrinale.

Son correspondant était censé lui poser cette question : « Un homme, qui admet, dans l'ensemble, et abstraction faite de tels ou tels points particuliers d'exégèse et d'histoire, la notion du christianisme qui est exposée ou implicitement contenue dans h' Evangile et l'Eglise et Autour d'un petit livre, s'il se trouve, en fait, dans l'Eglise romaine, a-t-il le droit d'y rester, de se considérer comme appartenant réellement à cette Eglise; et, s'il se trouve dehors, est-il en droit et en obligation d'y entrer? »

M. Loisy répondait : « Je pense avoir parlé assez

1. Lettre du 28 décembre 1906, à M. X., prêtre sécularisé. Op. cit., p. 64.

nettement dans mes livres, que je n'ai point rétractés, et dans les nombreux articles que j'ai publiés depuis trois ans, pour qu'on sache où j'en suis, et pour ne pas me croire obligé de quitter spontan( ment l'Église catholique; je méjuge, au contraire, tenu d'y demeurer, afin de travailler plus utilement, dans la faible mesure de mon pouvoir, à une transformation qui n'est pas moins nécessaire au bien de mon pays, à Tintérêt général du progrès humain, qu'à l'avenir même de l'Eglise catholique. Il suffît qu'on mesupportepourque je puisse, en conscience, me tenir dansl'Eglise, et que je ne prenne pas l'initiative d'une sécession qui ne me conduirait nulle part, puisque je ne perçois pas la possibilité de rien fonder en dehors du catholicisme, et que je ne reconnais à aucune autre des communions chrétiennesles titres qui s'imposeraient à mon adhésion ^ »

L'auteur déclarait d'ailleurs qu'au prêtre, ayant les mômes idées, mais qui seraitdéjà sorti de l'Église, ilne conseillerait pasd'y rentrer. «Au lieu, disait-il, de dépenser son courage à souffrir parmi nous, ne pourrait-il pas l'employer à travailler à côté de nous^ ? »

Il écrivait, dans le même sens, peu de jours après : « L'avenir est impénétrable. Si l'intransigeance l'emporte, et qu'on nous chasse, nous le verrons bien. En attendant, et tant qu'on ne nous oblige pas sur l'heure à des actes ou à des déclarations directement contraires à nos convictions intimes, je pense que nous ne devons pas sortir. L'exode de

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