‹ Les théories de M. LoisyChapitre 91 sur 235 · Lettre du 8 juin 1907, à M. Roussel. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Lettre du 8 juin 1907, à M. Roussel. Op. cit., p

134 DE LÀ CONDAMNATION A l'eXCYCLIQUE

ment dernier est un mythe dont l'efficacité morale tend à baisser, bien qu'il soit magnifique de conception et d'ordonnance, il est un autre jugement, un jugement premier, auquel je me sens sujet à chaque instant de mes jours. Ce jugement, dont relève toute ma conduite, est celui de ma conscience, que je sens conforme à toutes les consciences qui, dans le monde, cherchent sincèrement le vrai et le bien. Je sens aussi que ce jugement s'inscrit au fur et à mesure sur le grand livre de l'éternité; que je collabore incessamment à la sentence que porte sur moi le Souverain Juste; que l'au-delà ne peut me réserver de fâcheuse surprise, comme si l'arbitraire y devait remplacer la justice. Ainsi je me tiens perpétuellement devant le tribunal du Christ, j'y suis présent et la perspective de damnation éternelle que vous avez l'amabilité d'ouvrir devant mes yeux n'a pas de quoi m'efTrayer'. »

Mettons la sincérité du critique hors de cause; il n'en est pas moins vrai qu'à constater ce qu'est devenue sa foi, à quelle forme ténue et vague elle se trouve réduite, on s'explique mal qu'il ait osé entreprendre de réformer sur elle l'enseignement de l'Eglise et qu'il se soit plaint si amèrement de voir ses propositions rejetées.

A rapparition du Décret et de rEncyclique

M. Loisy gardait son attitude de fidélité et d'opposition à l'Église romaine, niant ses croyances fondamentales, et persistant à porter l'habit ecclé-

1. Lettre du 15 juin 1907, à Dom Chamard. Op. cit., p. l'il. 142,

A l'apparitiox de l'encyclique 135

siastique, se sentant pratiquement séparé, et attendant d'être officiellement excommunié, lorsque parurent le Décret Lamentabili, condamnant 65 propositions hétérodoxes, la plupart tirées de ses livres, et l'Encyclique Pascendi, dirigée contre le modernisme, dont il avait été un des patrons principaux.

Le Décret du Saint-Office était publié le 17 juillet 1907. Dès le 27, M. Loisy écrivait à Mgr Baudrillart une longue épître où il critiquait en termes virulents l'acte de la S. Congrégation.

Le 8 septembre, paraissait l'Encyclique. Dès le 19, M. Loisy communiquait ses sentiments à M. von HûgeL « Pour ma part, lui disait-il, je considère c^tle solennelle diffamation comme une censure définitive, et je prends mes mesures en conséquence. Je vais faire imprimer mes réflexions sur le décret Lamentabili, et le petit volume de lettres dont je vous ai parlé *. » Dix jours après, il s'adressait au Cardinal Merry del Val pour protester contre le document pontifical, comme il l'avait fait contre le décret.

Cependant, un Motu proprio du 18 novembre prononçait que quiconque serait assez audacieux pour contredire au Décret et à l'Encyclique encourrait par le fait la peine de l'excommunication réservée. L'auteur n'en continuait pas moins la préparation de ses deux petits livres et activait l'impression de son Commentaire.

Quelques semaines s'écoulèrent ainsi. Le 12 janvier 1908, M. Loisy recevait un billet de Mgr Ilerscher, évêque de Langres, qui l'invitait à venir le

1. Lettre du 19 septembre i^O", àM.TonHUgel. Op. cit , p. 232.

136 DE LA CONDAMNATION A l'eNCYCLIQUE

voir, parce qu'il avait à l'entretenir d'une très grave affaire. iM. Lbisy pria Sa Grandeur de vouloir bien lui adresser sa communication par lettre. Le 18 janvier, Mgr Herscher l'informait qu'il était chargé par S. E. le Cardinal Merry del Val de lui demander un acte de soumission pleine et entière aux condamnations portées par S. S. Pie X contre le modernisme.

Impossible, répondit M. Loisy, dès le lendemain. % La soumission pleine et entière dont parle Mgr Merry del Val ne pourrait être de ma part qu'un mensonge... J'ai l'intention de faire paraître prochainement un commentaire des trois premiers Evangiles, dont les conclusions principales sont conformes à celles que j'ai exprimées dans mes précédents écrits. Je considère également comme un droit de m'expliquer, en temps opportun, sur le rapport de mes opinions avec celles qui ont été censurées par le Saint-Père^. »

Et, en eff'et, au début de février, apparaissaient ensemble les Simples réflexions sur le Décret et l'Encyclique, et les Evangiles synoptiques.

\. Lettre du 19 janvier 1908, à Mgr Herscher Op. cit., p. 250.

Page 1