LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE DU XVII* SIÈCLE
Bientôt le public lettré devait lire, au début de Y Essai sur l'entendement humain^ cette longue réfutation des idées innées, où Locke n épargne à la tbéorie cartésienne aucune objection, aucune chicane. Plusieurs causes deraient amener chez nous le triomphe de la doctrine de Locke. Aux irérites qui la distinguent s ajoutaient leugouement pour tout ce qui venait de Tautre côté du détroit, la réaction contre le règne de Louis XIV, lalliance momentanée du sensualisme et des idées de réforme et de liberté, le discrédit de la physique de Descartes remplacée par celle de Newton, la protection officielle accordée au cartésianisme longtemps persécuté. Sous ces influences diverses, tout allait bientôt changer, ou, du moins, se modifier profondément dans la philosophie française.
Au premier coup d'œil, la décadence ^est visible, au moins dans la philosophie pure. Ce n*est plus ce dogmatisme aussi ferme qu'élevé des disciples de Descartes ; ce n'est plus ce vol hardi de la pensée métaphysique. La philosophie est descendue du ciel sur la terre, et elle tend à se confondre avec les sciences physiques et naturelles. Ne juger que sur le rapport des sens, n apercevoir de réalité que dans ce qui est visible à Tœil et tangible à la main, voilà ce -que personne alors ne trouve bas et grossier. Aussi fait-on table rase de tout ce qui a un air de spéculation pure. On ne comprend plus les monuments immortels de Tâge précédent ; à peine en garde-t-on un faible souvenir.
Les nouvelles voies où la philosophie s'engage Téloignent, à notre avis, des grandes vues et des idées fécondes. c!ependant il est facile de ressaisir, au sein même de cette décadence, la trace du progrès. Par cela même que