ET CELLE OU XVII I
l'esprit change de direction et de point de vue^ la science explore des régions inconnues et (ait de nouvelles conquêtes.
t Pour comprendre le genre de progrès que le xviii* siècle a amené dans la philosophie française, il faudrait se rappeler tout ce que Tépoque précédente avait laissé de théories défectueuses, de questions mal posées, de solutions incomplètes. Bornons-nous à ce qui devait choquer le plus vivement des esprits tels que Voltaire ou Gondillac, appeler leurs critiques et provoquer leurs recherches.
Dans Descartes, lautomatisme des bêtes était fait pour révolter tous ceux qui avaient peu de goût pour les systèfnes abstraits. La doctrine qui réduisait Tàme à la pensée pure devait paraître plus orgueilleuse que vraie. Sur la question de lorigine de nos connaissances, on n'était pas près d'en finir avec cette malheureuse expression d'idées innéeSy qui avait déjà suscité tant d'adversaires au cartésianisme.
Malebranche, en soutenant que les sens ne nous apprennent rien, devait avoir naturellement tout le monde contre lui. Les attaques ne pouvaient manquer à son système artificiel et peu scientifique des facultés de l'âme. Et ces deux théories de la vision en Dieu, les exagérations qu'elles renferment, les preuves si faibles sur lesquelles elles reposent, et cette étendue intelligible qu'Ârnauld avait trouvée inintelligible : tout cela devait s'évanouir au souffle de la criti(|iie du xvm* siècle.
Dans toute l'écjle cartésienne, la psychologie était, ce semble, bien inférieure à la théodicée. Le plus bel ouvrage psychologique de cette école me parait être le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même de Bossuel ; et cependant, ou y trouve une langue philosophique bien im-
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parfaite, et des classifications qui ne sont guère Timage de la réalité.
Tels étaient les côtés faibles de la philosophie du XVII* siècle. En la corrigeant sur quelques points, Tâge suivant devait rendre d^importants services à resprit humain.
Au xvni' siècle^ lobjet sur lequel se portent de préférence les études philosophiques, c*est Thomme. Grâce à Tinfluence de Locke, il se fait alors, sur les opérations de Tentendement, sur les divers degrés de la connaissance, sur rinfluence du langage, un travail de détail dont on n avait pas Tidée auparavant. La science obéit à ce besoin de certitude qui la ramène toujours forcément sur le terrain de l'observation psychologique. A la vérité, on confond souvent les points de vue et les méthodes, et quand on ne fait pas du matérialisme, on s attache de préférence aux fonctions inférieures de Fàme. Mais ce sont là néanmoins des recherches utiles. Ce retour au nosce teipsum est toujours un progrès, et si, au milieu de ces observations et de ces analyses, les théories élevées font défaut, les aspirations généreuses ne manquent jamais.
D'un autre côté, TindifFérence pour les spéculations métaphysiques, et, en même temps, Tesprit du siècle, rendent la philosophie plus indépendante par rapport à la théologie. Descartes avait complètement secoué le joug de l'antiquité. Mais on se rappelle combien les objections des théologiens lui causaient d'inquiétude ; on se rappelle les longues discussions d'Arnauld et de Malebranche, de Huet et de Bossuèt. Au xviu® siècle, de telles controverses ne sont plus possibles. La théologie ne sème plus autant d'épines sous les pas de la philosophie. Cette dernière se meut plus librement dans sa sphère^ et si elle est exposée