CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
La logique de Gondillac dans ses rapports avec la
Grammaire.
Sommaire, -r Élégance de l'exposition dans la Grammaire de Gondillac. ~^ La philosophie grammaticale ramenée surtoutà des considérations sur l'origine du langage. — Du critérium grammatical. — De la méthode grammaticale. — Des parties du discours. — De la syntaxe.
Nous ne serons pas obligé de parcourir plusieurs ouvrages de Gondillac pour résoudre la question qui fait l'objet de ce chapitre. Il nous suffira de faire quelques observations sur la Grammaire, de Une première chose à remarquer, c est qu'il est peu d'ouvrages du même eenre dont la lecture soit aussi
aire .
i«c. agréable. Quand on se décide à étudier une grammaire, c'est pour l'utilité qu'on doit en retirer plutôt que pour l'agrément qu'on y trouve. Mais en parcourant celle de Gondillac, on est étonné et charmé en même temps d'y rencontrer une telle élégance de méthode, un style à la fois si net et si animé. Gondillac a une manière de dire qui n'est jamais sèche ou technique, chez lui l'écrivain n'abdique' jamais; il trouve le moyen d'être spirituel sans nulle recherche, en parlant des genres dans les noms et les adjectifs, ou bien des pronoms tu et i^ous; il sait grouper avec art des observations sur les temps des verbes ou sur l'accord des adjectifs. et des substantifs. On trouve partout dans sa Grammaire des résumés élégants et précis, des
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gradations, des analogies, des contrastes, enfin tous ces rapports dont parle Buffon, toutes ces beautés intellectuelles qui font le principal mérite des ouvrages bien écrits. Ajoutons à ces qualités de l'exposition l'intérêt que la pensée philosophique répand sur des détails grammaticaux, et on aura une idée de l'attrait que peut offrir la lecture de cet ouvrage. Pour ne citer qu'un exemple, qu'on lise le chapitre premier sur le langage d'action. Comme cette description est bien faite! Comme elle est à la fois élégante et simple ! On sait combien la réunion de ces deux ([ualités est rare. Quand on ne veut pas s'écarter de la simplicité du langage philosophique, on est souvent négligé dans les détails, on entasse pêle-mêle les observations particuUères et les exemples; ou bien, si l'on cherche l'élégance, on sort du ton qui convient au sujet. Çlondillac évite également ces deux défauts ; il est simple ai^ec art.
Mais, après avoir reconnu,' dans la Grammaire à^ Condillac, ce grand mérite de la forme, nous devons nous efforcer d'aller au fond des choses.
Çondillac a une tendance constante à ramener toute la philosophie grammaticale à des recherches sur lorigine ns°sur du langage. Toute la première partie de la Grammaire^ où se trouvent surtout les considérations philosophiques, roule exclusivement sur les coninienceinents des langues
et sur leurs progrès ; et, dans la seconde, oii il est question de la législation du langage, il y a peu d'aperçus généraux. C'est bien là le point de vue de l'empirisme, qui efface la question de droit devant celle de fait. El cependant, en matière de grammaire raisonnée, ce qui importe surtout, c'est de déterminer les lois générales du langage d'après celles de la pensée^. Si les grammaires particulières sont, à beaucoup d'égards, des sciences de
faits, ia grammaire générale est surtout déductive et logique.
Peut-être demandera- t-on comment notre auteur s'y prend pour remonter aux origines des langues. Il nous l'apprend lui-même: <x Pour juger, Monseigneur, des analyses qui se sont faites à la naissance des langues, il faudrait s'assurer de l'ordre dans lequel les choses ont été nommées. On ne peut former à cet égard que des conjectures ; encore seraient-elles d'autant plus incertaines, qu'on entrerait dans de plus grands détails. Comme l'organisation, quoique la même pour le fond, est susceptible, suivant les climats, de bien des variétés, et que les besoins varient également, il n'est pas douteux que les hommes, jetés par la nature dans des circonstance? différentes, ne se soient engagés dans des routes qui s'écartent les unes des autres. Cependant ces routes " partent d'un même point, c est-à-dire de ce qu'il y a de commun dans l'organisation et dans les besoins. Il s'agit donc d'observer les hommes dans les premiers pas qu'ils ont faits. Bornons-nous à découvrir comment ils ont commencé, et nos conjectures en auront plus de vraisemblance (1). »
On voit reparaître ici la doctrine de Condillac sur l'origiae du langage, doctrine où le rôle de l'esprit est complètement effacé, et qui explique le langage articulé par le langage d'action, et le langage d'action lui-même par la conformation de nos organes, par les circonstances extétérieures et par nos besoins. On y retrouve aussi la méthode divinatoire du Traité des sensations. Seulement l'auteur a la sagesse de se lK)rner à découvrir comment les hommes ont commencé. Nous ne reviendrons pas sur ce mode étrange ai observation que nous avons eu déjà
(i) Grammaire^ p. 77. •
Toccasion d*apprécier. Mais quels ea sont les résultats quand on lapplique aux langues? D après les conjectures (le Condillac, les accents ont dû être les premiers noms (1); les hommes n ont pu manquer de nommer de bonne heure les organes de leurs sens ; comme le langage d'action luimême a fait remarquer successivement les objets, il a été possible de leur donner des noms (2); on a désigné cl abord par des gestes, ensuite par des mots, les personnes, les qualités physiques, les rapports de lieux, de lemps (3), etc., etc. Ces conjectures, on le voit, sont plus ou moins intéressantes, plus ou moins probables, il eu est (|ue Ton peut accepter sans inconvénient; il en est qui paraissent plus contestables, par exemple celle qui attribue à une abstraction les noms des opérations de Tentendement (4). Quoi qu'il en soit, au milieu de toutes ces recherciies, nous n approchons pas, ce semble, du but que nous poursuivons, qui est de trouver une méthode grammaticale, un moyen de mettre de Tordre dans remploi des signes, critérium Condilkc a-t-il un critérium grammatical ? Deux choses semblent jouer ce rôle dans son système : la nature et lanalogie. « L'homme, dit-il, lorsqu'il crée les arts, ne fait ({u'avancer dans la route que la nature lui a ouverte (5). » crest la nature qui enseigne aux hommes le premier langage qui est le langage d'action, et le langage articulé ne sera qu'une suite du premier; l'analogie elle-même consistera uniquement à suivre les indications données par la nature.
Si le mot nature désignait dans Condillac ce que nous entendons par la nature de choses, ce serait là un aperçu
(I) Grammaire, p. 78. - (2) Ibîd., p. 82. — (3) Ibid., 83 et suiv,^ (4) Ibid., p. 87. — (5) Ibid., p. 19. ^
LA LOGIOUE DANS SES RAPPORTS AVEC LA GRAlfllAlRE. 319
bien vague et bien général, maïs qui ressemblerait du moins à un critérium de certitude. Mais on sait que, par le mot nature, Condiliac n entend que nos besoins, nos organes et les circonstances, et qu'il répète à plusieurs reprises que le langage n'exprime pas la nature des choses. Dès lors, on ne voit pas jusqu'à présent sur quelle base logique peut reposer la science des lois du langage.
Mais écoutons noire auteur sur l'analogie. Il en parle dans la Grammaire (1), il y revient dans la Langue des calculs. 11 s'étend sur ce sujet dans les considérations scientifiques qui remplissent le dernier livre de son Histoire moderne. Dans cet ouvrage, il s'élève contre le principe que y usage est le seul maître des langues; aux grammairiens qui soutiennent que ce qui n'a pas été dit ne peut être dit, il objecte qu'une langue ne peut se perfectionner qu'autant que l'usage change lui-même (2). « L'analogie, poursuit il, est Tunique règle. Quand on la connaît, on peut se permettre tous les tours qui ne s'en écartent pas. C'est ce qu'ont fait les grands écrivains qui ont enrichi notre langue. Peut-être même l'auraient-ils enrichie davantage^ si la pédanterie des grammairiens ne les avait pas quelquefois rendus timides. Racine est un de ceux à (jui elle a le plus d'obligation (3). »
Nous aimons assez, dans Condiliac, cette indépendance d esprit qui lui fait repousser le joug étroit que quelques grammairiens imposent quelquefois aux écrivains au nom de Tusage. Il est raisonnable et vraiment philosophique de placer au-dessus de l'usage. Tordre et Tanalogie.' Mais il faudrait s'entendre sur ce terme Ôl analogie. Nous pensons que Tanalogie qui est la loi du langage consiste à traduire
(i) Grammaire^ p. 12, 20, etc. — (2) Œuvres complètes, t. XX, p. 481, 48a. — (3) Ibid., p. 482.
par les mêmes modifications dans i expression toutes les modifications semblables de la pensée. 11 n'y a d analogie dans .les mots que parce qu'il y en a entre les idées; et il n'y a d'analogie dans les idées que parce qu'il y a des rappoi-ts déterminés entre les vérités et les choses. Or c'est ce que notre auteur ne v6ut pas comprendre. Quand il soutient que les mots n'expriment que nos manières de sentir^ et que nos manières de sentir n'ont aucun rapport avec la nature des choses, il ne s'aperçoit pas qu'il enlève toute base à la science grammaticale, et qu'à la règle de l'usage qa'il dédaignait tout à l'heure, il substitue quelque chose de pire encore, le caprice et l'arbitraire.
Mais, à défaut de critérium, trouverons-nous dans Codléthode dillac Une métliode grammaticale? Une première chose
nmaticale. ^ ® ^ ^ *^ ^ ^
nous frappe en lisant les Condillaciens, c'est qu'ils font la logique au moyen de la grammaire plutôt que la grammaire au moyen de la logique (1). Cela n'a rien d'étonnant, |)uisque, dans leur système, c'est la langue qui est la méthode, c'est la langue qui est la science. Il y a, dans la Grammaire^ une série de chapitres où il n'est question que (le la manière dont les langues analysent la pensée. Elles Tanalysent dans leurs commencements; elles l'analysent (juand elles se développent et se perfiectionnent, et cette analyse se fait avec plus ou moins de précision, suivant que les langues sont plus ou moins parfaites. Sans doute Condillac reconnaît de loin en loin que, si le langage analyse la^ pensée, l'analyse de la pensée nous aide à trouver les règles du langage. Mais il s'arrête peu à ce dernier point de vue. C'est sur le premier qu'il insiste; c'est le premier qu'il développe avec complaisance. On peut donc
(I) Voy. Dcstutt de Tracy.
dire qu^il applique la grammaire à la logique plutôt que la logique à la grammaire.
Il y a cependant un chapitre dont le titre semble nous promettre une méthode grammaticale ; c'est le cinquième de la première partie, intitulé : ^vec quelle méthode on doit employer les signes artificiels pour se faire des idées distinctes de toute espèce. En voici le résumé : l'analyse est assujétie à un ordre; cet ordre n'est pas arbitraire ; mais c'est celui de la plus grande liaison des idées (1). La nature elle-même indique cet ordre; en effet, « les objets commencent d'eux-mêmes à se décomposer , puisqu'ils s'offrent à nous avec des qualités diverses, suivant la différence des organes exposés à leur action (2). » Chaque sens décompose ; il suffit donc d'avoir des sens pour avoir des idées abstraites. Il est vrai que, tant que nous n'avons des idées absti*aites que par cette voie, elles viennent à nous sans ordre. Quand la nature a commencé elle s'arrête, et c'est à nous d'avancer (3). Mais nous n'avancerons qu'en observant l'ordre que la nature nous prescrit ellemême (4). « Vous savez que cet ordre est celui dans lequel nos idées naissent les unes des autres (5). » Pour expliquer cette génération, en ce qui concerne les idées abstraites, Condillac nous répète que nous allons de l'individu au genre et du genre aux espèces. Cette génération, dit-il, est fondée sur la nature des choses, ce II faut bien que nos premières idées soient individuelles (6), » puisqu'il n'y a que les individus qui agissent sur nos sens, puisqu'il n'y a hors de nous que des individus et que les autres objets de notre connaissance ne sont point des choses réelles. Après avoir insisté assez longuement sur ces considéra*
{\) Grammaire^ p. 53. — (2) Ibid., p. 54. — (3) Ibid., p. 55. -(4) Ibid. - (5) Ibid., p. 56. — (6) Ibid., p. 59.
3/2 LA LOTiIOlIl!: DANS SES RAPPORTS AVEC U GRAMMAIRE.
lions, 1 auleur nous ra|)|)elle ce que nous avions totalement oublié, savoir, qu'il est question des signes. « Voilà, dit-il, la méthode avec laquelle nous devons employer les signes artificiels (1). » C'est pour nous être formés au langage sans suivre cette métliode que, dans notre enfance, nous ne nous sommes fait que des idées confuses. « Qu'avezvous fait avec moi pour donner plus de précision à vos idées et pour acquérir des idées nouvelles? Vous avez repassé sur les mots que vous saviez, vous en avez appris de nouveaux, et vous avez étudié le sens des uns et des autres dans l'ordre de la génération des idées (2). » Il a mieux valu procéder ainsi que de commencer par définir la grammaire et ce que les grammairiens appellent les parties (V oraison (3).
Tel est le contenu de ce chapitre cinquième. Nous nous demandons maintenant si l'auteur a réalisé les promesses du titre, s'il nous a indiqué la méthode cufec laquelle on doit employer les signes artificiels^ et nous ne savons trop que répondre. Nous voyons reparaître, à propos des langues, deux ou trois lieux communs de la logique condillacieune sur la génération des idées, sur l'ordre indiqué par la nature, sur les circonstances (4], sur Tabus des définitions. Mais tout cela jette-t-il quelque lumière sur les règles auxquelles il faut assujétir les éléments du discours? Évidemment non. Il faut comprendre enfin que le point de vue condillacien ne comportait aucune explication satisfaisante sur ce sujet. L'auteur nous parle ici de Tordre indiqué par la nature, et, pour expliquer cet ordre, il nous donne quelques maigres aperçus psychologiques vingt fois reproduits dans ses ouvrages et qui ne se rapportent pa3 mieux aux signes qu'à autre chose ; ailleurs, il fait l'his-
(0 Grammaire^ p. Sg. — (2) Ibid., p. 62. — (3) Ibid., p. 63. — (4) Ibid., p. 61.
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toire des langues, qui sont, dit-il, des produits de la nature et de l'analogie ; mais cette histoire étant purement conjecturale, il avoue qu'il ne peut en raconter que les commencements. Voilà, encore une fois, toute la philosophie grammaticale de Gondillac, et quand il faudra, dans la seconde partie, déterminer les règles du langage, ce qui est la véritable question, il ne pourra nous donner autre chose que des vues de détail fondées sur l'usage, ce critérium dont il faisait fi tout à l'heure.
Notre recherche était donc vaine, quand nous demandions à la philosophie de Gondillac les points de vue généraux de la science grammaticale. Tout, dans làGrammaire^ est sacrifié à cette idée que la langue"elle-même est la méthode, que c'est elle qui analyse, qui met de Tordre et de la succession dans nos pensées, qui tient, en un mot, la place de l'esprit. De temps en temps l'auteur semble comprendre que de telles explications n'expliquent rien du tout, et il a l'air de nous annoncer autre chose ; mais au moment où nous cherchons l'idée que nous promet le titre d'un chapitre ou d'un paragraphe, Gondillac l'abandonne ; plus tard il y revient pour l'abandonner encore, et, en fin de compte, c'est toujours la langue qui est à elle-même sa raison d'être, qui se sert de règle à elle-même.
Puisque, dans la Grammaire de Gondillac, les vues générales laissent tant à désirer, cherchons ce qu'il peut y avoir d'intéressant dans les détails. Sous ce rapport, la seconde partie nous semble meilleure que la première. Là, du moins, l'auteur laisse de côté ses thèses paradoxales et ne nous fatigue plus de ses subtilités, et, à côté de l'écrivain qui ne fait jamais défaut, on trouve quelquefois l'observateur. Nous voudrions pouvoir citer une foule d'aperçus ingénieux, dont la science grammaticale et surtout la
langue de celle science peuvent faire leur profil. Condillac critique avec raison les termes Aà parfait et AUmparfcUty dans la conjugaison des verbes ; il nous intéresse par ses observations sur la nature des modes; il donne de certaines règles des explications plus philosopliiques que celles que Ton trouve ordinairement chez les grammairiens (1); en réduisant les parties essentielles du discours au nom, à ladjectif, au verbe et à la préposition, il montre un esprit habile à manier lanalyse.
C est surtout dans les théories du substantif, de Tadjectif et du verbe que Ion trouve la trace des doctrines logigiques de Condillac. Voici, par exemple, une manière tout à fait systématique d'expliquer l'emploi du substantif: « Nous ne donnons des noms qu'aux choses qui existent dans la nature, comme dans les individus, ou dans notre esprit, comme les classes (2). » A propos du substantif, lauteur ne manque pas de s'élever contre ces philosophes qui ont voulu pénétrer plus avant que le vulgaire dans la nature de ce qu'on appelle substance et qui n'ont saisi que (les fantômes (3). En parlant de l'adjectif, après avoir rappelé la division des adjectifs en absolus et relatifs, il ajoute qu'au fond tous sont relatifs, parce que « nous n'acquérons des connaissances qu'autant que nous comparons (4), » à quoi on peut objecter que, pour comparer, il faut avoir des termes de comparaison, c'est-à-dire des connaissances acquises.
Mais c'est principalement la théorie du verbe qui doit appeler notre attention. Condillac prétend que le verbe
(i) 11 soutient que si, dans cette phrase, cet homme et cette femme sontpru» dents^ l'adjectif est mis au masculin, ce n'est pas parce que le masculin est le genre le plus noble, mais parce qu'il n'y a pas de raison pour préférer un genre à un autre, d'où il résulte qu'on doit laisser à l'adjectif sa première forme. Grammaire, p. 173. — (2) Ibid., p. 120. — (3) Ibid., p. 140. — (4) Ibid., p. 161.
exprime la coexistence des idées (1); e^xempie, Corneille est poète ne veut pas dire que Corneille existe, mais que Corneille et poète sont deux idées coexistantes. Cette théorie ne nous semble pas^ exacte. Elle repose sur l'erreur psychologique qui confond le jugement avec la comparaison et qui rend inexplicable le jugement primitif. On dit, à la vérité, qu'un jugement primitif, tel que celuici f existe peut se traduire par je suis existant^ et qu en général les jugements primitifs sont ceux qui ont pour attribut invariable le mot existant. Mais nous ne pouvons nous empêcher de trouver cette explication bizarre et scolastique. Nous pensons que ce qui constitue le jugement c'est l'affirmation, et que le verbe ne signifie pas autre chose. Condillac objecte à cela 1® qu'il y a des propositions négatives; 2® que tous les modes n-afîirment pas. Mais on peut lui répondre que la négation se ramène à l'affirmation, et qu'en passant d'un mode à Fautre, de l'indicatif au subjonctif, par exemple, l'affirmation est modifiée^ non supprimée.
On a fait sur Locke la remarque suivante : « Locke traite sans cesse des mots, jamais de leurs rapports, jamais de la syntaxe, jamais du fond véritable des langues; il y a une foule de réflexions particulières ingénieuses; pas de théorie, pas de véritable grammaire (2). » Notre auteur qui a tant fait pour combler toutes ces lacunes n a pas négligé la syntaxe. Cette partie de la grammaire consiste, d'après lui, à « savoir former de plusieurs idées un tout dont nous saisissions à la fois les détails et l'ensemble et dont rien ne nous échappe (3). » Ses observations sur la manière de marquer les rapports
{i) Grammaire y p. 134. — (2) Cousin, Œuvres^ série II, t. III, p. au.— (3) Grammaire^ p. 33i.
des mots sont vraies, bien disposées et bien exprimées ; mais il n'y consacre qu'un seul chapitre et il a le tort de ne jamais rattacher ses aperçus aux lois de notre nature intellectuelle.
Nous pouvons borner ici nos remarcpies sur la Grammaire de Gondillac. En résumé les dé&uts de cet ouvrage viennent de ce que l'élément psychologique et logique s'y trouve trop effacé. Mais, à tout prendre, c'est un livre ingénieux et original, dont la lecture sera toujours intéressante et instructive. Si nous avons été obligé d'insister un peu sur les parties contestables de la doctrine, nous n'en admirons pas moins l'excellent style de l'auteur et les réflexions piquantes et judicieuses qui lui échappent à chaque instant.