CHAPITRE DIX-HUITIÈME
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Application de la Logique de Gondillac à l'Art
d'écrire.
Sommaire. — Toutes les règles de l'art d'écrire déduites du principe de la plus grande liaison des idées. — Des constructions.— Du tissu du style. — Des diflerents genres de composition.
is Ce n est pas à la logique mais à Testhétique ou science
•t du beau que Ton a coutume de rapporter les principes Lf " applicables à lart d'écrire. Mais^^l en est autrement dans le système de Gondillac. Sur la question du beau, notre auteur aboutit, comme nous Ta vous vu, à des conclusions purement négatives (1). Il n'est, pour lui, aucun principe qui ne change, aucune règle qui ne soit arbitraire. Mais il conserve la loi logique de la liaison des idées : à cela se borne toute son esthétique. Il nous disait, à propos de la méthode, que la liaison des idées était le seul moyen d'augmenter nos connaissances, de les communiquer aux autres hommes et de passer d'une vérité à une autre vérité.; maintenant il ramène toutes les règles de l'art d'écrire à cette règle unique. « Quand vous vous serez familiarisé avec ce principe, dit-il, il vous sera permis d'oublier toutes les règles particulières (2). » C'est grâce à
(i) Voy. ci-dessus, p. 228. — (2) Art d'écrire^ p» ii5.
la liaison des idées que tout n est pas divers et changeant dans le goût et dans le style. L^Bmploi des sons articulés varie^ comme la pantomime, suivant les climats (1); il en est de même du langage des passions (2). « Cependant, il y a une loi qui est la même pour toutes les langues polies,
c^est le principe de la plus grande liaison des idées le
style est donc susceptible d*une beauté réelle (3). »
Ce principe sert de base au traité de Condillac sur lart d'écrire. Dans cet ouvrage, il est question successivement des constructions, des tours et des figures, du tissu du style, et des caractères du style suivant les différents genres d'ouvrages. Or, d après notre auteur, le même principe s applique également à ces quatre choses, aux figures et aux genres comme aux constructions et au tissu du discours. La liaison des idées ne fait pas seulement la netteté du style; elle en fait aussi le caractère (4).
Ici nous nous permettrons une première observation. Puisque la liaison des idées est tout pour Condillac, il serait important de savoir quels sont les rapports en vertu desquels les idées se lient et quelle est la cause de cette liaison. Or, ce sont là des points sur lesquels Condillac ne nous fournit pas les éclaircissements désirables. Il répète sa formule et il lapplique; et, si Ton en juge d après les rares explications qu'il donne, cette liaison des idées .vient moins de l'activité de l'esprit que des circonstances extérieures (5).
Mais de quelque manière que l'on entende cette liaison, il nous est impossible d'y voir le principe unique d'où découlent toutes les règles de l'art d'écrire. C'est là un point de vue qui n'est ni assez général, ni assez élevé. Non
(i) Art d'écrire, p. 284. — (2) Ibid., p. 285. — (3) Ibid. - (4) Ibid., p. i3, sur . la mtrge. *- (3) Art de penter^ part. I.. ch. VI.
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APPUCATION DE LA LOGIQUE A L'ART D'ËGRIRE. 329
pas que les grandes idées qui dominent toute la critique littéraire fussent étrangères à notre auteur. Qu'on en juge par les passages suivants. « Les grammairiens reçoivent la loi de Tusage, qu'ils appellent bizarre. Cependant Tusage n'est pas aussi peu fondé en raison qu'ils le prétendent; il s'établit d'après^ce qu'on sent, et le sentiment est bien plus sûr que les règles des grammairiens (1). » Et ailleurs : « Sans vous occuper de ce qui a été dit ou de ce qui ne l'a pas été, songez uniquement à ce qui peut se dire (2); » et encore : « les grammairiens disent que l'ellipse doit être autorisée par l'usage, mais il suffit qu'elle le soit par la raison (8). » Cette idée d'en appeler de l'usage à, la raison, et de faire reposer sur la raison l'autorité de l'usage, est réellement une idée grande et féconde. Mais au lieu d'être indiquée en passant, elle devrait être approfondie et mise en évidence. Condillac aime mieux réduire la raison tout entière et le sentiment luimême à la liaison des idées. C'est de là que nous allons voir sortir quelques-unes des qualités et tous les défauts de son ouvrage sur l'art d'écrire.
Le principe de la liaison des idées nous semble d'une application presque toujours heureuse, dans le premier livre oii il s'agit des constructions, et dans le troisième où il est question du tissu du discours.
Le chapitre P*", du livre 1 , sur l'ordre des idées dans V esprit^ est excellent , malgré la fausse définition du jugement, qui semble ramener cette opération elle-même à la liaison des idées. On ne peut qu'approuver ce que dit Condillac de la nécessité d'avoir présent à l'esprit tout un système, c'est-à-dire toute une suite de raisonnements, et le conseil qu'il donne de remarquer une série d'idées
(i) Art d'écrire^ p. 107. — (2) Ibid., p. ai8. — (3) Ibid., p. 1 10.
principales et de prendre l'habitude de les parcourir rstpidement.
Si, de ces considérations p hilosophiques sur 1 ordre des idées, nous passons aux remarques de détail sur les constructions, nous trouvons partout lapplication du principe (le la liaison des idées. Cette application n'a rien de forcé, et elle donne lieu à des aperçus très-justes et très-bien exprimés. Nous ne pouvons que renvoyer au livre luimême, pour tout ce qui concerne les propositions où tous. les mots sont subordonnés à un seul, celles qui sont composées de plusieurs sujets ou de plusieurs attributs, etc., etc. C'est surtout dans ces remarques particulières que Condillac nous plait par sa manière nette et précise de dire les choses, et par son attention constante à simplifier ce que d'autres cherchent à embrouiller.
Le principe de la liaison des idées s'applique encore lrès-J)ien au troisième livre, sur le Tissu du discours. Quiconque veut apprendre à écrire lira toujours avec fruit les observations de Condillac sur la nécessité de construire les phrases les unes |>ar rapport aux autres, sur la coupe des phrases, sur les longueurs. <^ La ligne est tracée, dit Condillac; tout ce qui s'en écarte est superflu. Or on s'en écarte en insérant des choses étrangères, en répétant ce qui a déjà été dit, en s'arrêtant sur des détails inutiles. Ces défauts, s'ils sont fréquents, refroidissent le discours, l'énervent, ou même l'obcurcissent. Le lecteur fatigué perd le fîl des idées qu'on n'a pas su lui rendre sensible : il n'entend plus, il ne sent plus, et les plus grandes beautés auraient |>eiue à le tirer de sa léthargie. On serait court et précis si on concevait bien, et dans leur ordre, toutes les pensées qui doivent développer le sujet qu'on traite. C'est donc de la manière de concevoir que naissent les Ion-
gueurs du style, vice contre lequel ou ne saurait trop se précautionner, et qu'on n'évitera pas si on 8,'écarte des règles que nous avons tirées du principe de la liaison des idées (1). »
Jusqu'ici on voit le principe de la liaison des idées donner à peu près tout ce qu'on lui demande. Mais il n'en est plus de même, quand il s'agit de rendre compte des tours et des figures qui font le caractère du style.
Après avoir combattu Buffon dans le Traité , des animaux^ Condillac a-t-il puisé des inspirations dans le Discours sur le style? Je ne sais. Mais il y a, entre le naturaliste et le philosophe, des analogies frappantes. Suivant Buffon, « le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensée (2). » Mais, pour que la définition fut complète, il faudrait ajouter que le style dépend aussi du choix et du tour des expressions. Buffon veut que l'on forme de ses pensées une chaîne continue^ dont chaque point représente une idée^ que Von conduise la plume sur ce premier trait^ sans lui permettre de s'écarter^ sans V appuyer trop inégalement (3). Mais voici ce que lui objecte un illustre écrivain de nos jours : « Expjrimer sa pensée, c'est la produire, c'est la sentir dans toute sa force ; et, par là même, c'est souvent la transformer, la grandir, et non pas seulement colorer d'une teinte visible des caractères rangés dans un ordre immobile (4). »
La doctrine de Condillac, tout à fait semblable à celle de Buffon, est sujette aux mêmes objections , et à de plus graves encore. Car ce qui dans le Discours sur le style n'est peut-être qu'une exagération oratoire, devient un système dans Y Art décrire. .
(i) Art d'écrire^ p. 326. — (2) Buffon. Discours sur le style. — (3) Ibid. — (4) Villemain, Tableau de la littérature au dix-huitième siècle.
332 APPLICATION DE LA LOlMQUIS A L'ART D'feCRIRE.
Il est curieux de voir comment Condillac rattache le style figuré au principe de la liaison des idées. Dans un endroit il dit que la liaison des idées reproduit daiis le discours nos émotions successives (1), ailleurs il dit que le caractère du style vient du sentiment et le sentiment des circonstances, et, de ces observations , il conclut que c*est la liaison des idées qui fait le caractère du style et qui détermine le choix des tours. Mais peut-on comparer le rapport des sentiments aux circonstances et la succession de nos émotions à ce que tout le monde entend par liaison des idées ? N'est-ce pas là une de ces similitudes forcées par lesquelles Condillac attribue si souvent à une chose ce qui appartient à une autre?
Quoi de plus systématique et de plus subtil que la manière dont il ramène lemploi de certaines figures à son prétendu principe? Pourquoi les figures s'appellent-elles des tours? Parce qu'on tourne, pour ainsi dire, autour des pensées, « pour saisir les points de vue par lesquels elles se développent et se lient les unes aux autres (2). » Veuton savoir quel est le but de la périphrase? I^e voici : « le nom montre la chose dans un éloignement où on la reconnaît; mais on l'aperçoit imparfaitement et les détails échappent : la périphrase au contraire la rapproche, et en rend les traits plus distincts et plus sensibles (3). » Mais il faut, pour cela, que l'attribut soit lié avec le sujet de la proposition (4), et quand les périphrases ne contribuent pas à lier les idées y il faut se borner à nommer les choses.
Tout cela peut être vrai de la périphrase considérée à un certain point de vue. Mais, quand Bossuet, au lieu de dire les confessionnaux ^ dit ces tribunaux de miséricorde
{i) Art d'écrire, p. i3. -(2) Ibid.. p. i56. ~ (3) Ibid., p. l56. — (4) ïbid., p. 139. — (3) Ibid., p. 161.
qui justifient ceux qui s'accusent^ ce n'est pas pour rapprocher 1 objet dont il s'agit, ni pour en rendre les traits plus distincts et plus sensibles.
Les plus belles périphrases sont ordinairement celles qui expriment à la fois une pensée et un sentiment. Condillac voit en cela une nouvelle confirmation de son principe. Car, dit-il, « rien n'est plus //Vaux propositions que nous formons que les sentiments dont nous sommes affectés (1). » Pour se contenter d'une telle explication, il faut avoir grande envie de retrouver partout la liaison des idées.
A côté d'aperçus théoriques plus subtils que vrais on trouve, dans VArt (TécrirCy une critique quelquefois étroite et vétilleuse. La liaison des idées devient un véritable lit de Procuste où l'on place tour à tour une page d'éloquence ou un inorceau de poésie. Boileau, le plus précis et le plus correct de nos poètes est accusé de diffusion et de redondance. Citons quelques-unes de ces critiques.
Sous ce titre. Des accessoires propres à déi^elopper une pensée^ Condillac traite de ce que les rhéteurs appellent amplification, et il déclare que la plus grande liaison des idées est ici l'unique règle (2). A ce propos, il blâme les écrivains qui s'appesantissent pour dire une même chose de plusieurs manières, parce que ces répétitions nuisent à la liaison des idées (3). Exemple :
« \^ ennuyeux loisir d'un mortel sans étude est la plus rude fatigue que je connaisse : Si, pouf ajouter de nouvelles modifications à ce loisir, je dis : ce loisir est celui d'un homme qui est dans les langueurs de Poisii^eté^ qui est esclai^e de sa lâche indolence ^ on verra que je m'arrête
(i) Art d'écrire, p. 162. — (2) Ibid., p. iSç. — (3) Ibid., p. 140.
sur une même idée et que les accessoires de langueur et d'indolence ne caractérisent pas le loisir par rapport à ridée de fatigue qui est lattribut de la proposition. On doit donc blâmer Despréaux lorsqu'il dit :
Mais je ne trouve point de fatigue si mde Que Tennuyeux loisir d'un mortel sans étude, Qui, ne sortant jamais de sa stupidité, Soutient, dans les langueurs de son oidiveté, D'une lâche indolence eschve volontaire, Le pénible fardeau de n'avoir rien à faire.
« Le dernier vers est beau, mais le poète n'y arrive que bien fatigué (1). »
Il est difficile d'admettre de tout point cette critique. Les langueurs de V oisiveté et la lâche indolence ne nous semblent superflues que lorsque Gondillac met en prose ce (|ui était en vers, et, si le poète arrive fatigué à son dernier vers, cela vient autant de la construction que des accessoires. Autre exemple :
Gardez- vous d'imiter ce riraeur furieux, Qui, de ses vains écrits, lecteur harmonieux , Aborde en récitant quiconque le salue.
Et poursuit de ses vers /tes passants dans la rue.
« De ses i>ains écrits lecteur .harmonieux ne fait que ralentir le discours. Dans la rue est inutile, et ne se trouve à la fin du vers que pour rimer avec salue. Enfin, les épithètes furieux^ vains^ harmonieux, ne signifient pas grand chose, ou du moins sont bien froides. Cette pensée ne perdrait donc rien si on se bornait à dire : gardeZ'i^ous d'imiter ce rimeur qui aborde en récitant quiconque le salue et poursuit desesi^ers les passants. En
(i) Art d'écrire^ p. 140.
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ajoutant tout ce que je retranche, Despréaux a voulu peindre ; et il répand en efïët des couleurs; mais c'est du coloris qu'il fallait, et le vrai coloris consiste uniquement dans les accessoires bien choisis (1). »
Cette critique est encore moins fondée que la précédente. Le morceau sur la paresse n était pas sans défaut; mais celui-ci est absolument irréprochable, et il faut avoir bien peu le sentiment de la poésie pour ne pas en apercevoir les beautés.
Condillac est encore d'une sévérité outrée pour la jolie comparaison qui commence le deuxième chant de XJrt poétique : « Telle qu'une bergère, etc.; » il a grand tort de tant crier contre les rubis^ Vor et les diamants^ et de dire « qu'il vaudrait autant ajouter qu elle ne met point de rouge et ne porte point de paniers (2). »
Il est donc incontestable que dans la deuxième partie de )i Art décrire^ Condillac abuse plus d'une fois de son principe. Mais il a de temps en temps le bon esprit de le laisser de côté, pour s'attacher aux idées qui sortent naturellement du sujet qu'il traite. Ses aperçus les plus beaux se trouvent peut-être dans les chapitres où il parle le moins de la liaison des idées. Lorsqu'il dit à propos de l'expression des sentiments : « Si votre âme est sensible, la langue vous fournira toujours les termes propres au sentiment (â), » cela vaut mieux que de faire des rapprochem^its forcés entre la liaison* des idées et la succession des émotions. Lorsqu'il dit ailleurs : « Que m'importe de voir dans un tableau une figure muette? J'y veux une âme qui parle à mon âme (4), o il exprime en passant et sous forme d'accessoire une pensée qui a plus de valeur que le
(i) Art d'écrire, p. 141. — (2) Ibid.. p. 145. — (3) Ibid., p. 2bi. — (4) Ibid. , p. 281.
principe qui sert de base à l*QUvrage tout entier. Dans un de ces rares chapitres où il n'est pas question de la liaison des idées, il parle en vrai philosophe et en critique judicieux de Tusage et de Tabus des antithèses. Enfin il est des figures de style auxquelles le principe de la liaison des idées s applique très-naturellement. C'est alors que Condillac en tire un merveilleux parti. On trouve rarement, dans un traité didactique, des pages aussi brillantes que les premières du chapitre sur les comparaisons : « Les rayons de lumière tombent sur le corps, et réfléchissent les uns sur les autres. Par là les objets se renvoient mutuellement leurs couleurs, etc (1). » Ce morceau est
excellent, surtout parce qu'il est vrai, et que lauteur a réellement le droit de dire, à propos des comparaisons, que « la liaison des idées est la lumière dont les reflets doivent tout embellir (2). i> lifférents Dans le quatrième livre sur le caractère du strie sui-
mres ^ , . '^ .
de. . $fant les différents genres d^oui^rages^ l'idée philosophique, exactement la même que dans les précédents, peut se résumer ainsi : Tout est arbitraire excepté le principe de la liaison des idées.
En fait de style, il y a, suivant Gondillaç, deux types extrêmes: le style d'analyse et le style d'images. Dans l'intervalle de l'un à lautre, il y a une infinité d'intermédiaires, entre lesquels les nuances sont imperceptibles.
<c Alors, il n'y a point der règles On juge d'après les
habitudes qu'on s'est faites, et souvent on est bien en peine de rendre raison de ses jugements..... les règles changent avec nos habitudes, et sont, par conséquent, fort arbitraires (3) . »
Une seule règle, disons-nous, doiirêlre exceptée, ou
(I) Art d'écrire, p. i68. - (2) Ibid., p. 169. — (3) Ibid., p. 38i et 383.
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plutôt, il n'existe qu'une règle : celle de la liaison des idées. Qu'il s'agisse d'une phrase ou d'un discours, « le principe doit être le même. En eft'et, un discours ne diffère d'une phrase que comme un grand nombre d'idées diflere d'une seule, et, par conséquent, l'on donne un caractère à tout un discours, comme on en donne un à une phrase; dans l'un et l'autre cas, la chose dépend également de l'ordre des idées et de leurs accessoires (1). » De là notr*e auteur conclut que les considérations générales qui ont été faites sur les constructions, les figures et le tissu du discours sont également applicables au caractère du style suivant les différents genres d'ouvrages. Malheureusement nous avons déjà constaté, dans ce qui précède, l'insuffisance du prétendu principe. Quant à la comparaison que nous venons de citer, elle est d'une justesse contestable. Un discours n'est pas seulement une juxtaposition de phrases; c'est comme un tout organique, et dès lors, les règles peuvent bien n'être pas les mêmes pour une phrase et pour un discours.
Plus loin, nous retrouvons ces artifices de langage auxquels Condillac ne nous a que trop accoutumés et qui consistent à mettre d'avance dans une idée tout ce qu'on veut en faire sortir. Ainsi, après quelques lieux communs élégants sur la méthode, il nous dit d'abord que la liaison des idées détermine le plan et l^ étendue de chaque partie de l^oui^rage (2), puis il ajoute que, pour bien saisir cette liaison (3), il faut fixer le sujet, en déterminer les parties principales, avoir toujours en vue le sujet qu'on traite et la fin qu'on se propose. N'est-ce pas là une singulière façon d'absorber dans une règle d'une importance secondaire la conception du sujet, le rapport des moyens
1) Art d'écrire, p. 337. — (2) Ibid., p. 345, sur la marge. — (3) Ibid.
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à la fin, le plan général et tout I esisentiel d'un ouvrage?
Si nous considérons inaintenanl les observations particulières sur les difFérciiLs genres de style, nous trouvons que notre auteur y lait preuve de sagacité et de finesse; nous sommes convaincu même que les règles qu'il pose ne sont pas arbitraires, et cependant il est aisé de voir qu'elles ne dépendent pas toutes de la liaison des idées. Sur le discours oratoire, Condillac est original, mais un peu sec. Sur le style philosophique, il a des aperçus tràsjustes; mais, pour dire que le philosophe ne doit pas s'interdire tout ornement, à quoi bon cette phrase entortillée? a II faut, parmi les tours qui se conforment à la plus grande liaison des idées ^ choisir ceux qui expriment rintérêt qu'il est raisonnable de prendre aux vérités qu'on enseigne (1). » Quand à la dissertation sur le style poétique, dans laquelle se trouvent des considérations sur le beau, l'art, etc., nous lavons étudiée assez à fond (2) pour n'avoir pas à y revenir.
En résumé, nous regardons V^ért (récrire comme une des applications les plus intéressantes de la logique condillacienne, de cette logique dont Laromiguière disait qu'elle n'est pas étrangère à nos besoins et à nos plaisirs; nous aimons, dans Condillac, cet esprit philosophique qui s'aflranchit du joug de la tradition et de l'usage, cette passion de l'ordre et de la clarté qui n'admet, pour tout ornement, qu'une austère élégance. Nous croyons que rien ne serait plus utile, pour apprendre à écrire, que di'étudier les nombreuses citations faites par Condillac et les réflexions qui les accompagnent. Mais compie le priacipe de Condillac n'est pas assez élevé, ses vues théoriques sont quelquefois subtiles et fausses, et sa critique
(0 Art. d'écrire^ p. 362. — (2) Voy. ci-dessus, part. Il, ch. XV.
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étroite et vétilleuse. Au lieu des grandes idées si fréquentes chez les anciens et chez les bons écrivains français du xvn® siècle, nous ne trouvons souvent ici que l'exactitude sèche des mathématiques portée dans les choses littéraires.