PORT-ROYAL ET CONDILLAC
sions, tx)ul a subi des modifications fréquentes. Ainsi, quelque éloge que Ion puisse faire de VArt de penser, ce n'est pas un ouvrage de premier ordre , ce n'est pas un monument philosophiqne , et nous ne pouvons nous décider à le mettre au-dessus de la Logique de Condillac et de la Langue des calculs.
Si donc, entre Pascal et Condillac, nos préférences hésitaient déjà, l'embarras n'est pas moindre quand nous comparons notre auteur aux logiciens de Port-Royal. Des deux côtés même insuflisance dans la logique spéculative, même dédain pour tout ce qui semble n'être d'aucun usage, comme si l'utilité pratique était tout dans les sciences. Condillac se trompe sur les uuiversaux ; mais il valait mieux se tromper que de supprimer dédaigneusement le problème , comme MM. de Port-Royal. Ceux-ci exposent savamment, d'après Aristote et l'école, tout ce qui concerne les termes, les propositions, les arguments ; mais, comme on sait , ils n'ont qu'une médiocre estime pour toute cette science, et ce qui leur est propre, dans cette partie de VJrt de penser^ ne vaut assurément pas les aperçus nombreux et originaux de Condillac sur le raisonnement.
En méthodologie, Port-Royal distingue l'analyse et la synthèse confondues par Condillac. Mais celui-ci donne, sur les sciences d'observation , des préceptes que l'on chercherait en vain dans Port-Royal. Arnauld et Nicole séparent nettement la définition de mots de celle de choses ; mais Condillac, suivant pas à pas le progrès de l'esprit et la génération des idées, est plus intéressant et plus instructif que les logiciens de Port-Royal répétant après beaucoup d'autres que les définitions de mots sont arbitraires, et qu'elles ont seulement pour but de prévenir tout malentendu au commencement d'une discussion.