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ouvrage, et on peut ajouter que ce problème a été l'occupation de toute sa vie (1).
Attachons-nous à ce point capital, au milieu de tous les détails, fort intéressants du reste, dont la Logique est remplie. L'auteur distingue, dans un raisonnement, plusieurs jugements, dans un jugement, plusieurs idées. Mais toutes nos idées, dit-il, ou presque toutes, sont composées de nombreux éléments que nous avons réunis par différentes opérations intellectuelles. Ces idées sont susceptibles d'être bien ou mal faites (2). Pour en apprécier la valeur, il faut donc remonter jusqu'aux premiers éléments de ces idées, jusqu'à nos perceptions simples (3). Il faut arriver jusqu'à un premier fait dont nous puissions prononcer avec assurance que nous en sommes sûrs. « Quand
ce principe sera établi on pourra faire voir clairement
que tous les jugements subséquents que nous portons ne sont qu'une suite d'un premier jugement certain (4). »
Ce premier fait, dont nous pouvons prononcer avec assurance que nous en sommes certains, nous est fourni, suivant Destutt de Tracy, par la sensibilité. Mais qu'entend-il par sensibilité? « Je réunis et confonds, dit-il, dans la faculté générale de sentir ce que l'on a coutume de distinguer en affections et connaissances... Notre faculté de connaître vient et dépend de celle d'être affecté et lui donne naissance à son tour ; elle sont intimement liées et inséparables. »
Plus loin, l'auteur ajoute que la distinction de nos manières d'être , en actives et en passives , en volontaires et
(i) 11 le déclare lui-même dans une lettre adressée à M. Chevrier de Corcelles, président du tribunal civil de Bourg et auteur d'un Traité des abstractions. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans une notice sur M. de Corcelles, par son parent, M. Edmond Chevrier. — (2) Logique, p. 2()o. — (3)Il.id. -(4)Ibid., p. 201.
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involontaires, ne repose que sur des circonstance^ relatives aux organes , et ne fait rien au sentiment que nous en avons (1). Partout dans l'exposition de sa doctrine, il afFecte d'employer indistinctement les mots sentiment , conscience, impression^ perception.
Ainsi, le premier fait dont nous soyons certains, c'est notre sentiment (2). « Le sceptique le plus déterminé est sûr de sentir ce qu'il sent (3). »
Voici donc la base de toute certitude, Xinconcussum quid^ le cogito ergo sum de Destutt de Tracy.
Mais, pour l'auteur de la Logique, le sentiment est non-seulement la première chose, mais aussi la seule dont nous soyons originairement sûrs (4). D'où l'on tire cette conclusion, bien différente de la règle de l'évidence, que Descartes déduisait de son fameux aphorisme : « Nous ne pouvons jamais rien connaître que par ce sentiment et relativement à lui (5). » Nos impressions^ nos affections ^ nos perceptions enfin,., sont pour nous les seules choses réelles et if r aiment existantes (Ç). Ce que nous sentons est tout pour nous (7).
Cela posé, où en sommes-nous sur la question de la certitude? Si l'on s'en tient à te qui précède, nous sommes à la fois absolument ignorants et absolument infaillibles : ignorants, puisque nous ne savons que penser de l'existence réelle de tout ce que nous appelons des êtres, à commencer par nous-mêmes (8) ; infaillibles, puisque nous ne nous trompons jamais sur nos sentiments et que nos sentiments sont tout pour nous (9). L'auteur aperçoit cette double conséquence , mais il nous promet des explications
(i) Logique, p. 2o3. — (2) Ibid., p. 204., 208. — (3) Ibid., p. 2o5. — (4) Ibid., p. 207. - (5) Ibid., p. 208. — (6) Ibid. — (7) Ibid., p. 209. — (8) Ibid., p. ao8, 209. — (9) Ibid., p. 209.
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qui nous montreront, dit-il, le fort et le faible de la connaissance humaine.
Ces nouvelles explications porteront sur les causes de nos erreurs. C'est dans la théorie des causes de Terreur que Destutt de Tracy va chercher celle de la certitude.
Il distingue deux espèces d'idées : V Les idées simples, c'est-à-dire les sensations; 2** les idées composées, c'est-àdire les idées des êtres et de leurs différentes espèces, les souvenirs, les jugements, les désirs ou volitions^ Or, voici ce que l'on peut dire sur ces différentes espèces d'idées. Nos pures sensations ou idées simples sont absolument certaines, parce qu'elles consistent uniquement dans le sentiment que nous en avons. Nos idées composées , quoique vraies quant à leurs éléments , peuvent être fausses par les jugements qui s'y mêlent.
Mais pourquoi les jugements eux-mêmes sont-ils faux ? « Aucun de nos jugements pris en lui-même et isolément n'est ni ne peut être faux (1). » En effet, de même qu'avoir une idée c'est sentir , de môme juger c'est encore sentir (2). Dès lors cet acte de juger doit participer à l'infaillibilité de celui de sentir, dont il n'est qu'un cas particulier (3). D'où vient donc l'erreur? « Un homme n'a tort que parce que son jugement n'est pas conséquent à d'autres jugements antérieurs ; car , comme actuel et isolé , il est irréprochable (4) ; » et, en définitive, nos jugements ne sont faux que par r imper frction de nos souvenirs.
Telle est l'opinion de M. de Tracy sur la cause de nos erreurs. Mais on se souvient qu'il avait laissé en suspens la question de la certitude, et qu'il avait promis de faire connaître, par ses explications sur l'erreur, le fort et le faible de la connaissance humaine. C'est sans doute pour
(0 Logique^ p. 227. — (2) Ibid. — (3) Ibid., p. 228. — (t) Ibid., p. 2^2.