‹ Les théories logiques de Condillac (volume 3)Chapitre 59 sur 71 · CONDILLAC ET DESTUTT DE TRAGY · texte numérisé non relu

CONDILLAC ET DESTUTT DE TRAGY

chologique du système? noua ne le pensons pas. Quand ii a dit, en faisant violence à la langue : sentir un souvenir, sentir un rapport, sentir une volonté (1), il croit avoir démontré qu'en effet, le souvenir, le jugement, la volonté ne sont que des faces diverses de la sensibilité (2). Mais ce ne sont là que des combinaisons de mots purement arbitraires, et cela ressemble plus d'une fois à des expédients d'argumentation. A chaque instant, nous voyons Fauteur substituer, dans l'exposition et le développement de son système, de pures assimilations verbales à l'observation des choses, et il en résulte une confusion de langage doublement choquante chez un de ces écrivains qui se flattent surtout d'être clairs et de déterminer exactement le sens des mots.

On ne peut donc regarder comme solidement établie la théorie des facultés qui sert de base à la logique de M. de Tracy. Dès lors, il sera difficile de bâtir sur ce fond ruineux. Mais voyons l'auteur à l'œuvre.

Assurément Destutt de Tracy entrevoit une importante vérité, savoir l'infaillibilité de la connaissance primitive. Mais tout ce que sa logique peut renfermer de vrai est corrompu dans le germe par la doctrine de la sensation, associée à une sorte de réminiscence des idées représentatives de Locke. Quand l'auteur nous dit : « nous ne pouvons rien connai tre que par ce sentiment et relativement à lui (3) , » ou bien « nos idées sont tout pour nous (4) , » il élève contre la certitude une objection qui ne sera jamais résolue.

Comme on l'a vu précédemment, il résulte de ce principe que nous sommes absolument infaillibles et plongés

(i) On n'a qu'à lire les premières lignes des Éléments d'idéologie pour trouver ces expressions et d'autres semblables. — (2) C. f. Dictionnaire des sciences philosophiques, article D. de Tracy, par M. F. Bouillier. — (3) Logique, p. 208. — (4) Ibid., p. 278.

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