‹ Les théories logiques de Condillac (volume 3)Chapitre 58 sur 71 · CONDILLAC ET DESTUTT DE TRAGY. 4M · texte numérisé non relu

CONDILLAC ET DESTUTT DE TRAGY. 4M

impressions premières sont justes, on la prouvé, et, quand aux composés et aux surcomposés de ces éléments primitifs, il dépend toujours de nous d'éviter les fautes qui peuvent y introduire quelque erreur (1).

Telles sont les principales idées contenues dans la Logi^ que de Destutt de Tracy. On voit que, fidèle à la pensée exprimée au commencement de l'ouvrage (2), il s'est occupé surtout de la partie scientifique de la logique. En rapprochant les résultats auxquels il vient d'arriver de ce qu'il a dit dans ses Eléments d'idéologie sur l'importance des signes, il conclut que, pour bien raisonner, « il ne s'agit jamais que de connaître la valeur des mots et les lois (le leur assemblage (3), «qu'il suffit desavoir l'idéologie et la grammaire pour savoir toute la logique (4), que la seule manière de définir c'est de remonter aux idées élémentaires (5), etc.

Sa théorie du raisonnement et du jugement est remarquable, et nous devons en dire un mot en finissant ce résumé. Ce n'est ni la théorie scolastique, d'après laquelle les idées générales renferment les idées particulières, et les propositions générales sont la cause et la source de la vérité des propositions particulières (6), ni celle de Condillac, déjà bien supérieure à la précédente (7), d'après laquelle les jugements sont des équations algébriques, et les raisonnements des suites d'équations. Gondillac a fait un grand pas, mais « il s'est arrêtée la moitié du chemin en faisant les deux termes de la proposition égaux entre eux, et le vrai est de dire que c'est l'ancien petit terme qui est réellement le grand; dans tous nos jugements quelconques, l'extension des deux idées comparées étant la

(i) Logique^ p. 294. — (2) Discours prélimin., p. 12, et ch. I, p. 172, — (3) Ibid., p. 298. — (4) Ibid. — (5) Ibid., p, 304. — (6) Ibid., p. 182. — (7) Ibid., p. 189.

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même, parce qu elle est tx>ujours égale à celle du sujet, Topération intellectuelle consiste à sentir que le sujet comprend lattribut ; et nos raisonnements sont des séries de jugements successifs par lesquels on voit que ce premier attribut en comprend un second, le second un troisième, et ainsi de suite, en sorte que le premier sujet renferme le dernier attribut (1). »

Destutt de Tracy n*admet pas que le raisonnement soit une opération de calcul, une addition ou une soustraction; ûiais il le regarde volontiers comme une substitution (T expression^ ou une série de traductions (2). Seulement il ajoute que ces substitutions ont pour fondement cette unique opération qui consiste à voir qu'une idée est renfermée dans une autre. Pour lui, tout raisonnement est un sorite (3).

On reconnaît sans peine, dans louvrage que nous venons d'analyser, les principales théories de l'école condillacienne. Destutt de Tracy rattache toutes nos idées au fait unique de la sensation (4). Sous le nom de faculté de sentir il désigne ce que l'on distingue ordinairement en affections et connaissances (5). Il ne fait que tirer les conséquences logiques de cette doctrine dans les propositions suivantes : « Nous ne voyons jamais riôn que nos propres idées '6). » « Nous n'avons point d'idées de substances (7). » Les. êtres « ne consistent pour nous que dans les impressions qu'ils nous font'(8). » Nominaliste dans la question des idées générales, il combat les définitions par genre et différence (9), il ramène la logique à la grammaire (10), et le raisonnement à une substitution d'expressions (11).

(0 Disc, prélimin., p. 189. — (2) Ibid., p. 334. —(3) Ibid. — (4) Ibid., p. 200. — (5) Ibid; —(6) Ibid., p. 210. — (7; Ibid., p. 236. — (8) Ibid. — (9; Ibid., p. 304. — (10) Ibid., p. 298. — (i I) Ibid., p. 334.

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Tels sont les principaux traits de ressemblance qui existent entre la doctrine de Destutt de Tracy et celle de Condillac. Mais en constatant Tinfluence du maître, on ne peut méconnaître Toriginalité du disciple. On . sait que, dans son idéologie, il substitue au système des facultés tel qu'il est dans Condillac, un autre système plus simple qui r^uit tout à quatre manières de sentir : La sensation proprement dite, le souvenir, le jugement et le désir ou la volonté. En logique, il attaque avec force la doctrine de l'identité (1); il crée une théorie nouvelle du raisonnement. Quoique moins spiritualiste en psychologie que Condillac, il comprend mieux que lui combien Descartes a eu raison de donner pour base à la logique l'étude de la pensée. Sur la question des causes de l'erreur, il porte ses regards bien au delà du feit matériel du langage auquel s'était arrêté Condillac. Surtout, comme nous l'avons dit, il semble avoir compris que la grande lacune de la logique condillacienne était l'insuffisance des théories sur la certitude.

Si l'on tient compte de cette part d'originalité ainsi que du talent et de l'énergie de M. de Tracy, c^n sera Convaincu que ses travaux sur la logique sont un des efforts les plus vigoureux que l'on ait pu faire pour asseoir une doctrine solide sur les fondements posés par Condillac. Examinons donc en quelques mots si la tentative a été heureuse. C'est un point qui a son importance pour les conclusions que nous devrons tirer à la fin de cet ouvrage.

Nous ne nous attacherons qu'aux deux grandes questions que l'auteur confond en une seule et qui remplissent toute sa Logique ; les questions dé la certitude et de Terreur.

Et d'abord, Destutt de Tracy a-t-il consolidé la base psy- ,

(i) Logique^ p. 182 et suiv.

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