APPLICATION DE LA LOGIQUE A L'ART D^ÉGRIRE
à la fin, le plan général et tout Tessentiel d'un ouv^ge?
SI nous considérons maintenant les observations particulières sur les différents genres de style, nous trouvons que notre auteur y fait preuve de sagacité et de finesse; nous sommes convaincu même que les règles qu'il pose ne sont pas arbitraires, et cependant il est aisé de voir qu'elles ne dépendent pas toutes de la liaison des idées. Sur le discours oratoire, Condillac est original, mais un peu sec. Sur le style philosophique, il a des aperçus trèsjustes; mais, pour dire que le philosophe ne doit pas s^interdire tout ornement, à quoi bon cette phrase entortillée? « Il faut, parmi les tours qui se conforment à la plus grande liaison des idées ^ choisir ceux qui expriment l'intérêt qu'il est raisonnable de prendre aux vérités qu'on enseigne (1). » Quand à la dissertation sur le style poétique, dans laquelle se trouvent des considérations sur le beau, l'art, etc., nous l'avons étudiée assez à fond (2) pour n'avoir pas à y revenir.
En résumé, nous regardons V^rt crécrire comme une des applications les plus intéressantes de la logique condillacienne, de cette logique dont Laromiguière disait qu'elle n'est pas étrangère à nos besoins et à nos plaisirs; nous aimons., dans Condillac, cet esprit philosophique qui s'afl'raucliit du joug de la tradition et de l'usage, cette passion de l'ordre et de la clarté qui n'admet, pour tout ornement, qu'une austère élégance. Nous croyons que rien ne serait plus utile, pour apprendre à écrire, que d'étudier les nombreuses citations faites par Condillac et les réflexions qui les accompagnent. Mais comme le principe de Condillac n'est pas assez élevé, ses vues théoriques sont quelquefois subtiles et fausses, et sa critique
(0 Art d'écrire^ p. 362. — (2) Voy. ci-dessus, part. II, ch. XV.
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étroite et vétilleuse. Au lieu des grandes idées si fréquentes chez les anciens et diez les bons écrivains français du xvn® siècle, nous ne trouvons souvent ici que Texactitude sèche des mathématiques portée dans les choses littéraires.