APPLICATION DE LA LOGIQUE A L'ART D'ÉGRIEE
principe qui sert de base à louvrage tout entier. Dans un de ces rares chapitres où il n*est pas question de la liaison des idées, il parle en vrai philosophe et en critique judicieux de Tusage et de I abus des antithèses. Enfin il est des figures de style auxquelles le principe de là liaison des idées s applique très-naturellement. G*est alors que Gondillac «n tire un merveilleux parti. Oii trouve rarement, dans un traité didactique, des pages aussi brillantes que les premières du chapitre sur les comparaisons: «Les rayons de lumière tombent sur le corps, et réfléchissent les uns sur les autres. Par là les objets se renvoient mutuellement leurs couleurs, etc (1). d Ce morceau est
excellent, surtout parce qu'il est vrai, et que Fauteur a réelletnent le droit de dire, à propos des comparaisons, que « la liaison des idées est la lumière dont les reflets doivent tout embellir (2). »
Des différents Dans le quatrième livre sur le caractère du strie sui-
genres * . , "^ ,
de. . çant les différents genres d'ouvrages, l'idée philosophique, exactement la môme que dans les précédents, peut se résumer ainsi : Tout est arbitraire excepté le principe de la liaison des idées.
En fait de style, il y a, suivant Condillac, deux types extr^nes : le style d analyse et le style d'images. Dans rintervalle de lun à 1 autre, il y a une infinité d'intermédiaires, entre lesquels les nuances sont imperceptibles.
a Alors, il n y a point de règles On juge d après les
liabitudes qu*on s est faites, et souvent on est bien en
peine de rendre raison de ses jugements les règles
changent avec nos habitudes, et sont, par conséquent, fort arbitraires (3). »
Une seule règle, disons-nous, doit-être exceptée, ou
(I) Art d'écrire, p. i68. — (a) Ibid., p. 169. — (3) Ibid., p. 38i et 383.
composition.
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plutôt, il n'existe qu'une règle : celle de la liaison des idées. Qu'il s'agisse d'une phrase ou d'un discours, « le principe doit être le même. Eii effet, un discours ne diffère d'une phrase que comme un grand nombre d'idées diffère d'une seule, et, par conséquent, l'on donne un caractère à tout un discours, comme on en donne un à une phrase; dans l'un et l'autre cas, la chose dépend également de l'ordre des idées et de leurs accessoires (1). » De là notre auteur conclut que les considérations générales qui ont été faites sur les constructions, les figures et le tissu du discours sont également applicables au caractère du style suivant les différents genres d'ouvrages. Malheureusement nous avons déjà constaté, dans ce qui précède, l'insuffisance du prétendu principe. Quant à la comparaison que nous venons de citer, elle est d'une justesse contestable. Un discours n'est pas seulement une juxtaposition de phrases; c'est comme un tout organique, et dès lors, les règles peuvent bien n'être pas les mêmes pour une phrase et pour un discours.
Plus loin, nous retrouvons ces artifices de langage auxquels Condillac ne nous a que trop accoutumés et qui consistent à mettre d'avance dans une idée tout ce qu'on veut en faire sortir. Ainsi, après quelques lieux communs élégants sur la méthode, il nous dit d'abord que la liaison des idées détermine le plan et V étendue de chaque partie de V ouvrage (2), puis il ajoute que, pour bien saisir cette liaison (3), il faut fixer le sujet, en déterminer les parties principales, avoir toujours en vue le sujet qu'on traite et la fin qu'on se propose. N'est-ce pas là une singulière façon d'absorber dans une règle d'une importance secondaire la conception du sujet, le rapport des moyens
I) Art d'écrire, p. 337. — (2) Ibid., p. 345, sur la marge. — (3) Ibid.