‹ Les théories logiques de CondillacChapitre 51 sur 74 · ET CELLE DU XYIEI · texte numérisé non relu

ET CELLE DU XYIEI

à courir les aventures, elle découvre quelquefois des pays inconnus.

Fontenelle parle quelque part (1) d'une nouvelle manière de philosopher qui s'est répandue de son temps, el qui se caractérise par la méthode expérimentale et par les progrès de l'esprit géométrique. Cette remarque de Fontenelle peut sans doute s'appliquer à Descartes et à Pascal; mais elle s'applique encore mieux aux philosophes du xvni* siècle.

A cette époque, tout le monde absolument proclame la nécessité de l'expérience. On est encore loin d'en saisir la vraie nature en ce qui concerne l'étude de l'âme, (l'abbé de Lignac excepté) ; mais à force de répéter le mot, on devait finir par comprendre la chose. Quant à Tesprit géométrique, qui peut avoir, en philosophie, ses avantages et ses inconvénients, il n'a jamais jeté, dans les raisonnements de Condillac, ces obscurités, ces complications inutiles que l'on trouve dans la cinquième méditation de Descartes. Condillac puise toujours, dans l'exemple des mathématiciens, cette simplicité, cette facilité de méthode dont parle Fontenelle (2).

Au xvin" siècle, la science a de nouveaux besoins. Elle aspire à plus d'ordre et de rigueur. Elle est plus scrupuleuse sur l'arrangement symétrique des diverses parties d'un système. La métaphysique prend aussi, en se vulgarisant, un caractère de clarté qu'elle n'avait jamais eu. Les naturalistes, les médecins, les historiens, les femmes elles-mêmes s'occupent de philosophie, et si on ne résout pas toujours heureusement les questions, on apprend du moins à les poser nettement.

(i) Dans sa réponse à Tévêque de Luçon, qui remplaçait I^amotte à l'Académie française (6 mars 1733), et dans la préface de V Histoire de l'Académie des sciences, — (3) Voy. Dict. des sciences philosophiques, art. Fontenelle.

N est-ce pas encore un grand progrès que ce travail minutieux sur la langue, cette application de la grammaire à la philosophie ? Le soin de la forme, la critique sévère, le besoin d eclaircir et de discuter n'avaient jamais existé au même degré chez nos grands classiques. La langue phi> losophique de Bossuet paraît négligée à côté de celle de Condillac.

En résumé, le xviu® siècle lemporte sur le précédent par un retour marqué vers Tétude de Thomme, par une plus grande indépendance, par une méthode plus savante.

Nous pourrions citer plusieurs écrivains qui furent les promoteurs et les représentants de ces divers progrès.

Antérieurement à Condillac, Voltaire avait popularisé en France les œuvres de Locke, déjà traduites par Pierre Coste. Voltaire louait liOcke davoir^ait l'histoire de Tâme, dont les autres n avaient fait que le roman. La délicatesse de bon sens qui le distinguait le préserva des excès du sensualisme^ et, sans créer de système, il porta sur plusieurs points sa critique nette et lumineuse.

A côté de Condillac ou après lui, nous pourrions citer, dans I école sensualiste, les écrivains de Tencyclopédie, et dans le camp opposé, plusieurs Cartésiens tels que Buffier, André, Lignac, qui unissent aux traditions spiritualistes les nouvelles qualités que la philosophie emprunte à lesprit du xvni® siècle.

Mais aucun de ces écrivains ne représente la tendance philosophique de 1 époque aussi bien que Condillac. Chez lui lesprit du xvui® siècle se montre armé de toutes pièces et avec tout l'appareil de la science.

Condillac est assurément une des physionomies les plus originales que nous offre Thistoire de la philosophie. A Dieu ne plaise qu'en combattant ses doctrines nous

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