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Histoire de la Révolution, livre IX, chap. v

à la première séance de la Convention : « Déclarons que toutes les propriétés territoriales, industrielles et individuelles seront éternellement respectées ». IT oubliait que les progrès incessants de lesprit humain ne permettent pas d’enfermer aucune institution sociale dans des bornes éternelles. C’est pour cela que la Révolution avait jugé bon d’abolir la propriété industrielle des jurandes et la propriété territoriale du clergé’. Mais il s'agissait de rassurer les acquéreurs des biens natüionaux, que la crainte de voir leur propriété contestée aurait pu jeter dans le parti de la contrerévolution. Les hommes d'alors, dit Louis Blanc, n'osèrent pas pousser jusqu'au bout l'application du principe, et cependant la propriété individuelle n’avait pas plus de raison d’être pour les particuliers que pour les établissements ecclésiastiques, et, en dépouillant seulement ceux-ci, on commettait une injustice. On favorisait la bourgeoisie sans profit pour la masse du peuple. D'où ce mot d’un grand propriétaire à l’Assemblée constituante : « Je remercie l’Assemblée de m'avoir donné par son seul arrêté trente mille livres de

rentes ? ».

1. Histoire de la Révolution, t. VII, p. 232. 2. Ibid., tome III, chap. 1°.

Louis Blane, d’ailleurs, ne s'attaque pas au droit de propriété. Il critique seulement le mode actuel d'appropriation. Il prétend que tout homme a un droit égal à la propriété, et le rôle de la société doit être d'assurer le libre exercice de ce droit, Aujourd'hui, les uns ont tout et les autres n’ont rien. [1 faut que chacun ait de quoi subvenir à son existence. IL est loin d’en être ainsi, et la propriété, telle qu’elle est organisée chez les peuples modernes est anarchique. « L'extension abusive du droit de propriété a couvert la terre de révolutions et de crimes. Qu'est-ce que l’histoire, sinon le récit de la longue et violente révolte du genre humain contre le droit mal défini et mal réglé de celui qui, le premier, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : « ceci est à moi » et trouva des gens assez simples pour le croire »*.

La propriété est donc une institution du droit positif, et, comme tout ce qui est conventionnel, elle ne saurait être immuable. Elle a pour fondement l'utilité sociale, et elle doit être organisée pour le plus grand bien de la société tout entière. C'est le principe de l’immortel auteur du Contrat social: & Le droit que chacun a sur son propre

fonds est subordonné au droit que la communauté

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