Conférence à Saint-Denis, du 3 décembre
provisoire, et, plus tard, à l'Assemblée nationale, aux rancunes d’une majorité bourgeoise et réactionnaire.
Quant aux ateliers nationaux, ils furent à la fois un expédient pour remédier à la misère extrême des ouvriers sans leur faire l’aumône, et un procédé pour discréter le socialisme. La plupart des ouvriers étaient persuadés que €’était l'application du droit au travail proclamé par le Gouvernement. Or rien n'était plus contraire aux doctrines socialistes que d'employer les hommes à un travail improductif. Les ouvriers honnêtes rougissaient d’être employés à un travail avilissant et mal rétribué, tandis que les paresseux s’en allaient à
l'ouvrage en chantant :
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Nourris par la patrie, C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie.
Les ateliers nationaux furent établis entièrement en dehors de Louis Blanc. Le ministre des travaux publics, Marie, voulant donner satisfaction aux ouvriers, prit l'avis d’un jeune ingénieur, Emile Thomas. Celui-ci lui conseilla d'ouvrir, d'accord avec la Mairie de Paris, des chantiers de terrassements où seraient enrôlés les ouvriers qui le de-
manderaient. C’est ainsi que les ateliers nationaux
furent créés, et Emile Thomas en fut le directeur.
Le nombre des ouvriers s’accrut rapidement.
Du 9 au 15 mars, le nombre des enrôlements fut de 6,100. Il s'élevait à plus de 60,000 au 15 avril suivant, et le 15 juin, il: était de xr9,310. Les hommes étaient organisés militairement. Onze hommes formaient une escouade et nommaient parmi eux un escouadier; cinq escouades formaient une brigade commandée par un brigadier élu au suffrage universel; quatre brigades formaient une lieutenance et quatre lieutenances une compagnie. Un chef de service dirigeait trois compagnies, et un chef d'arrondissement s’occupait de tout l'arrondissement. Les ouvriers recevaient un salaire peu élevé qui, vers la fin, descendit jusqu’à un franc par jour.
Ce n’était pas l’organisation du travail rêvée par Louis Blanc; on n'y trouvait ni le partage des bénéfices qui ne pouvait exister pour un travail improductif, ni la solidarité qui doit exister entre tous les membres de l'atelier social. L'Etat n'était plus seulement un commanditaire, il était vérita-
blement un patron, faisant exécuter des travaux
1. Cf. notamment : E. Spuller. Histoire parlementaire de la seconde République.
en régie. C'était tout le contraire de ce que voulait Louis Blanc, et cependant, telle est la force de la calomnie, qu'il a dû lutter toute sa vie pour extirper ce préjugé sans pouvoir se disculper aux yeux de tous. Une telle persistance dans l'erreur ne peut s'expliquer que par la mauvaise foi de ses ennemis.
Et cependant, les témoignages de ses adversaires politiques abondent en sa faveur. C’est Emile Thomas qui, interrogé le 5 juillet 1848 par la commission d'enquête sur ses rapports avec Louis Blanc, répond: «Jamais je n'ai parlé à M. Louis Blanc, je ne le connais pas. Pendant que j'étais aux ateliers, j'ai vu M. Marie tous les jours, souvent deux fois par jour; MM. Recurt, Buchez et Marrast, presque tous les jours ; j'ai vu une seule fois M. de Lamartine, jamais M. Ledru-Rollin, jamais M. Louis Blanc, jamais M. Flocon, jamais M. Albert.» Et dans sa déposition du 28 juin 1848, il dit: « J'étais en hostilité ouverte avec le Luxembourg. Je combattais ouvertement l'influence de M. Louis Blanc'.»
Dans son /Jistoire de la Révolution de 1878, Lamartine, parlant des ateliers nationaux, écrit les
lignes suivantes : QIls n'étaient qu’un expédient