Ibid., IX, p
op la route de la liberté ; mais elle laissa sans solution la question, très importante pourtant, de savoir si beaucoup de ceux qui étaient à l'entrée de la route n'étaient pas condamnés par les circonstances du point de départ à l'impuissance de la parcourir. ° »
Après la Révolution les anciens Jacobins éprouvèrent une profonde déception en constatant l’insuffisance de l'égalité juridique pour la conquête de laquelle on avait versé tant de sang. Et c’est une des causes qui contribuèrent, au cours du xiIx° siècle, au développement du socialisme qui a précisément pour but la conquête de légalité réelle. Beaucoup de socialistes, et Louis Blanc lui-même, avaient cru que ce résultat serait atteint d’abord par la Révolution de 1830, puis par celle de 1848. C’est vers ce but que tend toute la littérature socialiste du début du xix° siècle. Le droit, en effet, dit Louis Blanc, n’est rien sans le pouvoir de l'exercer. € Qu'importe au malade qu’on ne guérit pas le droit d’être guéri ? * » Qu'importe d’avoir la faculté de travailler si on ne trouve pas à exercer son activité ! «Que servait de crier au prolétaire : € Tu as le droit de travailler », quand il avait à répondre : («Comment voulez-vous que je
Assemblée nationale, séance du 6 mars 1872.
1E 2. Organisation du travail, p. 19.
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profite de ce droit ? Je ne puis semer la terre pour mon compte : en naissant je la trouve occupée. Je ne puis melivrer à la chasse et à la pêche : c’est un privilège de proprictaire. Je ne puis cueillir les fruits que la main de Dieu fit mürir sur le passage des hommes : ils ont été appropriés comme le sol. Je ne puis couper le bois, extraire le fer, instruments nécessaires de mon activité: grâce à des conventions auxquelles on ne m’appela point, ces richesses que la nature semblait avoir créées pour tous sont devenues le partage et le patrimoine de quelques-uns. Je ne saurais donc travailler sans subir les conditions que vont me faire les détenteurs des instruments de travail, Si, en vertu de ce que vous nommez la liberté des contrats, ces conditions sont dures à l'excès ; si l’on exige que je vende mon corps et mon âme ; si rien ne me protège contre le malheur de ma situation ; ou même si, n'ayant pas besoin de moi, les distributeurs de travail me repoussent,... que vais-je devenir ?... Le droit de travailler me paraitra-t-il un don bien précieux, lorsqu'il me faudra mourir d’impuissance et de désespoir au sein de mon droit. » Il ne suffit pas d'accorder à l’ou-
vrier le droit de subvenir à son existence par son