‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 16 sur 162 · Histoire de la Révolution, tome I, p · texte numérisé non relu

Histoire de la Révolution, tome I, p

ch o8e travail, il faut encore lui donner le pouvoir de le faire ; et, pour cela il faut lui reconnaître le droit d'exiger de la société les choses indispensables à la conservation de la vie en échange d’un travail équivalent.

L'exercice du droit au travail peut se concevoir de deux façons différentes. Dans un premier système, la société fournirait à l'individu, à titre de prêt, l'instrument de travail. Le capital serait ainsi pour l’ouvrier un simple moyen de travailler qui ne serait pas susceptible d’appropriation individuelle. Il resterait la propriété commune de la société, et l'ouvrier n’en aurait que la possession précaire. La société, représentée par le gouvernement au pouvoir, ferait l'acquisition d'usines ou d'entreprises privées, et les ferait exploiter par ses membres entre lesquels elle répartirait elle-même les bénéfices, le capital social étant et devant rester inaliénable. Ce mode d'organisation du travail est la base du collectivisme moderne.

Dans un autre système, l'ouvrier devient propriétaire du capital productif indivisément avec tous les autres membres du corps social. Le droit au travail se réalise au moyen d'associations de travailleurs contrôlées par l'Etat et commanditées par lui. Chaque associé conserve le droit de se

retirer en emportant sa part de l'actif social. C’est

Horaquer le système des réformateurs de la première moitié du xix° siècle, notamment de Louis Blanc.

La formule « droit au travail » a été employée pour la première fois par Fourier, qui, dans sa Théorie de l'Unité universelle, écrit que c’est le premier des droits naturels de l’homme. Bien que Louis Blanc n’emploie pas la formule même «droit au travail», dans son livre sur & l'Organisation du travail », il a cependant toujours été partisan de l'exercice de ce droit’. Aussi, dès que les événements politiques l’eurent porté au pouvoir, il se hâta de profiter de la pression du peuple victorieux pour faire décréter le droit au travail par le Gouvernement provisoire. Le 26 février, la proclamation suivante était insérée au Moniteur Officiel :

« Le gouvernement provisoire de la République « française s'engage à garantir l'existence de l’ou- « vrier par le travail.

« Il s'engage à garantir du travail à tous les « citoyens.

« Il reconnaît que tous les ouvriers doivent « s'associer entre eux pour jouir du bénéfice légi- « time de leur travail ».

Cette proclamation, où l’on retrouve l’inspira-

1. Louis Blanc donne toujours au gouvernement le conseil suivant : « Assurez du travail»; mais jamais, avant 1848, il n'emploie la formule « droit au travail ».

LOS tion de Louis Blanc, surtout dans le dernier paragraphe relatif aux associations de travailleurs, ne fut suivie d'aucun effet. Car, ainsi que nous le verrons dans la suite, il ne faut pas considérer comme une application du droit au travail les ateliers nationaux créés par le Gouvernement provisoire. Dans la pensée de la plupart des socialistes, en effet, l'Etat ne doit pas employer les ouvriers à un travail quelconque, mais il doit les occuper suivant leurs aptitudes, et surtout suivant leurs goûts. C’est la théorie de Louis Blanc, qui demande que les travailleurs soient organisés en associations dont chacune comprendra un certain nombre d'ouvriers appartenant au même corps de métier. Or, dans les ateliers nationaux, tous les citoyens enrôlés étaient occupés indistinctement à des ouvrages de terrassement, et on peut dire que c'était plutôt des ateliers de charité que l'application du droit au travail tel que le conçoivent les socialistes. L'article 7 de la Constitution de 1848 n'eut pas un meilleur sort que la proclamation du 26 février, et aucune mesure ne fut prise pour assurer son application. Cet article était ainsi conçu : « Le droit au travail est celui qu'a tout homme de vivre en travaillant. La société doit, par les moyens généraux et produc-

tifs dont elle dispose et qui seront organisés ulté-

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