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rieurement, fournir du travail aux hommes valides qui ne peuvent s’en procurer autrement ». Dans la pensée des rédacteurs de la Constitution, cet article avait été écrit pour donner satisfaction, au moins en apparence, au parti socialiste, mais ils pensaient bien qu’il ne sortirait jamais du domaine de la théorie. II fut en effet adopté dans le comité de constitution sur la proposition d’Armand Marrast, adversaire acharné de Louis Blanc et du socialisme, qui prétendait que la reconnaissance du droit au travail était indispensable pour ramener à la République les travailleurs manuels qui commencçaient à s’en éloigner.
Ainsi, bien que le droit au travail aitété inscrit plus d’une fois chez nous dans les pactes constitutionnels, il n’a été mis en pratique à aucune époque. Les ateliers de charité établis en France au xvi° siècle, les ateliers de secours de Turgot, les chantiers établis en 1789 sur la butte Montmartre, ne furent nullement l'application de ce droit. Il en a été de même à l'étranger, et ce n’est pas la théorie du droit au travail qui a inspiré les workhouses anglaises et les colonies hollandaises de Frédéricsord et de Veenhuisen. Toutes ces institutions sont surtout des œuvres d'assistance.
Le droit à l'assistance est d’ailleurs inséparable
du droit au travail, et il doit s'exercer concurrem-
M) ee ment avec lui; il a pour objet de porter secours à ceux que le grand âge, la maladie ou les infirmités empêchent de travailler. Louis Blanc estime que le droit à l'assistance est aussi indispensable que le droit au travail. Cependant la charité officielle ne lui inspire pas beaucoup de confiance. Il à vu de près le fonctionnement de ce régime pendant son séjour en Angleterre et il a été frappé des inconvénients qu'il présente.
En Angleterre, dit-il, l’assistance par l'Etat remonte à une origine fort ancienne. La reine Elisabeth, parcourant ses Etats, fut frappée de la grande misère de ses sujets. € De là, en 16017, l’acte fameux qui posait ce principe qu'une société doit à ses membres du travail ou du pain ». Il confiait au marguiller, dans chaque paroisse, le soin de fournir au pauvre valide les matières premières nécessaires à l'exercice de sa profession. Depuis cette époque, l'assistance officielle a toujours existé en Angleterre ; les formes seules ont varié très souvent. On y subvient par la taxe des pauvres (poor rate), qui, depuis 1601, n’a pas cessé de figurer au budget.
En 1795, une famine provoqua une cherté excessive du prix du blé. La misère des ouvriers fut extrême. Pour y remédier, on fixa un minimum
au-dessous duquel le salaire ne pourrait descen-
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dre. Les magistrats de chaque paroisse furent invités à le compléter avec l’aide des ressources fournies par la taxe des pauvres, toutes les fois que le chiffre fixé n’était pas atteint. Ce fut le système des secours à domicile (allowance system).
Des abus nombreux ne tardèrent pas à se produire. Souvent l’ouvrier préférait le maigre salaire qu'il gagnait dans sa paroisse au travail rémunérateur qu'il aurait pu obtenir dans une paroisse voisine. Les patrons eux-mêmes exploitaient la situation et ils menaçaient de fermer leur usine si on ne secourait pas les ouvriers. La taxe des pauvres, qui suppléait à l'insuffisance du salaire, leur permettait de payer les ouvriers moins cher. Aussi elle quadrupla en l’espace de cinquante ans, et, en 1833, elle atteignait huit millions de livres sterling.
Pour enrayer cet accroissement des charges publiques, on promulgua une nouvelle loi des pauvres qui reçut la sanction royale le 14 août 1834. Cette loi proclame de nouveau le droit à l’assistance, maie elle en règlemente l'exercice. Elle supprime les secours à domicile et décide que l'indigent ne sera plus secouru que dans les maisons de travail (workhouses). Les workhouses avaient été créés en 1722 par un acte connu sous
le nom d’Acte de sir Edouard Knatchbull. La loi
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nouvelle réunit plusieurs paroisses pour former l’Union, et elle confie l'administration de la taxe des pauvres pour cette nouvelle circonscription à un « bureau de gardiens » élu par les contribuables. Enfin elle crée une commission centrale, véritable ministère des pauvres, qui réside à Sommerset-House.
Le but de cette loi était de réfréner le paupérisme en lui faisant peur. Le workhouse était pour l’homme valide un véritable bagne. La nourriture consistait en une bouillie d'avoine, et l’homme qui y entrait devait dire adieu à tous les siens. Quand il en sortait, il était marqué du sceau d’infamie et il ne trouvait plus à s'occuper nulle part.
La loi ne put être appliquée dans toute sa rigueur, et la misère ne fut pas atténuée. On dut bientôt revenir au système des secours à domicile, et, en 1874, le montant total de la taxe des pauvres pour l'Angleterre et le pays de Galles était de 192,263,499 francs *.
Ce système, dit avec raison Louis Blanc, abaisse le niveau moral de l’ouvrier et lui apprend à ne
plus rougir. & La taxe des pauvres qui ne devait
1. Conférence du 25 mars 1877, au profit des ouvriers lyonnais.
Ne
servir qu'à suppléer au manque de travail servit à alimenter la paresse ; le pain de l’aumône tendit de plus en plus à dégrader les malheureux que l’aumône seule nourrissait * ». L'assistance est bonne pour les vieillards et les infirmes, mais pour les hommes valides, qui ne demandent qu’à travailler pour vivre, elle est une injure. Il ne faut pas faire l’aumône aux gens, mais plutôtles mettre en état de s’en passer. « Le peuple admet parfaitement des hospices pour les vieillards, des hôpitaux pour les malades, Bicêtre pour les fous; mais ce qu'il n’admet pas, c’est qu'on abaisse au rôle de mendiants des hommes sains de corps et d’esprit et qui ne demandent qu'à gagner honnèêtement leur vie. À qui se sent capable de se suffire, le secours est une offense * ». |
L'assistance officielle tarit les sources de la charité privée. En Angleterre, on va même jusqu'à infliger une amende à l’homme qui fait laumône. L’amende étant attribuée au dénonciateur, on voit parfois le mendiant qui vient d’être secouru courir dénoncer son bienfaiteur. Louis Blanc cite un fait qui met bien en lumière cet état
de choses : & Un jour, dit-il, c'était par un hiver