‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 21 sur 162 · Conférence du lac Saint-Fargeau, 26 octobre · texte numérisé non relu

Conférence du lac Saint-Fargeau, 26 octobre

Ms Dee nes corporations dans ce qu'elles avaient de bon et s'organiser en sociétés de secours mutuels.

Le plus grand obstacle que rencontre l’assurance obligatoire, c’est la difficulté de constituer le fonds de secours et de l’administrer. Il est de toute équité que l’ouvrier y contribue au moyen de prélèvements opérés sur son salaire. La loi de 1894 constitue les caisses des retraites dans les mines par une retenue de 4 p. 100 sur le salaire mensuel de l’ouvrier, dont 2 p. 100 peuvent être mis à sa charge, le surplus incombant au patron. La loi de 1898 laisse l'indemnité à payer aux victimes d’accidents du travail entièrement à la charge de l'employeur ; mais il est facile à celui-ci de rentrer dans ses déboursés en payant son personnel moins cher. Et lorsque la loi a commencé à fonctionner, plusieurs grèves furent provoquées par ce fait que les patrons retenaient sur le salaire des ouvriers le montant des primes d'assurances qu'ils payaient aux compagnies. Il faut remarquer, d’ailleurs, que l'assurance par l'Etat n’est pas obligatoire; l’assuré peut s'adresser à une compagnie privée et c’est ce qui se produira le plus souvent, les tarifs de l'Etat étant sensiblement plus élevés et beaucoup moins élastiques que ceux des compagnies.

Le législateur a été retenu par la crainte que le

Me

monopole des assurances ne fût pour l'État une charge trop lourde. Créer de nouveaux impôts ou augmenter ceux qui existent déjà serait remplacer un mal par un autre. Les socialistes prétendent trouver des ressources suflisantes dans une élévation des droits de succession. Quelques-uns vont même plus loin, et ils demandent que l'Etat reprenne l'exploitation de tous les monopoles concédés à des particuliers. C’est ainsi que Louis Blanc propose la formation d’un budget des travailleurs, destiné à secourir les ouvriers en cas d'accident ou de maladie, et à leur assurer une retraite lorsqu'ils auront un âge avancé. Ce budget serait alimenté par les ressources provenant du rachat des chemins de fer et des mines, la transformation de la Banque de France en Banque nationale et la centralisation des assurances *. C’est là, dit-il, le seul moyen de supprimer le paupérisme, mais € par je ne sais quelle imbécile frayeur de toute chose nouvelle, on semble prendre racine dans la douleur et dans le mal ».

Sans procéder à une réforme aussi complète, qui pourrait effrayer bien des esprits parce qu’elle réaliserait presque entièrement le rêve du collec-

tivisme, on peut très bien admettre que l'Etat

1, Conférence du lac Saint-Fargeau, 26 octobre 1879.

RS décrète l'assurance obligatoire et qu'il s’en réserve le monopole. Les assurés auraient ainsi une garantie qu'ils ne trouvent pas auprès des sociétés privées sujettes à tomber en faillite. Il serait facile à l'Etat d’abaisser le taux des primes, car il n’aurait pas à réaliser les bénéfices énormes dont pro-

fitent les actionnaires des grandes compagnies.

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