CHAPITRE II
La concurrence et l’ouvrier. — Le salaire. — La misère. — Les systèmes pénitentiaires. — Les caisses d'épargne.
On a souvent reproché aux socialistes leur matérialisme. On a dit qu'ils cherchaïent à flatter les appétits grossiers de la multitude. Quelquesuns le reconnaissent et s’en glorifient, et ils prétendent que la question sociale n’est qu'une question de salaires, ou, suivant une expression un peutriviale de Lassalle, une «question de ventre ». Le socialisme trouve en effet sa raison d’être dans la misère qui accable une certaine classe de la société, composée en majeure partie de salariés. Cette classe n’a pas d’autre moyen d'existence que le prix de son travail et c’est parce qu'il est insuffisant qu’elle est misérable. Les efforts des réformateurs doivent donc tendre à améliorer le sort
de la classe pauvre par une élévation du taux des
IDE salaires, à moins qu'ils n'arrivent à le supprimer complètement pour le remplacer par un mode de rémunération plus avantageux pour le travailleur et en même temps plus équitable.
L'insuflisance du salaire n'avait pas été sans frapper les économistes. Adam Smith, dans son ouvrage fameux € Recherches sur la nature et les causes de la riehesse des nations », faisait remarquer que le taux du salaire dépend du rapport qui existe entre le nombre des ouvriers cherchant un emploi et la somme des capitaux destinés à rémunérer le travail. C’est la théorie du fonds des salaires, connue sous le nom anglais de wage fund, qui est à peine esquissée par Adam Smith et qui sera reprise et développée par ses disciples, notamment par John Stuart Mill. Louis Blanc adopte cette théorie et il en tire toutes ses conséquences. « L'effet naturel de la concurrence illimitée, ditil, est de faire dépendre le salaire de la proportion qui existe entre le nombre des ouvriers à employer et cette portion de la richesse qui, sous le nom de capital, sert à acheter le travail‘ ». Ainsi, sous le régime actuel, le travail est une marchandise, qui obéit comme les autres à la loi
commune des échanges, la loi de l'offre et de la