CHAPITRE VI
Le commerce. — Le crédit. — La monnaie.
Il a été donné à l’économie politique moderne de mettre en lumière l'utilité du commerce. Le commerce ne crée pas la richesse; il n’ajoute rien à l'aptitude à satisfaire nos besoins que possède la richesse déjà créée ; il a pour objet de mettre la chose produite entre les mains de celui qui doit la consommer et, à ce titre, il estindispensable dans nos grandes nations modernes où le troc primitif serait très difficile à pratiquer.
Les physiocrates n'avaient pas vu ce rôle du commerce, el, pour eux, les commercants étaient une classe stérile. Louis Blanc partage cette idée, et il appelle le commerce «le ver rongeur de la production ». Dans l'ordre social actuel, on ne peut se passer des commerçants, mais il faut faire en sorte que leur nombre soit aussi restreint que
possible. Pour cela on pourrait généraliser le sys-
tème qu'emploient aujourd'hui les maisons de commerce considérables, et créer, partout où les besoins de la consommation l’exigent, des magasins et des dépôts.
« Fourier, dit-il, qui a si vigoureusement attaqué l'ordre social actuel, et après lui Victor Considérant, son disciple, ont mis à nu, avec une logique irrésistible, cette grande plaie de la société qu'on appeile le commerce. Le commercant doit être un agent de la production, admis à ses bénéfices et associé à toutes ses chances ". »
En effet, le commerce fait vivre aujourd'hui une foule d'individus dont l'activité pourrait être employée beaucoup plus utilement ailleurs. Il occasionne des frais énormes et souvent superflus qui retombent en dernière analyse sur le consommateur. On a remarqué par exemple que le beurre de Normandie, accaparé par de gros négociants, était acheté à Paris par les marchands qui approvisionnent la eonsommation de la région. Il revient ainsi au pays de production, majoré du prix d'un transport inutile et de la commission des intermédiaires. Benoit Malon nous cite le cas d’un cultivateur du Lot qui, sur un envoi de fruits à Paris vendu 600 fr., toucha seulement 53 franes.