Benoit Mazon. Le Socialisme intégral, tome II
employés, nommés par l'État, seront de véritables fonctionnaires. On prélèvera 5 0/0 pour frais géné- “aux, et le compte de chacun sera arrêté tous les quinze jours. À ce moment, si l’objet warranté a été vendu, le porteur du warrant pourra en retirer le prix, déduction faite du 5 0/0. L'Etat réalisera de la sorte de gros profits, car les frais d'administration ne s’élèveront pas à plus de 2 1/2 0/0. Il emploiera l'excédent à doter le budget du travail.
Les désiderata socialistes ont reçu satisfaction sur ce point dans une certaine mesure. Une loi du 28 mai 1858 a institué des magasins généraux où peuvent être déposés des matières premières ou des objets fabriqués. Le droit d'autoriser l’ouverture de ces établissements, d’abord réservé au gouvernement, a été transféré aux préfets par la loi du 31 août 1870. Le concessionnaire doit verser un cautionnement entre les mains de l'État, pour garantir les déposants des risques de faillite ou autres. Les tarifs doivent être approuvés par le préfet. C’est à cela que se borne le rôle du pouvoir, dont le profit consiste uniquement dans le droit de timbre établi sur le warrant.
Mais linstitution actuelle est loin de remplir complètement le rôle qu’avaient rêvé les socialistes.
Les magasins généraux sont peu nombreux, parce
que leur création est laissée à l’initiative privée. Les particuliers, qui ont surtout en vue leur intérêt personnel, ne demandent à en fonder que dans les villes importantes où ils sont assurés d’un chiffre d’affaires suffisant. Or, dans la pensée socialiste, telle que nous la trouvons chez Louis Blanc et telle qu’elle existe encore aujourd'hui chez certains collectivistes, la base de la nouvelle organisation serait la Commune. Chaque commune serait le siège d’un atelier social en même temps que d’un magasin général. Tels qu’ils fonctionnent actuellement, les magasins généraux ne servent qu'à augmenter les bénéfices de quelques gros industriels qui, placés à proximité, en profitent, et peuvent ainsi diminuer l’étendue des locaux consacrés à leur commerce. Les magasins généraux, d’ailleurs, ne servent qu'au commerce de gros, tandis que les socialistes ont surtout en vue le commerce de détail.
L'industrie des transports, qui a pour objet d'enlever les marchandises du lieu de production pour les mettre à la disposition de celui qui doit les consommer, fait partie intégrante du commerce. Aujourd'hui, les transports se font en grande partie par voie ferrée, et c’est ce qui donne à la question des chemins de fer une grande importance.
Louis Blanc a vu construire les premiers che-
mins de fer; il a été témoin des discussions que leur organisation a soulevées. ILs’est mêlé lui-même à la lutte, et, dans les colonnes du journal le Bon Sens, il s’est prononcé en faveur de l'exploitation directe par l'Etat. Il approuve le projet présenté au nom du gouvernement par Martin (du Nord), ministre du commerce, en 1838, qui avait pour objet la construction et l’exploitation par l'Etat de neuf grandes lignes de voies ferrées, et il se prononce nettement contre la concession aux compagnies.
Mais le projet ne fut pas plus tôt connu qu'il souleva les fureurs de la bourgeoisie dominante. « L’exécution des chemins de fer par l'État enlevait en effet aux banquiers, aux faiseurs d’affaires, aux joueurs de l'industrie, aux capitalistes des deux Chambres, une proie sur laquelle ils avaient compté ». On prétendit que l'État était incapable d'exécuter de grands travaux, et que les lignes projetées seraient construites beaucoup plus vite et plus économiquement par des compagnies guidées par leur intérêt privé”. Aussi la cause de l'État fut soutenue en la circonstance par le parti républicain, et la campagne en sa faveur fut
menée par les Journaux de l'opposition comme