Louis Blanc. Histoire de dix ans, V, chap. xt
le National, le Journal du Peuple, et le Bon Sens.
On ne voyait pas, ajoute Louis Blanc, le danger que pouvait faire courir à l’État les grandes sociétés qui, avec leurs milliers d'employés, constituent un véritable « État dans l'État ». On créait une féodalité nouvelle dont le joug serait d'autant plus difficile à briser qu'il serait d'or. Et, si les compagnies se trouvaient composées d'hommes antinationaux, quelle carrière ouverte à la trahison dans une circonstance critique !? » Les moyens de transport ont en effet, en cas de guerre, une importance capitale. Les soldats du premier empire disaient que Napoléon faisait la guerre avec leurs jambes. Aujourd'hui, les voies ferrées suppléent les jambes, mais les conditions de la guerre n’ont guère changé, et, en cas de conflit, la victoire serait à la nation qui pourrait concentrer rapidement ses forces. Les chemins de fer ont donc un intérêt stratégique très grand, et on ne comprend pas que l'État, qui s’est réservé le monopole de la fabrication de la poudre, laisse à des particuliers le soin d’assurer les transports. L’anonymat des associations n'est pas fait pour encou-
rager leur patriotisme, et elles se soucieront
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plutôt de l'accroissement de leurs dividendes que du succès de nos armes.
Avant d’accaparer les chemins de fer, la féodalité financière avait déjà acquis le monopole du crédit. D’après Louis Blanc, l'objet du crédit doit être d'assurer des instruments de travail aux ouvriers. Or, ilest loin d’en être ainsi. Aujourd’hui, les banques privées ne font aucune avance sans qu'on leur offre des garanties sérieuses. Et, si elles agissaient autrement, elles marcheraient à une ruine certaine’, Pour organiser le crédit, l'État a investi d'un privilège exorbilant une société de gros financiers qui ne songent qu'a augmenter leurs bénéfices. La Banque de France n'accepte pas à l’'escompte le papier du pauvre. C’est la banque de la bourgeoisie ; propriété de quelques barons de la finance, elle ne fait des avances qu'aux gens aisés ?.
Pour que le crédit remplisse sa mission, il faudrait créer avec le concours de l’État une Banque du peuple. La banque d'État pourrait consentir des prêts à l’homme laborieux et honnête qui a envie de travailler et qui n’a d'autre garantie que
sa parole. IT faut que l'intelligence du jpauvre ait