Les thermes de Luchon, sont-ils les anciens thermes onésiens?
ANS un de ses savants travaux « Les ConvenEf et les Consoranni » — celui-ci publié dans la Revue des Pyrénées en 1893 — M. Bladé, correspondant de l'Institut, si justement réputé pour sa grande érudition et pour ses connaissances spéciales en géographie ancienne, soutient que les « Tliermes Onésiens » dont parle Strabon, ne sont pas représentés, comme on l'avait cru généralement Jusqu'ici, par ceux de Bagnères-de-Luchon.
Voici comment l'auteur s'exprime : « Strabon place dans le municipe des Convense, créé sous Auguste, les Onesii chez lesquels se trouvaient des thermes alimentés par d'excellentes eaux. On a prétendu trouver ces thermes à Bagnères-de-Luchon. C'est absurde puisque Luchon est, sans conteste, un nom de vallée, et qu'à l'époque romaine il existait déjà, comme le prouvent les inscriptions précitées*. Les thermes romains de Bagnères-de- Luchon — dont on a trouvé d'incontestables vestiges — étaient donc distincts de ceux des Onesii. Mais où chercher ceux-ci? Le pays des anciens Convènes abonde en eaux thermales. Il en existe aussi dans ceux qu'occupaient jadis les Consoranni et les Bigerriones,
\. Thermes des Onésiens, d'après l'exacle traduction de Strabon.
2. A propos de la déité Ilixo, M. Bladé venait de dire, en effet, un peu plus haut : ■ Le nom de ce dieu est gravé sur quatre inscriptions trouvées à Bagnéres-de-Luchon. Voilà donc bien un nom de pays, car il s'applique à toute une vallée, vallis Luxonis, ou I.uchon des temps féodaux et monarchiques, et non pas seulement à la station thermale de Bagnères. >
Begerri ou Bigerri. Or, nous savons que ces deux pays faisaient partie de la cité des Convenœ, créée sous Auguste. Il se pourrait donc fort bien que Strabon, qui écrivait sous son successeur Tibère, ait désigné ici une localité sise en dehors de la future Civilas Convenarum. »
En note de ce passage, l'auteur ajoute : « Sacaze. dans ses 77iscripUons antiques des Pyrénées, p. 474 à 522, sous la rubrique Onesii et vicina, fournit des inscriptions des vallées de Ludion, de Larboust, d'Aran. de Barousse, de Louron, d'Aure et de Nestc. Tout en déclarant que les limites des Onesii sont très difficiles à déterminer, il leur donne visiblement les vallées de Ludion et de Larboust. Sacaze admet en outre que le cours d'eau qui vient du lac d'Où a toujours porté le nom d'Onc. Je n'accepte pas cette doctrine, et j'ai dit pourquoi, dans un Mémoire lu au congrès des Sociétés savantes en 1893. »
Or, voici, et afin de bien poser dès le début les éléments de la question, le passage du Mémoire au(iuel fait allusion M. Bladé : « Passons niaintenent au nom du cours d'eau qu'on a récemment baptisé du nom d'One (ou Onne). D'après ceux qui affirment la réalité de l'antiquité de ce vocable, leur dire serait confirmé par les appellations du village et du lac d'Oô. Mais la vérité est que, dans les cartes antérieures à la Révolution, le torrent dont il s'agit est dénommé tantôt le Go, et tantôt Ncste. Il est d'ailleurs hors de doute que, dans les vallées voisines de Larboust', d'Oueil, d'Aure, etc., les cours d'eau portent le nom de Ncste. L'expression Onne ou One est essentiellement moderne. »
L'auteur invoque, à l'appui de son opinion, la grande carte géographique des Pyrénées manuscrite, conservée à la Bibliothèque nationale et dressée entre 1770 et 1780. « La lacune n'est pas comblée, dit-il, par la carte imprimée que Iloussel publia postérieurement^. »
Tout ce qui est relatif au nom de la rivière qui traverse le faubourg de Barcugnas, au nord de la ville de Luchon, et dont la dénomination a ainsi varié, suivant M. Bladé lui-même, fera l'objet de la seconde partie de cet article.
Voyons d'abord où pouvaient bien être ce petit peuple les Onésiens , et leurs thermes, dont l'excellence était déjà proclamée dans la haute antiquité commingeoise.
1. Ou l'Aihousl, iiir les deux oilliogra|ili(.'s ont cic usilces.
2. Voir Les soura:< il l'ciiibijucliiirc de la Garonne, p. C cl 7, PXliiiil ilii Dullelin de ijéographic /listonijiii; (1893).
Les Onésiens et leurs Thermes
FiENONS le texte lui-même du géographe grec. Strabon écrivait vers l'an 39 de notre ère. C'est le plus ancien auteur qui ait parlé de notre pays des Convénes. On lit au livre iv. p. 190 de ses œuvres:
« ... TTp":; [j.£v xfj z'jpT|Vr, tï;v t(7)v Kîvîuîvwv, o èœti !îuvr,/.'J2tov, kv Y] •:ï3A'.; AîÙYOiuvov ■/.%>. xi Ttov 'Ovï;aiûv Oîpij.à y.â/./.iT-a T.z-.<.\j.iji\ir.z\> 'joax:;... »
« Du côté des Pyrénées est la terre des Gonvcnes, c'est-à-dire des associés. On y trouve la ville de Lugdunum et les thermes des Onésiens qui fournissent en abondance des eaux excellentes. »
il est hors de doute que le géographe ne signalait, à propos de Lugdunum des Convénes et de son voisinage, les thermes des Onésiens que parce qu'ils étaient les plus importants déjà et les plus renommés.
Or, quelle autre station balnéaire, dans la région de Lugdunum, a laissé plus de vestiges que celle qui, antérieurement à l'occupation romaine, était dédiée au dieu tutélaire Ilixo (Luchon) ? C'est le vrai vocable qu'a rétal)li notre épigraphiste Julien Sacaze. L'ayant relevé dans quatre inscriptions locales, Ilixo, Ilixoni', il l'a opposé à cet autre nom Dco Luxoni, écrit en dédicace sur le petit autel votif scellé dans une nicJie au-dessus du portique de l'établissement thermal de Luchon, et dont il a péremptoirement démontré la fausseté. Le mot primitif Ilixo a fini cependant par devenir Lixo, comme Ilerda Lérida, par « la chute de l'i » ; mais il ne se rencontre ainsi dans aucune inscription authentique.
Quoi qu'il en soit, les Romains trouvèrent en ce lieu de l^uchon des sources consacrées à cette divinité topique. En ayant constaté les excellents effets^, ils en firent une station privilégiée. I^es nombreux autels votifs mis au jour, ainsi que les autres débris d'antiquités, l'attestent. Ils ont enrichi les musées et les collections particulières. On en recueillit lors des premiers travaux ordonnés par l'intendant d'Etigny. A ce sujet, il est intéressant de noter ici le témoignage d'un contemporain des premières découvertes faites au siècle dernier. C'est celui d'un ecclésiastique commingeois,
1. Inscriptions antiques des Pyrniivs. ir- 321, 322, 323, 321.