‹ Les thermes de Luchon, sont-ils les anciens thermes onésiens?Chapitre 2 sur 7 · Straboit · texte numérisé non relu

Straboit

auteur d'un recueil de poésies', accompagné de remarques sur l'histoire locale.

Au bas d'une page, dans son poème sur la Nymphe de Luchon, il écrivait ces lignes : « En creusant la terre à l'endroit où sont aujourd'hui les bains de Lassale ^ — c'était au mois de septembre 1766 — on trouva des monuments qui ne permettent pas de douter que ces bains ne fussent connus des Romains. J'y vis. il y a trente ans, plusieurs petites colonnes à quatre faces, d'un marbre blanchâtre et grossier, avec des inscriptions aux Nymphes, dont on pouvait lire quelques-unes et toutes terminées par quatre lettres majuscules dont le sens m'apassé'. J'y vis encore un buste sur son piédestal, de la même matière et bien entier, avec cette inscription : CLAVDIVS RVFFVS, et plusieurs autres pièces d'un marbre noirâtre dont je ne connais pas la destination. Il est à présumer que tous ces monuments n'ont point échappé à la curiosité des amateurs d'antiquités*. »

Celui dont il s'agit fait aujourd'hui partie de la collection de M. de Bernis-Galvière, à Vczenobre (Gard).

Un autre, que l'on volt dans le beau vestibule des thermes

1. Il esl inlilulé : Mes Ennuis ou recueil de quelques pii;ces de poésie, faites pour dissiper les ennuis d'une solitude cliampêlre, mêlées de prose et placées selon l'ordre de leur naissance, par llordaijes, cure d'Estancarhon, diocèse de Comnimfjcs. Le volume fut publié à Amslerdam, sans date. Mois on y voit, par ccrtnins petits poèmes qui portent bien la marque de cette époque, que l'auteur fut le contemporain de d'Etigny et du duc de Richelieu, le brillant gouverneur de Guicnne et Gascogne, dont M. le baron de Lassus nous a raconté l'entrée et réception à Sainl-Gaudcns, le 24 octobre 1762 fltevue de Comminges, t. V. p. 17). La pièce consacrée à la Nymphe de Luchon, chante les louanges de < Madame la comtesse de Brionne, aux bains Je Bagnéres-de-Luchon, le mois de septembre 1776. • On peut voir à ce sujet l'article - L'Intendant d'Etigny à Luchon • (Revue de Comminges, t. III, année 1887, p. 138 et suivantes).

2. La famille Lafont-Lassale possédait en ellet, à coté des sources appartenant à la ville, des bains qui lirciit avec cette dernière l'objet d'un long procès en 1783. Sous l'administration de l'intendant de Lachapelle, successeur de M. d'Etigny, ils furent acquis par le syndic de la communauté de Bagnères, M. d'Avajean de Martres.

3. Les lettres dont parle Bordagcs sont caractéristiques des dédicaces, sur les autels volils, V. S. L. M. Les épigraphistes s'accordent généralement pour en traduire ainsi le sens : votum soloit libenkr merilo; • a acquitté son vœu par un accomplissement spontané ■. Mais ne paraitrait-il pas plus naturel, lors(|ue les autels votifs ont été érigés après des cures thermales, de proposer cette lecture plus appropriée à la situation et plus simple : l'Oliint solvit libcralus morbo ; > accomplit son vœu, étant délivré de son mal ■?

4. Bordages parlait mal la langue des archéologues. 11 s'intéressait pourtant au.\ découvertes. En note encore de la page 87 de son volume de vers, il dit : > Slancarbon, quoique chétif village, oITre des monuments de l'antiquité la plus reculée ■. El il consacre trois pages a relater diverses trouvailles failes dans ciMle paroisse, h 5 kilomètres au levant de Saiiil-Gaudens, au bord du plateau qui douiine la Garonne et l'assiette de l'ancienne voie romaine de Tolosa à Lugdunum, dont le chevalii-r du Mège retrouva les traces vers 1820; € Un grand chemin bien pavé, dit Bordagcs, qui vraisemblablement était l'œuvre des Bomains. On dil qu'il commençait à Seisses. à deux lieues de Toulouse, et finissait à Lion de Comminges, aujourd'hui Saint-Bertrand, el qu'un auteur ancien en fait menlion. ■

actuels, avait été mis au jour, quatre ans auparavant, en 1762, sous les yeux de M. d'Etij^ny et en présence du maréchal duc de Richelieu. C'est un l)el autel, sur socle, dédié aux Nymphes augustes, NYMPHIS AVG. SACHVM, orné à droite d'un préféricule et à gauche d'une patcre pour les sacrifices. Trois ans après sa découverte, le ciiiniisle Bayen le retrouvait devant les bains, servant de piédestal à une croix de bois. Encore aujourd'hui, il n'est pas rare, dans nos contrées, de voir les débris du culte payen ainsi adaptés à notre culte dont ils attestent la victoire.

L»s notes prises par un autre contemporain, qui fut syndic de la communauté à la fin du dernier siècle, Barrau, père ou grand-père du docteur de ce nom dont l)ien des Luchonnais conservent encore le souvenir, rapportent d'autres découvertes d'antiquités.

On arrive ainsi au début de notre siècle (de 1805 à 1807), sous l'administration de Paul Boileau, auquel nous consacrâmes, dans ce recueil, une notice en 1892. En faisant alors des fouilles pour les fondations du précédent établissement de bains, ou découvrit deux bassins, l'un de 1 mètre 7.j dans tous les sens, l'autre de mètres 50 sur chacun de ses côtés, avec la même profondeur que le premier. Us étaient sur la même ligne, au pied de la montagne, et dallés de marljre blanc. Les jointures, si bien unies, s'apercevaient à peine. 11 fallut casser le marjjre dont on ne put disjoindre le dallage. Tout autour régnait un gradin servant sans doute de siège aux baigneurs.

Ces détail» sont contenus dans une lettre de M. Roger, souspréfet de Saint-Gaudens ', adressée au préfet qui était alors M. Desmousscaux, et datée du 4 octobre 180G. On les retrouve dans une Notice sur la ville de Luchon, publiée par un autre sous-préfet, M. Trincaud de La Tour, que la révolution de 1830 trouva en fonctions à Saint-Gaudcns. Feu le U'' Lambron a consigné tout cela dans le tome premier de son ouvrage sur les eaux de Bagnères-de-Luchon, ainsi que les autres vestiges des temps romains, exhumés au cours des travaux des nouveaux thermes. M. Chambert, architecte, les lit connaître dans le Journal de Toulouse du [) janvier 18i6. Ils consistaient en piscines, réservoirs, caniveaux et objets divers.

D'après l'ingénieur des mines J. François, qui tit un beau travail de captage des sources, une des piscines, par son élégance et sa richesse, paraissait avoir spécialement servi aux dames romaines. Cette opinion sembla confirmée par la présence, aux orifices cl conduits extérieurs, d'objets de toilette, épingles à cheveux, pots

1. Il y a eu, à la lèle .le iio'.rj arroiiJissemuiit, deiK adminislralcurs ilc ce nom, l'un sous le premier empire, l'autre sous le second.

de pommade ou de parfums. De même, des bagues ou anneaux de patriciens ou de chevaliers, recueillis dans un bassin voisin, attestaient qu'il était réservé à l'aristocratie. Une grande piscine inférieure dut être celle des soldats et des plébéiens.

L'architecte de l'établissement recueillit aussi, dans les débldis, des médailles de bronze, évidemment romaines, où on lisait : ANTONINVS AVG.

On voit donc parla de quelle réputalion les thermes d'Ilixo, ces eaux déjà utilisées par les populations celtiques ou ibériennes, par nos vieux Aquitains, durent jouir sous les Romains qui y venaient en grand nombre.

Laissons parler Sacaze, car on aime toujours à évoquer sa mémoire dans cette Revue dont il fut le principal fondateur : « Il parait donc démontré qu'à l'époque de l'invasion romaine, ces lieux — où surgissaient les sources sulfureuses de Luchon — étaient déjà placés, suivant les coutumes religieuses des vieux Celtes, sous la protection d'une déité tutélaire appelée llixon, mais plus ordinairement Lixon. Plusieurs autels votifs, élevés auprès de ces sources par les vainqueurs de la Gaule et de l'Espagne, et retirés à plusieurs reprises des décombres des antiques thermes, portent le nom de cette divinité, suivant le procédé du peuple romain de s'approprier, pour le mêler au sien, l'Olympe des peuples vaincus. »

Ce vocable, par suite de transformations successives, de Lixon, l.ichon, devint Luchon. inutile donc de faire remonter son étymologie aux deux racines celtiques dont l'une, Louch. signifiait « amas d'eau » en général, et On, « fontaine ».

A ces eaux bienfaisantes conduisait une grande voie qui s'embranchait non loin de Lugdunum à celle qui reliait ce chef-lieu des Convcnes à ïolosa et à Dax. Le tracé de cette voie a été reconstitué depuis le pont actuel de Labroquère, point de bifurcation du chemin qui conduit à Saint-Bertrand avec celui se dirigeant vers Luchon. On en a retrouvé des débris à Saléchan, Estenos, Le Rouzier, Cierp, Gaud, Burgalays.

Selon Sacaze', la voie passait aussi par Signac. En suivant la route, on trouve des traces nomljreuses de pavé. « C'est là aussi, ajoute-t-il, qu'est le défilé de l'Angoust (passage étroit, angitstus) formant l'entrée du bassin de l'One, territoire des anciens Onesii. » "^

Un fragment de borne milliaire se voyait, il n'y a pas longtemps,

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