InscripUons pyrénéennes, passim, p
était si proche, n'établirent une aussi considérable installation balnéaire. Là, furent les Aquœ Onesiorum, connue les Aquse Convcnarum à Capvern — dont les eaux étaient déjà fréquentées du temps des Romains, de nombreux restes l'attestent, et qui faisait partie de la Civitas Convenarum — sinon, comme inclinait à le penser Sacaze dans les derniers temps, à Bagnères-de-Bigorre « en combinant, disait-il, la carte de Peutinger avec l'Itinéraire d'Antonin '. »
Certes, nul plus que nous n'admire la science de M. Bladé; mais ne se livre-t-il pas trop à la vivacité de sa conviction, lorsque, pour laisser dans le vague et l'incertitude la contrée occupée par la tribu des Onésiens, il dit que « prétendre y retrouver les thermes de Luchon, c'est absurde, puisque Luchon est, sans conteste, un nom de vallée»?
Mais, de ce que la divinité topique sous la protection de laquelle nos Ibéro-Aquitains placèrent les excellentes eaux thermales dont nous parlons finit par donner son nom à la vallée elle-même, s'ensuit-il que celle-ci ne fût pas située chez les Onésiens, ainsi que beaucoup, et en dernier lieu Julien Sacaze, le croyaient fermement!' Telle fut également l'opinion de du Mège qui avait, lui aussi, longtemps étudié le Comminges antique.
Rappelons à peine le sentiment contraire exprimé par Castillon d'Aspet, lorsque, à l'encontrc « de Cazaubon, de Banville, de de Valois » et de la grammaire, il transforme un adjectif, en simple qualificatif générique', ce qui est, sans conteste aussi, un génitif de nom propre, « Ton One^iùn » de Strabon. qui parle formellement des thermes des Onésiens, et non des thermes onésiens, c'est-àdire, selon lui, <■ salutaires, bienfaisants » !
D'ailleurs, en 1887, Sacaze nous montra une ancienne carte paraissant avoir été détachée de quelque vieil ouvrage. Nous en retînmes soigneusement les principales indications.. Les Onesii y étaient marqués dans la partie montagneuse et au midi de Lugdunum et des GarumnP ou Garonnos — les deux noms coexis-
1. C'est aussi l'opiiiioa de M. Longnon, Allas historique ic la France, \" livriisoii. — Dans les Coneenœ el les Consnraiini, p. Il, M. Itlaclé examine ce point et ilil qu'il ne le • contredit, ni ne l'approuve. • Mais à coup sur les Aquîe Convenarum ne furent ni à Encausse fliicalciaj, ni à l.ali.irllie, comme certains l'ont écrit.
2. liisluirc des poindations iiyrdinviiiics, I. II, p. 85, et la note, p. ."S-'i, où II se donne «nsuile beaucoup de peine pour juslilier son opiniorj, torturant le texte de Strabon, si parfaitement clair par lui-même.
3. M. DIadc donne les Garunmi comme annexés sous Auguste au pays des Convénes. Les Onésiens, d'après la vieille carie précitée, paraissent leur appartenir en partie; Cette carte n'indiquait aucune limite, elle ne portart que les noms. Celui de Convenœ n'y lijjurait pas; on y voyait marquée seulement l.ugdunum, leur capitale ; mais OnobustTEs (sic) était écrjt en gros caractères, ilans la direction du sud au nord, el comme désigni<nt une tribu très importante.
tent dans ce document. Au nord, en plus gros caractères, on lisait Onobunates — les Onobrizates de Fline. Ne peut-on pas, en passant, rapprocher ce double vocable de celui d'Onesti à cause de la similitude de leur radical on, dont nous avons plus haut donné, d'après Sacaze, la signification celtique?
Quoi qu'il en soit, pour notre regretté épigraphiste il n'y avait pas de doute sur la région occupée par les Onesii à l'arrivée des Romains dans le haut bassin de la Garonne. Elle correspondait au paj'S de Luchon et de I^arboust. Les sources dédiées à Ilixo coulaient chez eux.
N'y a-t-il donc pas de très sérieuses raisons d'adopter la même conclusion ?
N'y a-t-il pas à Ludion une rivière portant le nom d'One ?
ONVAiNCu que Luchon n'appartenait pas aux Onésiens, M. Hladé nie qu'il y eût dans son territoire un cours d'eau appelé One ou Onne — car on rencontre dans les auteurs et sur des cartes actuelles la double orthographe, — ce serait toujours le radical du mot Onésiens.
L'auteur des Convense et Consoranni invoque — on l'a vu au début de ces pages — le silence des anciennes cartes. D'après lui, la dénomination en question serait toute moderne, peut-être même « a-t-clle été donnée pour les besoins de la cause ». Il le dit quelque part, faisant surtout allusion à ceux qui cherchent l'étymologie du nom de Garonne, dans la réunion de l'One, c'est-à-dire de la rivière venant de Luchon après avoir reçu les eaux de la Pique, avec celle qui, de Saint-Béat et de la vallée d'Aran, coule au pied du pic du Gar, d'où, prétendent-ils, Gar-Onne. Gomme si Garonne n'était pas simplement la traduction française de Garumna, la rivière traversant le pays des Ganimni qui occupaient une grande partie de la haute vallée dans le domaine des Convènes ! Il est certain, d'autre part, que la rivière de 8aint-Béat n'a jamais porté le nom de Gar. Au Trou-du-Toro d'où elle surgit, venant des glaciers de la Maladetta, ne constitue-t-elle pas ce qu'on a toujours appelé « les sources de la Garonne' " ?
Tenons toujours pour certain que le cours d'eau qui, au débouché des vallées situées au couchant de la ville de Luchon, traverse le faubourg de Barcugnas pour recevoir la Pique, au confluent dit Aygues Juntes, n'est phis aujoui'd'liui connu que sous le nom d'One ou Onne. Il est ainsi désigné dans le cadastre et dans les actes notariés où il figure pour confront. La carte de l'État-Major et celle dite des Voyers lui donnent cette dénomination. C'est, d'après ces mêmes cartes, la rivière torrentueuse formée des Nestes d'Oo
1. Plus exactemeiil le lorifiil siirgil au CikjU de Joucou ou Guell de Gamiiiia. ■ Oiil de Garonne. (E. Reclus, Gèvgriipliic universelie, l. II, p. 1|3). En cllaiit l'Iolémée et Acthicus, M. Bladé prouve que la rivière s'appelait Garonne dés son origine.
et d"Oueil. On sait que Neste dans ces vallées, dans celles de Louron et d'Aure, est un terme générique appliqué au cours d'eau', comme celui de Gave dans la région de Cauterets, de Lourdes et de Pau ; de même le mot Rio (de rivus] dans le versant espagnol. ^
A l'indication fournie par le cadastre de la ville de Luchon et par les cartes, il fautjoindre celle du Manuel officiel de l'arrondissement de Suint-Gaudens, publié en 1857,
Pourrail-on croire, sérieusement, comme parait le penser M. Hladé, que tous ces documents, de nature diverse, se sont accordés dans l'idée préconçue de faire prévaloir une thèse géographique particulière ? Vraiment, la réponse se fait d'elle-même.
Il est vrai que quelques auteurs, tels que Ramond et Chausenque, prenant pour la désignation authentique une de ces appellations toutes locales en usage, on le sait, en beaucoup d'endroits — une sorte de surnom, d'épithète particulière appliquée à un ruisseau, à une colline, à une montagne même — ont appelé Gô le torrent du Larboust, venant du lac d'Oô et le considérant comme s'il était seul jusqu'à [juchon. Mais ces écrivains oublient qu'au-dessous du village de Trébons, à quatre kilomètres environ de Luchon, s'opère la jonction « de la Neste d'Oô » avec .. la Neste d'Oueil » et qu'à partir de ce point, ainsi grossi des eaux de la vallée d'Oueil, l'ancien torrent du lac d'Oô devient précisément la rivière luchonnaise rOne. C'est la distinction qui parait avoir échappé à M. Bladé lorsqu'il a consulté les vieilles cartes dont il parle, incomplètes sans doute ou erronées.
Voici, au contraire, comment s'exprime l'érudit Victor Fons, dans le Voyage pittoresque de Toulouse ii Luchon^ qu'il publia en 1849 : « Revenant du Larboust, on remarque, à peu de distance à gauche, le point où la rivière d'Oô, le Go, vient se joindre à l'One. A l'endroit de cette réunion, la vallée se sépare en deux ; celle de gauche, en remontant, prend le nom de Larboust ; celle de droite, d'Oueil. Bagnères-de-Luchon est situé dans le centre de l'angle aigu que forment les rivières de lOne et de la Pique. » Cette dernière traverse la vallée de ce nom qui porte aussi celui <> de Luchon » que lui a donné, comme à la ville elle-même, le vocable
1. Voilù poiir(|iiu], notamment dajis la cliaile de la commanderie de Frontès, xiii- siècle, la nvjére de la vallée de Luchon est appelée, du terme générique, Neste : Desa'iidendo usq lie ad fliiviiim A'cvte, Ce renseignement nous est fourni par M. l'abbé Mathieu, curé de Saiul-Mamcl. Il a bieu voulu aussi vérifier pour nous, dans un allas du xvm" siècle, une carte spéciale des rivières de France où sont tracés le cours de l'One et celui de la l'ique, mais sans aucun nom. Impossible donc d'en tirer argument dans aucun sens.